Après le printemps de Pierre-Luc Brisson

Après le printemps

La promesse de la quatrième de couverture est de nous offrir un ouvrage qui «propose une analyse sociocritique et historique» de la grève étudiante par «un penseur issu de la génération même qui a fait naître le mouvement». Ce qu’on y lit est cependant tout autre: on a l’impression de remonter le fil d’actualité des nouvelles d’un réseau social durant la grève avec des analyses un peu plus détaillées qu’un simple statut, mais toujours très en surface. De là, oser dire qu’on effectue une analyse sociocritique (parler rapidement des médias, des universités et du gouvernement suffit?) et historique (parler d’une usure du parti libéral après une dizaine d’année au pouvoir?) est très largement exagéré.

Après une introduction qui traite brièvement du terme de «printemps érable» et souligne l’importance de la durée du mouvement contrairement aux prévisions de ses détracteurs, on nous propose une réflexion en trois parties. La première, comme son titre l’indique, examine quelques aspects de la légitimité d’un gouvernement (sa supposé «majorité», son autorité morale, ses limites) et propose deux changements importants afin d’atténuer le désabusement des citoyens envers celui-ci: l’abandon de la ligne de partie et l’introduction d’un système de vote proportionnel ou semi-proportionnel.

La deuxième partie porte sur les médias et leurs discours «infantilisant» envers les étudiant·es. L’auteur s’attarde d’abord à parler des sondages et de leur pseudo-fiabilité, mais encore de la possibilité de les utiliser pour manipuler l’opinion publique, en font foi les deux sondages contradictoires sur la loi 12. Il aborde ensuite les grands médias et le rôle de bouc-émissaire qu’ils ont donné à Gabriel Nadeau-Dubois en l’accusant de tous les maux du Québec et des discours erronés, haineux et infantilisant qu’ils lui ont adressé. Encore une fois, Brisson ne se contente pas d’observer, mais suggère des pistes de réflexion aux gouvernements et propose de subventionner la presse afin d’éviter les débordements des intérêts privés et marchands sur le contenu. Il conseille aussi de se fier plus largement aux médias dits citoyens puisqu’indépendants des compagnies et les contenus sont moins filtrés. Au moins, l’auteur écrit, « le biais idéologique » est parfois assumé comme dans le cas de CUTV (p.47).

La dernière partie touche à l’avenir des universités et de l’éducation. L’auteur est bien conscient qu’il s’agit d’un «[v]aste sujet s’il en est un, tant les enjeux sont complexes et variés, et les défis, nombreux. » (p.57) La réflexion porte alors simplement sur quelques enjeux précis, amplement discuté durant et après la grève étudiante, tel que la mauvaise administration, la présence policière dans les campus, la montée des salaires, et de la masse salariale, des administrateurs ainsi que les dérives immobilières dont font partie les campus satellites. Plusieurs critiques visent plus spécifiquement le recteur de l’UdeM, Guy Breton, l’auteur ayant étudié à cette université étant probablement plus proche de cette réalité.

Finalement, l’ouverture, et non la conclusion comme le souligne Brisson, rappelle que les aspects traités dans son essai ne sont pas achevés et laisse la réflexion aux personnes qui vont suivre. Une ouverture, pas seulement comme titre de partie, mais aussi au dialogue entre le gouvernement et ses citoyens d’où un appel à trouver des formes de discussion entre les parties, les États Généraux, qui permettraient d’établir une nouvelle forme de discussion et de prise de décision au sein du Québec. Combinant le gouvernement et la participation citoyenne, l’auteur avance, des états généraux tenus à intervalles réguliers permettraient de « faire un bilan de la gouvernance du Québec, à mesurer le chemin parcouru et les défis qui nous attendent collectivement dans l’avenir » (p.82) le tout dans un contexte où les tensions sociales sont moins présentes que pendant une élection ou une crise quelconque.

Après le printemps n’est pas un ouvrage intéressant pour qui aura vécu le printemps étudiant dans les AGs et les discussions entre pairs ou même à travers un réseau social puisqu’il n’apporte absolument rien de nouveau (les citoyen·nes qui ne lisent que les journaux pourront y découvrir plusieurs idées nouvelles cependant). Pierre-Luc Brisson est très honnête en expliquant qu’il ne fait que soulever des pierres et tente de comprendre les discours entourant la #ggi (p.13). La quatrième de couverture ne l’est pas cependant en parlant d’un parcours retracé «avec précision» et qui parle des «événements majeurs» de la grève. Il n’y a rien de tout ça dans cet essai. C’est un bilan, très très incomplet (il aurait fallu des centaines de pages!), de certaines réflexions soulevées pendant la grève et de certaines propositions loin d’être inédites (mais toujours bien référencées). Ce genre d’ouvrage pourrait cependant bien s’adresser aux jeunes de la génération suivante qui rencontreront les mêmes frustrations face au gouvernement avec les mêmes doutes sur sa légitimité, les mêmes critiques des médias et des universités. Parce que oui, les idées sont lancées par l’auteur, mais malheureusement, personne n’a vraiment poursuivi la discussion autrement que dans d’autres livres sur la #ggi.

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