Ce qu’un opéra de 1913 aurait pu nous apprendre sur Kanata

Avant-propos

Dans ce billet, je décide de me tourner vers le passé pour connaître les intentions derrière le processus de création artistique, de la diffusion, des représentations et de la réception d’un opéra de 1913 qui pourrait partager certaines similarité avec Kanata pour informer la discussion présente et en dégager des similarités.

Le dialogue semble désormais s’engager entre certains artistes, mais les accusations de censure et de dictature continuent de fuser à travers les journaux et les réseaux sociaux autour des questions de représentation(s) de deux spectacles (SLĀV et Kanata). Les discussions médiatiques, d’après ma recension, vont souvent dans un sens ou dans un autre sans véritablement reconnaître la position de l’autre et tournent beaucoup autour de la question et du besoin de représentation(s) d’un côté et de la liberté d’expression (artistique) totale de l’autre. Une chose est certaine: l’art change (sa conception, sa réalisation et sa réception) et des visions concurrentes sur l’art s’affrontent (est-il intrinsèquement politique ou non? Quelles sont ses limites? Peut-il vraiment être imperméable aux critiques durant sa création? Peut-on critiquer une oeuvre sans l’avoir vu? etc.)

J’aimerais bien pouvoir résumer simplement ma pensée et ma perception du débat en mentionnant d’entrée de jeu que la liberté d’expression n’est réellement le privilège que de certaines personnes (ce billet permet bien cette visualisation en affichant le visage quasi-unanimement blancs des chroniqueurs et chroniqueuses qui se sont exprimées sur le sujet, accessoirement, lire aussi la chronique de Fabrice Vil) et que la représentation ainsi que des politiques adéquates sont donc primordiales pour permettre cette liberté. L’autre manière de penser évoque la représentation comme accessoire à la liberté d’expression. Soit, mais qu’est-ce que cette pensée règle comme problème sinon de s’enfermer dans un daltonisme des couleurs qui reproduisent et renforcent les inégalités plutôt que de les adresser directement? Je sais que plusieurs refusent de voir l’art comme politique, à mon grand étonnement, mais je laisse ces propositions et mon opinion en suspend (quoique toujours présentes, je ne prétend nullement à l’objectivité totale) pour passer au vif du sujet: un opéra qui est un peu tombé dans l’oubli depuis 1938.

Couverture du livre regroupant l'opéra ainsi que des poèmes et des contes sioux

Couverture d’une édition des textes de Zitkala-Ša par P. Jane Hafen regroupant l’opéra ainsi que des poèmes et des contes sioux transposés à l’écrit.

The Sun Dance Opera (1913) de Zitkala-Ša

Zitkala-Ša (1876-1938) est une Sioux de la tribu Yankton du Dakota du Sud internée dans une école mormone dès l’âge de 8 ans et forcée de se défaire de sa langue d’origine dans un but avoué d’assimilation des autochtones. Elle est à l’origine du libretto et de l’idée du Sun Dance Opera. Le compositeur de la musique est William F. Hanson, j’en dirais davantage sur lui plus loin. Cet opéra est considéré comme le premier opéra d’une personne issue des Premières Nations. Sa première représentation a eu lieu en 1913, l’année de sa création, en Utah, puis périodiquement par des troupes avant d’être joué par la New York Light Opera Guild en 1938. Après cette date, je n’ai pas trouvé d’autres représentations de la pièce.

Je précise tout de suite qu’une grande partie de la recherche provient de l’édition de Dreams and Thunder; Stories, Poems and The Sun Dance Opera de Zitkala-Ša brillamment édité et commenté par P. Jane Hafen ainsi que de son article A Cultural Duet Zitkala Ša And The Sun Dance Opera (automne 1998). Toutes les citations et sources que j’utilise à profusion viennent donc d’elle et de son imposant travail; les analyses supplémentaires sont de moi.

The Sun Dance Opera est un opéra assez classique dans sa forme et ses thèmes (au point même d’exotiser la culture sioux comme le font de nombreux opéras): le protagoniste Ohiya essaie de conquérir le cœur de Winona. Sweet Singer (un rival de la même tribu) tente aussi d’épouser Winona en dressant des obstacles sur le chemin du protagoniste; Ohiya est cependant aidé par plusieurs adjuvants dans sa « quête ». L’« affrontement » final a lieu lors du Sun Dance (la danse du soleil) où Ohiya ne doit pas montrer de signe de faiblesse (qui serait causé par la chaleur) durant le chant sinon, il perd sa bien-aimée au profit de Sweet Singer. Évidemment, il ne fléchit pas et lui et Winona pourront vivre ensemble à la fin de la pièce.

Le libretto de l’opéra ne compte que 20 pages (à titre de comparaison : Carmen de George Bizet, seul autre libretto que j’ai sous la main, en compte une quarantaine), mais le faible nombre de répliques n’est pas indicatif de la longueur de l’opéra puisque de nombreux moments ne sont pas scriptés. En effet, comme le souligne Hafen, «many ensemble pieces are unscored, allowing the Native participants to sing their traditional songs». Outre les nombreuses répliques qui se répètent naturellement à l’intérieur d’un air, plusieurs chants et danses dans les actes II, IV et V laissent naturellement place à la création des Sioux : on note trois «Sun Dance» vers la fin et une «War Dance» dans l’acte II (on note aussi une «Squaw Dance» («Circle Dance») au début de l’acte deux, mais ce n’est pas une danse sioux). N’ayant pas accès à la partition musicale, sur microfilm, se trouvant uniquement dans deux bibliothèques aux États-Unis, je ne la commenterais pas.

Hafen décrit les motivations artistiques des deux artistes derrière l’opéra comme suit dans son édition de l’opéra : « The motivations behind the composition and performances of The Sun Dance Opera are complex and layered in Hanson’s colonial admiration for American Indians and Bonnin’s desires to validate her own cultural heritage. Hanson want on to claim the opera as his own. […] There is no record that she had any association with the opera when it was revived [in 1938]. » L’interprétation que Hafen privilégie pour la création de l’opéra par Zitkala-Ša est donc, entre-autre, motivée par son désir de valoriser son héritage (les chants et traditions sioux) à travers une des formes culturelles les plus valorisées par les colonisateurs américains soit l’opéra. La mise à l’écrit de contes oraux dans une perspective de transmission à un plus large public ainsi que la rédaction de nombreux poèmes de facture assez classique, mais avec des thématiques sioux qui constituent le reste de son œuvre confirment bien cette volonté de concilier son héritage sioux avec son éducation occidentale (qui rappelons-le, lui a été imposé). Des quelques rares articles sur l’opéra par les Premières Nations que j’ai pu lire (sur Internet), le mélange d’opéra et de participation musicale des autochtones serait excessivement rare dans le paysage musical, voir unique en son genre (très certainement le cas au XXe siècle). Son écriture par une personne autochtone le serait encore plus ce qui rend cet opéra doublement unique en son genre.

Dans son article, Hafen précise sa propre réaction face à la volonté de Zitkala-Ša de légitimer les traditions sioux à travers l’opéra :« As a Native women and academic, I recognize there are some indigenous scholars who would dismiss Gertrude [le nom imposé par les mormons à l’auteure est Gertrude Simmons Bonnin] and The Sun Dance Opera, in particular, as a ridiculous expression of tribal traditions. I agree that there are a multitude of problems inherent in the opera and in Gertrude’s participation. » Elle nuance toutefois : « Gertrude combated prejudice on fundamental levels and she responded by declaring the significance of Native cultures. It may have been beyond her imagination to consider that, in addition to the direct attempts to deprive Native peoples of their rights, there would be those who would patronizingly rob through imitation the sacred rituals, as well. The Sun Dance Opera allowed Gertrude to assert the value of her own beliefs without apparent consequence. It is also a brief representation in the whole of her creative literary and political life. » (je vous invite à lire un peu sur son immense implication politique pour plus de détails).

Qu’est-ce que ces remarques peuvent nous apprendre sur le spectacle Kanata? Tout d’abord, que même une Sioux dépossédée de sa culture, si elle désire mettre en scène son héritage, fait déjà face à une forte critique qui l’accusera d’occidentaliser les traditions culturelles et religieuses de sa nation. Cela, même fait dans les meilleurs intentions du monde. Ce que j’apprécie beaucoup dans l’opéra de Zitkala-Ša est la large part aux traditions sioux qu’elle met en scène dans la trame narrative principale, tout en laissant aussi une large part d’« improvisation » à travers des scènes qui pouvaient être jouées par les Sioux sans intervention de la part du compositeur ou d’un·e metteur·e en scène qui peut changer d’une série de représentation à l’autre. Elle permet ainsi aux personnes concernées de s’exprimer sans concession culturelle ou religieuse aux producteurs et/ou productrices de la pièce.

Cette expression plus authentique est primordiale pour plusieurs cultures qui pourraient voir l’expression de leur culture leur échapper à d’autres fins. En effet, comme le souligne Alexandra Lorange après une rencontre à plusieurs avec Robert Lepage et Ariane Mnouchkine :

«Je me questionne vivement sur la manière de créer des costumes ou des maquillages, sans nous», dit la diplômée en musique et en théâtre. Lors de la rencontre, Robert Lepage a annoncé que des tambours seraient utilisés. Ses commentaires font dire à Alexandra Lorange qu’il fait preuve de méconnaissance. «Il ne comprend pas le processus d’apprentissage du tambour. C’est de l’ordre du sacré. Lui, il sort du spirituel et en fait quelque chose de différent.»

La question de l’appropriation d’une culture et sa déformation peut donc être prévenue, si pas totalement, du moins en grande partie en laissant les personnes concernées s’exprimer au cœur de la pièce. En faisant participer les Sioux à la pièce, Zitkala-Ša permettait, volontairement ou non, à celles et ceux-ci de pouvoir intervenir en tant qu’artistes et acteurs dans l’opéra. Ces interventions, on peut l’imaginer, pourrait même prendre des tournures subversives si la critique ne peut pas être adressée de front (un excellent exemple télévisé a eu lieu avec la série Homeland).

Cependant, l’histoire nous apprend aussi qu’une œuvre issue des personnes concernées peut être rapidement reprise et appropriée par les mauvaises personnes. Une décennie après la première représentation, le compositeur Hanson s’arrogera tout le crédit de l’opéra après la mort de Zitkala-Ša dans la dernière représentation connue de la pièce en 1938. Hafen explicite ainsi les motivations et les intentions du compositeur : « At worst, Hanson could be identified as a « wanna-be, » as evidenced by a photo where he is dressed in beaded buckskins, or as an Indian lover who attempts to consume Native ritual through his own cultural views. Even the best case for Hanson, that he was sympathetic and had good intentions, does not mitigate his own self-representation as sole composer of the opera. » Je n’oserais certainement pas la comparaison entre Lepage et Hanson, le premier ne tente pas de reprendre le travail de d’autres et de s’en déclarer seul créateur; mais l’idée des bonnes intentions, des sympathies, etc. pour créer une œuvre qui s’éloigne de sa culture d’origine est certainement un point dont les deux artistes doivent accuser la critique et réfléchir à aller au-delà des «bonnes intentions» qui peuvent très bien nuire en véhiculant des clichés et des stéréotypes à la culture qui se veut honorée.

Dans le processus de colonisation de l’opéra The Sun Dance Opera, il y a aussi l’idée d’absence de représentations qui touche aux discussions que SLĀV avaient amorcées et que celles de Kanata ont poursuivies. Les Sioux n’ont, apprend-t-on, pas autant participé à l’opéra qu’ils auraient dû malgré les nombreuses scènes qui leurs étaient consacrées! « Ironically, though, in Utah the lead singers were non-Indian while the chorus and dancers were mostly Utes. The exception was the improvised performance of Old Sioux (also known as Bad Hand), a centenarian under guardianship of the Bonnins. In the New York performances, the leads were played by several urban Indians and the chorus and dancers were non-Indians.». Interprétations et représentations qui, de nos jours, ne seraient certainement pas accessible à une subvention gouvernementale et pourraient même être considérées comme une variante du redface pour certaines personnes. La décision du Conseil des Arts du Canada de ne pas subventionner Kanata est consistante avec ce qui se déroule de plus en plus dans les universités : on rejette l’idée d’objectifier les populations étudiées et on propose plutôt leur participation dans les études et spectacles pour justement permettre de devenir sujets et acteurs de leur narration et cesser d’en être des objets dépossédés. Le travail universitaire ne peut plus uniquement être une thèse qui accumulera la poussière sur les étagères, mais avoir un impact réel et positif sur les conditions de vie des personnes étudiées. Malgré une représentation sur scène partielle et décevante dans le Sun Dance Opera, on devrait retenir que même pour une pièce de 1913, la présence des Sioux sur scène faisait partie intégrante et non négociable du spectacle. Que le manque de personnes concernées sur scène était critiquable malgré une distribution qui leur laissait tout de même une large place. Ces critiques adressées (certes en 1998 pas en 1913) sont certainement semblables à ce qui est discuté aujourd’hui.

Les discussions sur l’appropriation culturelle et le manque de représentation ne datent donc pas d’hier. Il est toutefois assez consternant de voir qu’une œuvre comme Kanata qui partage plusieurs visées communes avec The Sun Dance Opera n’a pas appris plus qu’il ne le fallait de cette expérience notamment en ce qui à trait à la sacralité de certaines danses et musiques (par exemple, l’utilisation du tambour enlevé de son contexte), la représentation et la participation des personnes concernées (ne serait-ce que dans le processus créatif) ou encore l’utilisation des traditions des Premières Nations dans un but qui peut être bien intentionné, mais qui, au final, reproduit toujours les mêmes structures de pouvoir où l’objet de la pièce porte sur des autochtones, mais dont seuls les colonisateurs ont un droit de regard, d’auctorialité et de création sur l’œuvre.

Pendant ce temps, on se demande encore où sont les fonds pour subventionner une pièce d’une envergure similaire à Kanata, mais par des personnes issues des Premières Nations. Faut-t-il forcer la main et obliger en plus une parité culturelle dans le financement comme le fait l’ONF et Téléfilm Canada avec une parité des genres pour permettre une juste représentation des différentes communautés (ce qui n’empêchera toutefois pas les inégalités issues des fonds privés)? Empêcher l’accumulation de financements de différents organismes afin que certains artistes ne cumulent pas les bourses et en privent ainsi d’autres de les obtenir? Simplement continuer avec le refus de subventionner des pièces qui parlent d’une communauté sans l’impliquer comme le Conseil des Arts du Canada le fait? Parallèlement à ces propositions de réformes, il faut poursuivre les discussions, et c’est là une des rares propositions sur lesquelles tout le monde s’accorde, dans l’espace publique sur les problèmes de représentations et de leurs conséquences sur la parole qui n’est ainsi pas prises, sur les images que ces représentations projettent, mais aussi sur qui sont les artistes qui une visibilité, du financement et si ces mêmes artistes privent ou restreignent en fait l’expression de d’autres artistes. Aussi, et finalement, qui sont les personnes qui tiennent ces discussions et possèdent le pouvoir de diffuser leur pensée?

Sources

HAFEN, P. Jane, «A Cultural Duet Zitkala Ša And The Sun Dance Opera». Great Plains Quarterly 2028, 11 pages, 1998. En ligne.
HAFEN, P. Jane. Dreams and Thunder; Stories, Poems and The Sun Dance Opera. University of Nebraska Press, coll. Bison Books, 2011, 172 pages.
Il existe aussi un documentaire vidéo sur The Sun Dance Opera en allemand (je n’ai donc pas pu m’en inspirer pour la rédaction de ce billet).

Mini-critique: Femmes et filles Mai 68

Couverture du livre Femmes et filles Mai 68n

Rares sont les essais et mémoires, même avec plusieurs auteur·es qui m’ont autant donné de sentiments parfois complètement opposés. Ce livre propose le témoignage de 29 femmes d’origines assez différentes (reste qu’elles sont toutes blanches, je parle vraiment plus en terme de classe, d’opinions, de familles et de régions) liées par un événement: Mai 68. À travers les différents textes, nous voyons cependant plusieurs similarités: c’était presque toutes des femmes aux cycles supérieurs ou déjà professeures (je crois qu’il n’y a qu’une exception), qui en ont aussi toutes pas mal arrachées ou n’étaient pas écoutées parce qu’elles étaient des femmes, et évidemment toujours, au moment de Mai 68, dans et autour de Paris.

Après, le livre donne la parole à des personnes très très différentes et chacune n’hésite pas à déborder du témoignage pour livrer leur programme politique (souvent les femmes très conservatrices qui le font) parfois sur plusieurs pages avec des opinions pour le moins très surprenantes. Françoise Chandernagor en est probablement l’exemple le plus probant avec des énonciations de contradictions parfois complètement aberrantes. Je ne peux pas ne pas citer ce passage juste après la dénonciation d’absence dans les prix littéraires:
«Mais pour ma part, j’avais refusé il y a longtemps d’y [au prix Femina] siéger parce que je ne crois qu’à la mixité: j’avais dit à ces dames que j’irais chez elles lorsqu’il y aurait des hommes… Je n’aime pas plus les ambiances où il n’y a que des femmes que celles où il n’y a que des hommes: les couvents, les pensionnats de jeunes filles, et les casernes, c’est l’horreur! Les hommes sont des brutes, mais les femmes sont des chipies, et la mixité seule peut rendre les uns et les autres meilleurs…» (p.40) Le reste de son texte aussi est aussi très étrange.

Un des gros problèmes de l’ouvrage est l’aveuglement (à escient ou non; probablement pas de la part des éditrices toutefois) quant au fait qu’Antoinette Fouque aurait fondée à (presqu’)elle toute seule le MLF, une des conséquences de mai 68 (et probablement la plus mentionnée par les autrices et la plus positive à leurs avis). Le texte d’Antoinette Fouque (un collage de d’autres textes déjà publiés précédé d’une introduction de son collectif) tombe dans une espèce d’auto-hagiographie où elle est la quasi-unique responsable de la plus grande révolution de l’histoire humaine depuis l’invention de l’imprimerie (je n’exagère pas) en plus d’être mensonger quant à la soi-disante « création » du MLF (voir le dernier livre de Marie-Jo Bonnet Mon MLF ou encore l’histoire des éditions des femmes de Bibia Parvard dans Les éditions des femmes : Histoire des premières années 1972-1979, etc.)

La pluralité des discours face à mai 68 est cependant très intéressante et c’est ce qui fait la force (et c’est sincèrement un euphémisme) de l’ouvrage, on est loin du point de vue unique sur un événement et l’approche face à cette histoire est véritablement polysémique et permet vraiment de l’appréhender sous plusieurs angles. Les éditrices ont définitivement fait un travail admirable à cet égard. Même si je n’étais pas du tout d’accord avec la vision de plusieurs sur la politique en général, sur leur point de vue; au moins, j’ai pu les écouter et je suis certainement d’accord avec certains des points qu’elles évoquent et est très reconnaissant aussi de l’admission de certaines d’entre-elles à en voir les bienfaits et les méfaits même quand la prise de position semblait complètement polarisée.
Il est simplement dommage que certaines n’aient tout simplement pas été capable de comprendre qu’elles n’étaient pas réellement observatrices ou neutres dans un mouvement lorsqu’il s’est déroulé: «Mai 68, je l’ai vécu en spectatrice un peu comme une entomologiste regarde les insectes!» (p.169), mais bel et bien participante d’un mouvement, peut-être juste pas dans le « camp » qu’elle penserait être. « Je n’ai jamais aimé les « manifs ». Je ne suis pas de nature révoltée. J’aime la liberté, mais pour tout le monde!» (p.171) Catherine Salviat essaie de rapporter de manière neutre les événements et son opinion dessus alors qu’elle a été partie prenante de ces événements, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas fait la grève qu’elle est neutre! Bien au contraire, ça reste une prise de position surtout lorsque tu forges ces événements!

Certains textes m’ont évidemment marqué·, bien que très peu au début de l’ouvrage au point où j’avais l’impression que j’allais en laisser tomber la lecture tellement je voyais un parti-pris très conservateur et pro-Fouque au début (qui s’est modifié par la suite). Une des surprises est probablement l’intérêt des lettres de refus de contribuer à l’ouvrages qui m’ont vraiment fasciné· et intéressé· de par leur réponse. Celui d’Annette Messager qui avoue humblement être « inutile dans [le] débat » explique qu’on l’a refusée aux Beaux-Arts pour faire des affiches (parce qu’il n’y avais pas de femmes) et qu’elle ne s’est donc pas impliquée plus par la suite (durant Mai 68) citant l’absence de la contribution, de l’apport et de la reconnaissance des femmes durant Mai 68, mais reconnaissant aussi l’impact important de cet événement. Ce témoignage trouve écho dans pas mal tous les textes cités qui parlaient souvent des barrières de l’époque (dont la hauteur variait selon l’auteure) qui tombaient ou au moins diminuaient (toujours selon l’auteure) dans les années suivant Mai 68 et certainement en conséquences de cet événement et de l’avènement du mouvement de libération des femmes en France.

Ce n’est pas une période sur laquelle j’ai beaucoup lu. Ce fut donc certainement très intéressant d’en apprendre énormément sur la période et le Paris auto-géré qu’il eu lieu un mois durant avec ses conflits, ses dialogues (qui émergeaient apparemment souvent en plein rue avec des gens qui ne se connaissaient pas!), de la multiplicité des points de vue, ses tours de garde, ses prises de conscience, ses contradictions parfois connues, parfois reproduites (et de l’importance des vélos à ce moment!!!!!!). Ainsi que de toute cette histoire importante et influente racontée par les personnes qui en ont été exclues (encore une fois, parfois sciemment) alors qu’elles l’ont très certainement bâtie et maintenant, elle la raconte.

8 choses à savoir sur les remboursements à l’Aide Financière aux Études (AFE)

Vous venez, vous êtes sur le point ou vous comptez terminer vos études un jour? C’est un excellent prétexte pour célébrer et toutes mes félicitations!! Ce que vous allez moins apprécier cependant, ce sont les remboursements du prêt de l’Aide Financière aux Études (AFE) qui peuvent vous réserver des surprises de taille assez monumentale (pour utiliser un euphémisme).

Voici donc 8 éléments, qui furent toutes des surprises pour moi (bien que je pensais avoir fait pas mal de recherches sur le sujet), que vous devriez savoir avant de contracter un prêt envers l’AFE ou juste avant de commencer à le rembourser. Connaître ces points peut vous permettre de planifier votre remboursement de manière beaucoup plus réaliste ou au moins de prévoir une plus ou moins longue période à ne pas pouvoir manger autant de légumes frais que vous aimeriez.

1-L’AFE ne cesse de recalculer le montant de votre prêt et de votre bourse (pour le meilleur et pour le pire)

Lorsque vous appliquez pour les prêts et bourses, c’est appliquer pour voyager dans des montagnes russes: des fois, vous aurez pas mal de bourses, d’autres fois, beaucoup de prêts dont vous ne semblerez pas voir la fin. Et peu importe comment le gouvernement le calcule, combien de temps vous travaillez et étudiez, ce calcul ne fera jamais aucun sens. Et ce, peu importe le simulateur que vous choisissez puisque trop de facteurs entrent en compte dans votre calcul et qu’un simple oubli de votre part d’un facteur pourra grandement influencer la demande (par exemple, pour chaque dollar gagné, le gouvernement en retire la moitié en bourse)

Il est donc important de savoir cependant que le montant accordé en prêts et bourses ne cessera d’osciller pour ce que vous considérerez aucune bonne raison de votre côté, et ce même avant que vous ne déclariez vos revenus après la fin d’année! Vous aurez donc le choix de passer des heures au téléphone et écrire des courriels sans réussir à comprendre leur nouveau calcul ou vous laisserez tout simplement tomber en espérant fort que l’AFE n’est s’est pas réellement trompé dans ses calculs si le nouveau calcul ne vous avantage pas. D’expérience toutefois, ce montant semble cependant rarement dépasser 1 000$ de bourses qui se transforment en prêts.

2-Vous payez une assurance sur le remboursement du prêt

OUI! Non seulement vous allez devoir rembourser le prêt et les intérêts sur le prêt, MAIS EN PLUS vous devrez payer l’assurance prêt qui se situe autour de 0,7% de plus par année sur votre prêt. Un beau moyen pour les banques et caisses de s’enrichir encore plus sur le dos des prêts étudiants!

3-Rater un paiement vous coûtera plus de 80$

Vous ratez un paiement? Pas grave, vous n’avez qu’à payer 85$ de frais!! Votre banque ET le gouvernement vont vous réclamer de l’argent. Inutile de préciser que ça affectera aussi votre dossier de crédit 😉

4-Votre retour d’impôt mensuel sera amputé de moitié

Et oui, l’argent que vous devez au gouvernement empêchera les retours d’impôts qui vous sont dus chaque mois et qui vous permettent de joindre les deux bouts puisque vous êtes encore en train de vous chercher un emploi ou que vous avez un emploi au salaire minimum et que vous avez déjà commencé vos remboursements de 200-300$/mois.
Pour être bien honnête, ce montant n’est déduit que si vous avez deux dettes d’étude en même temps suite à un recalcule. Ce qui m’amène au point suivant:

5-Vous pourriez être obligé·e de payer deux dettes d’étude en même temps!

Lors d’un recalcule, s’il n’est pas à votre avantage (et il semble ne pas l’être souvent) et que vous avez terminé vos études, vous pourriez être dans l’obligation de rembourser deux dettes en même temps! Vous pouvez, en effet, choisir le montant de vos remboursement, mais pour une erreur de 1000$, vous voudrez probablement vous en débarrasser le plus rapidement possible pour payer votre 15 000$ restant (chiffre moyen pour un programme universitaire de deux ans, ça peut aller jusqu’à, en moyenne, 41 000$ pour le doctorat).

Je vous laisse cependant sur trois choses très positives à savoir pour compenser ces mauvaises nouvelles:

6-Il est possible de changer le montant des versements!

Il faut simplement parler avec un représentant qui s’occupe des prêts de votre banque ou coopérative financière. J’ai créé un tableau de remboursement des prêts qui calcule automatiquement la durée de remboursement des prêts en fonction du montant à rembourser, du taux d’intérêt et du montant que vous allez rembourser par mois.

Capture d'écran du tableau de remboursement des prêts

Capture d’écran du calculateur de remboursement des prêts, il faut simplement entrer vos chiffres dans les cases vertes, le reste se calcule automatique.

7-Vous n’êtes pas obligé·e de les rembourser dès la fin de vos études (6 mois)

Le gouvernement va payer les intérêts pendant les 6 premiers mois, ou plus si vous êtes dans une situation précaire (et vous n’aurez pas à les rembourser!).

8-Vos intérêts versés sur la dette sont déductibles d’impôts!

Je n’ai aucune idée de comment ça fonctionne dans les faits, mais Stéphanie Grammond l’écrit donc ça doit être vrai! (le reste de l’article peut être assez paternaliste, je vous l’épargne donc:) « Pour alléger le fardeau des diplômés, les gouvernements offrent un crédit d’impôt de 15% au fédéral et 20% au Québec sur les intérêts versés sur le prêt étudiant. ». À vous donc de réclamer ces centaines de dollars qui vous sont dus chaque année!!

40+ essais féministes incontournables

Une liste non-exhaustive d’essais féministes incontournables (à mon humble avis). Chaque essai est accompagné d’une très courte description qui annonce les éléments importants du texte. Les titres et couvertures sont en français lorsque l’ouvrage est, encore aujourd’hui, disponible dans cette langue.

Cette liste ne reflète qu’une partie de mon parcours de lectures (bref, exclu, pour l’instant, des classiques comme Davis, Delphy, Dworkin, etc. que je n’ai pas encore lues). Elle tente cependant de ratisser un large éventail d’approches féministes et tenir compte des essais qui ont marqué l’histoire du féminisme. Notez aussi qu’il s’agit là seulement de livres de féministes très majoritairement occidentales.

Introduction aux féminismes

Nous sommes tous des féministes (2014) par Chimamanda Ngozi Adichi Nigéria

Vous n’avez aucune idée de ce qu’est le féminisme ou seulement une très vague impression? Vous êtes encore réticent·e face au mouvement? Ce tout petit livre est pour vous!

Le féminisme québécois raconté à Camille (2008) par Micheline Dumont Canada

HistoirE du féminisme au Québec. Ouvrage de vulgarisation. Recommandé pour les jeunes adultes ou personnes nouvellement initiées au féminisme et désireuses de connaître son histoirE dans la Belle Province.

Premiers ouvrages sur les revendications des droits des femmes

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) par Olympes de Gouges France

Défense des droits des femmes (1792) par Mary Wollstonecraft Royaume-Uni

HistoirE des femmes et du féminisme

Le féminisme (Histoire et actualité) (1972) par Françoise d’Eaubonne France

Une histoire du féminisme (depuis la nuit des temps) et du patriarcat en plus d’un survol et résumé d’ouvrages importants pour le féminisme.

Amazones, guerrières et gaillardes (1975) par Pierre Samuel France

Un bon panorama qui analyse les représentations des femmes «fortes». C’est vraiment un panorama de femmes historiques à partir duquel on peut partir d’autres recherches si on a envie.

Histoire du féminisme français du Moyen Age à nos jours (1977) par Maïté Albistur France et Daniel Armogathe France

Un livre d’histoire qui s’attarde beaucoup à la production de discours proto-féministes à l’écrit par les femmes et les hommes et l’évolution de ces discours. S’attarde régulièrement sur certain·es auteur·es et un beau panorama de la littérature féministe.

L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles (1982) par le collectif Clio Canada

Où vous apprendrez entre autres que les femmes avaient le droit de vote au XIXe siècle au Québec, mais qu’on leur a retiré. Pas une histoire qui se concentre exclusivement sur le féminisme, mais on l’aborde de plusieurs manières.

Femmes de la rive gauche; Paris, 1900-1940 (1987) par Shari Benstock États-Unis

Un ouvrage extrêmement fascinant sur la vie littéraire, artistique et social de plusieurs femmes lesbiennes de la Belle Époque très différentes l’une de l’autre. D’Anna de Noailles à Colette et Gertrude Stein en passant par Renée Vivien, Anaïs Nin et Nathalie Barney (et tellement tellement plus).

Naissance d’une liberté (Contraception, avortement: le grand combat des femmes au XXe siècle) (2001) par Xavière Gauthier France

Histoire de l’avortement et de la contraception en France. Vers la fin, elle élargie cette recherche à l’Europe.

Brève histoire des femmes au Québec (2012) par Denyse Baillargeon Canada

Si quelqu’un·e pense que le Québec fut un matriarcat, lisez ce livre. Bien que très bref (on reste sur notre faim), l’ouvrage aborde surtout l’histoire des femmes sous l’angle de la démographie, du travail des femmes, de la religion et des lois gouvernementales.

La bataille de l’avortement; Chroniques québécoises (2016) par Louise Desmarais Canada

Histoire de l’avortement et un peu de la contraception au Québec. Deux manières de lire le livre, par le récit historique et/ou la lecture des dates et événements important·es disposé·es dans une chronologie.

Ni vues ni connues : Panthéon, histoire, mémoire : où sont les femmes ? (2018) par le collectif Georgette Sand France

Ce panorama se pose la question de comment ont été exclues et invisibilisées les femmes dans l’histoire à l’aide de 75 entrées de 2 pages (+ une illustration) qui s’attardent sur des aspects biographiques de la personne survolée, tout en la célébrant et lui redonnant la place qu’elle avait dans l’histoire.

Les essentiElles

Herland (1915) par Charlotte Perkins Gilman États-Unis

Une fiction que j’inclus car l’écrivaine, sociologue et féministe culturelle élabore une utopie où elle propose sa vision idéale du monde et critique le monde patriarcal. On voit pointer des considérations écoféministes avant la lettre: un respect de la nature et de l’agriculture, une spiritualité matriarcale entourée d’une imaginaire de non-violence prônant l’égalité sans divinité. Aussi, une proposition d’éducation des enfants alliant jeux, développement et apprentissage à son grès et ses intérêts ainsi qu’une conception intéressante de la maternité (incluant la prise en charge de l’éducation par les pères).

Un lieu à soi (1929) par Virginia Woolf Royaume-Uni

Un très bel essai sur la fiction des femmes, avec une profonde recherche historique, qui démontre la nécessité pour une femme d’avoir un lieu à soi et un revenu à elle pour pouvoir écrire.

Le Deuxième Sexe (1949) par Simone de Beauvoir France

Peu importe ce qui vous intéresse dans le féminisme, le Deuxième Sexe est définitivement un incontournable. C’est un des classiques de la littérature occidentale qui remet en question un bon nombre de présupposés de la société sur les femmes et développe le concept de l’altérité.

The Feminine Mystique (1963) par Betty Friedan États-Unis

Une vaste enquête sociologique recensant autant des témoignages de ménagères que des analyses de la littérature, la publicité et la psychologie qui véhiculent l’idée que la ménagère est le rôle ultime de la femme américaine ainsi que des répercussions dévastatrice que cette « mystique » a sur les femmes. D’immense points aveugles toutefois: limite homophobe et porte uniquement sur les femmes blanches.

SCUM Manifesto (1967) par Valerie Solanas États-Unis

Manifeste pour l’extermination de la moitié de la planète.

Sexual politics : La politique du mâle (1970) par Kate Millett États-Unis

Essai portant sur la représentation d’hommes et de femmes dans des romans et des pièces de théâtre (incluant Jean Genet, D. H. Lawrence et Freud). C’est un des premiers ouvrages du genre et offre une analyse littéraire féministe impeccable à mon humble avis. Il y a aussi une partie du livre consacré à l’explication de la société patriarcal. Lecture attentive ou niveau universitaire recommandé.

The Dialectic of Sex  (1970) par Shulamith Firestone Canada

Analyse sur les femmes comme classe sociale (ou non?) et les rapports de dominations entre les sexes et ethnies. Un des livres fondateurs du féminisme radical matérialiste. Réfléxions très intéressantes sur les progrès technologiques et la cybernétique et ce que ça peut apporter aux femmes. Niveau universitaire recommandé.

Sorcières, sages-femmes et infirmières (1972) par Barbara Ehrenreich États-Unis et Deirdre English États-Unis

Réflexion sur les femmes et le métier d’infirmière, de la chasse aux sorcières à aujourd’hui, et de l’accaparement de la médecine par les hommes et la violence.

Le Féminisme ou la Mort (1974) par Françoise d’Eaubonne France

Sur l’écoféminisme (Françoise d’Eaubonne forgea probablement le terme dans cet essai) et le patriarcat.

Naître d’une femme; la maternité en tant qu’expérience et institution (1976) par Adrienne Rich États-Unis

Réflexion approfondie sur l’enfantement, la maternité et la femme, sociologique, historique, mais aussi personnelle. À la suite des réflexions anthropologiques de Mead et Bachofen sur les sociétés matriarcales, mais aussi d’English et Ehrenreich où Rich suit un parcours historiques et juridiques de la prise en charge de l’enfantement et de la théorie, des méthodes de travail par le patriarcat et les hommes et la dépossession de l’enfantement au corps médical reléguant le statut de sage-femme à celui de sorcière. Elle parle aussi des violences obstétricales.

Les femmes avant le patriarcat (1977) par Françoise d’Eaubonne France

Qu’est-ce que le patriarcat et analyse de mythes fondateurs de nos sociétés.

Ne suis-je pas une femme? (1981) par bell hooks États-Unis

Essai très accessible qui parle des difficultés, de l’oppression et de la marginalisation des femmes noires en critiquant un féminisme «blanc» qui peine à reconnaître l’intersectionnalité des oppressions.

Rêver l’obscur: femmes, magie et politique (1982) par Starhawk États-Unis

Sur une spiritualité (éco)féministe. Aussi, un essentiel pour penser et agir les dynamiques de groupes féministes.

In Search of Our Mothers’ Gardens (1983) par Alice Walker États-Unis

Un recueil de textes et articles, un peu en réponse à Kate Millett et Elaine Showalter sur les écrivaines de littérature afro-américaine et des répercussions et de son importance sur le vécu, mais aussi la société américaine en générale. Grande considération aussi pour l’écriture des femmes noires lesbiennes.

De la marge au centre : Théorie féministe (1984) par bell hooks États-Unis

Des solutions à mettre en place pour rendre le féminisme plus « inclusif » pour les personnes qui ont été historiquement exclues du féminisme de par leur marginalité, leur mécompréhension du mouvement ou encore à cause d’un certain « gate-keeping » de féministes bourgeoises aux réflexions sur plusieurs sujets plus pointus comme la place des hommes dans le mouvement, la (non-)violence, la libération sexuelle, le militantisme vs la théorie, etc.

Manifeste Cyborg (1984) par Donna Haraway États-Unis

Très petit, mais très intéressant. Repense le genre, les corps et formes d’oppressions. Niveau universitaire fortement recommandé.

La pensée féministe noire (1990) par Patricia Hill Collins États-Unis

Analyse des oppressions enchevêtrées que subissent les femmes noires. Collins parle d’emploi, de pauvreté, du regard sur la femmes noires à travers les archétypes ou la pornographie, de maternité, de travail de communauté, de care pour finir sur l’élaboration d’une pensée féministe noire non plus seulement afro-américaine, mais aussi transnationale (en quoi le combat entre les femmes noires américaines et à l’international, à défaut d’être identique, peut recouper plusieurs angles et s’informer l’une l’autre).

Backlash : la guerre froide contre les femmes (1991) par Susan Faludi États-Unis

Essai sur le backlash après les mouvements de libération des femmes des années ’70 (c’est encore excessivement instructif aujourd’hui). Elle analyse les manifestions antiféministes dans les médias, au cinéma, à la télévision, dans la mode, en politique, en littérature, dans les milieux et conditions de travail et dans les campagnes contre l’avortement.

La pensée straight (1992) par Monique Wittig France

Contre l’hétéronormativité et sa naturalité supposée. Pour une valorisation du lesbianisme et un dépassement des catégories hommes-femmes, normatives et aliénantes.

Peau (1994) par Dorothy Allison États-Unis

Un recueil d’articles et essais sur les expériences, le militantisme et la vie de l’auteure, ses engagements et batailles. Très belles réflexions sur le lesbianisme, les «sex wars», l’identité et l’intime.

Caliban et la sorcière : femmes, corps et accumulation primitive (2004) par Silvia Federici Italie

Une analyse matérialiste incroyable entre la croissance du capitalisme et l’oppression des femmes à tous les niveaux (corps, avortement, travail, sexualité, etc.). Absolument essentiel pour comprendre les chasses aux sorcières passées et présentes. Niveau universitaire recommandé.

King Kong théorie (2006) par Virginie Despentes France

Un excellent ouvrage sur la prostitution et le regard masculin. Je pense souvent qu’il s’agit, en terme d’impact et d’effet, du Deuxième Sexe de cette génération.

Black feminism: Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000 (2008) États-Unis

Traduction de textes importants du Black feminism. Pluralité d’approches et vraiment une excellente sélection. Je m’y réfère et le recommande régulièrement.

Linguistique et féminisme

L’Euguélionne (1976) par Louky Bersianik Canada

Ce n’est pas un essai, mais ce récit (hybride) est une des premières réflexions sur la féminisation des noms (de métier entre autres) et les double standards et présente une réflexion très étoffée encore d’actualité.

Les mots ont un sexe (1995) par Marina Yaguello France

Une sorte de mini-dictionnaire avec une centaine de mots. L’auteure regarde les raisons qui motive les choix du genre de tel ou tel mot à travers son histoire et/ou sa sociologie. Un essentiel pour tout linguiste (féministe ou pas) à mon humble avis.

Classiques qui peuvent avoir vieilli un peu

The Female Eunuch (1970) par Germaine Greer Australie

Un des classiques de la représentation des femmes et des stéréotypes dont il faut se départir. Elle y traite un peu de tous les sujets (de l’histoire aux revues féminines en passant par les mythes sur les femmes et les chevaux).

Du côté des petites filles (1973) par Elena Gianini Belotti Italie

Sur l’éducation des rôles sexués chez les enfants et l’importance des modèles dès l’enfance.

Speculum de l’autre femme (1974) par Luce Irigaray France

Réflexion sur la psychanalytique des femmes et remise en question des concepts psychanalytiques mis de l’avant par les fondateurs masculins du mouvement.

Gyn/Ecology The Metaethics of Radical Feminism (1978) par Mary Daly États-Unis

Ouvrage qui propose des discussions importantes et très détaillées (et amplement référencées! pour en savoir davantage) sur différent sujet  : patriarcat, misogynie, sadisme, religions et mythes anti-féministe, mutilation des femmes (pieds bandés, , …), gynocide de sorcières, «thérapies» offerts aux femmes, tokenism, etc. Les introductions au début de l’ouvrage sont complexes et pourrait décourager son lectorat, alors que le reste de l’ouvrage reste accessible.

Autres suggestions notables

La Domination masculine (1998) par Pierre Bourdieu France

Explique, d’un point de vue sociologique, les raisons derrière la perpétuation de la culture patriarcale et la domination masculine. [Pour un homme qui a pris conscience de la domination masculine, il ne cite pas beaucoup de femmes…]

Dictionnaire critique du féminisme (2000) France

Une explication de quelques pages sur une cinquantaine de termes reliés au féminisme. On est plus proche de la forme de l’article que de la définition ce qui rend cet ouvrage intéressant. On reste cependant sur notre faim et certaines définitions sont parfois très surprenantes. Plusieurs partis pris évidents.

Mettre la hache (2015) par Pattie O’Green Canada

Sur l’inceste (témoignage personnel et élargie). Incontournable sur le sujet.

Mini-critique: With Her in Ourland de Charlotte Perkins Gilman

Couverture du livre With Her in Ourland de Charlotte Perkins Gilman

Autant la présentation d’une société utopique féministe peut paraître un beau et excellent modèle pour l’humanité à atteindre et sa description émerveillant pour son lectorat, autant les moyens pour y parvenir ne sont malheureusement déroulés comme un tapis rouge devant nos pieds.

Après Herland, une utopie féministe où trois hommes découvrent cette société utopique et partagent leur impression sur cette dernière à travers « leur découverte » de la société, mais surtout à travers l’éducation que les femmes leur prodigent, Charlotte Perkins Gilman raconte la suite de cette utopie: le voyage de retour où Van le sociologue revient avec Ellador, une habitante de Herland et lui fait découvrir « son » monde, imparfait, en guerre perpétuelle (notamment avec la première guerre mondiale en court à l’époque), d’inégalités, de discriminations, de pauvreté, d’hypocrisie, etc. Passé le premier choc psychologique pour Ellador (choc qui pourrait ressembler à un choc post-traumatique, venant d’un monde utopique, notre monde est certainement reçu comme tel), elle finit par critiquer notre monde de la tête aux pieds, mais apporte aussi des pistes de solutions pour pouvoir atteindre un monde beaucoup plus utopique, ou à tout le moins égalitaire, et propose de partager ses notes afin qu’on en bénéficie tou·tes.

Le projet est définitivement hyper ambitieux, le prologue/essai de mon édition du livre qui explique le parcours de l’auteure, sa conception sociologique du monde, ses influences, etc. était vraiment bénéfique pour comprendre un peu le projet du livre. Comme le souligne toutefois la critique, ces idées peuvent parfois beaucoup refléter les préjugés de son temps (malgré de très nombreuses nuances, heureusement) comme celles de notions de races, de nations qui partagent les mêmes caractéristiques pour tou·tes ses citoyen·nes, la vue du sexe (l’acte) comme uniquement reproductrice (on semble ignorer encore la contraception) ou encore mettre beaucoup d’accent sur la maternité/parentalité comme solution aux problèmes du monde (bien que la notion de maternité de Herland reste très particulière au livre, relève d’une éducation collective et où le père est tout aussi présent que la mère que la simple maternité au sens où on l’entendrait aujourd’hui).

La suite à l’utopie féministe, j’ai encore beaucoup de mal à qualifier son hybridité (on quitte la forme de l’utopie féministe pour observer notre monde qui apparaît complètement dystopique aux yeux d’Ellador), est aussi définitivement unique et révolutionnaire à sa manière; puisant énormément dans le féminisme culturel (un féministe plutôt essentialiste qui à cette particularité que l’essence féminine (maternité, care, etc.) serait meilleure et plus bénéfique pour l’humanité que l’essence masculine [la définition que je donnerais du terme pour l’auteure; c’est un peu plus complexe que ça]) pour élaborer sur plusieurs théories.
Notons notamment la théorie malthusienne de réduction des naissances, qui ne servent qu’à faire la guerre pour agrandir les territoires pour héberger plus de gens pour faire la guerre ce qui ne me faisait que penser à Louky Bersianik qui disait la même chose cinquante ans plus tard, et qui rejoint un peu l’idée de Françoise d’Eaubonne de grève des naissances par les femmes dans le Féminisme ou la Mort (aussi cinquante ans après With Her in Ourland). L’espèce d’écoféminisme, bien avant la lettre, de l’auteure ne s’arrête évidemment pas là, mais amène aussi une réflexion sur le gaspillage alimentaire et l’importance de la diversité d’une diète, mais aussi des critiques de la déforestation et du pillage des terres.

Je pourrais continuer très longtemps à parler des points et solutions que l’auteure, à travers Ellador, soulève: elle parle de l’importance de la démocratie et de l’implication citoyenne, de la perversion des théories du marché qui s’«autorégulerait» tout seul, de l’importance du gouvernement dans la mise en place d’infrastructure et d’organisation sociale, de socialisme évidemment, des droits des femmes, du gaspillage alimentaire, mais aussi du gaspillage financier (dans l’idée de profit indécent, mais aussi dans celui du vêtement), de l’importance encore et encore et encore de l’éducation de toute sorte, mais aussi d’une éducation citoyenne autant pour les enfants que les migrants, etc. With Her in Ourland est définitivement un roman/essai qui aimerait tout aborder, un de ces essais que j’aime appeler «total» puisqu’ils touchent à tout et articulent tout ensemble. L’auteure connaît aussi ses limites, il est impossible de dénoncer les travers de notre société et de tous les corriger dans un seul livre et elle nous remet en mains quelques pistes (l’éducation, encore et toujours) et espoirs (selon la protagoniste, nous pourrions régler la majorité des problèmes dans une très grand partie en trois générations), mais aussi l’impérative nécessité des réformes avec un avertissement retentit: la protagoniste ne peut tout simplement pas concevoir d’enfanter dans « notre » monde (et l’enfantement dans la société d’Herland est LA chose à laquelle toutes les citoyennes aspirent et passent à travers).

Les idées et propositions de l’auteure sont définitivement fascinantes et si certains progrès technologiques (contraception, Internet, etc.) existent aujourd’hui et pourraient remettre en question certains pistes de solutions ou fondement de l’essai, d’autres sont certainement toujours d’actualité et le roman reflète cette importance et cette histoire de la pensée et des solutions à apporter qui résonne encore aujourd’hui.

Ce livre est aussi une illustration majeure de l’effacement de l’apport des femmes dans la théorie enseignée dans les universités (on vise tout particulièrement la sociologie ici). Charlotte Perkins Gilman, avec ce livre, ainsi que le restant de son oeuvre, mérite définitivement sa place comme mère de la sociologie avec d’autres comme Flora Tristan et Jane Addams et son influence, encore ressenti aujourd’hui, devrait définitivement (re)trouver sa place dans les cursus universitaires.

Mini-critique: Herland de Charlotte Perkins Gilman

Herland est une utopie féministe dans le premier sens du terme: il s’agit d’un non-lieu, d’un lieu qui n’existe et n’existera pas, peuplé de femmes dont la constitution physique et psychologique tient d’une illusion et non d’une réalité à venir. C’est un rêve à atteindre, un lieu qui ne peut qu’inspirer le reste du monde comme il inspire, au final, les trois hommes qui le découvre. En ce sens, Herland tient beaucoup plus des utopies comme celles de Thomas More que des récits de SFF (d’Eaubonne, Tiptree, Vonarburg, Bersianik, etc.) dans lequels les femmes prennent le pouvoir ou sont les seules survivantes sur Terre.

C’est un magnifique récit présentant une société parfaite de femmes et on ne peut que déplorer l’état du notre monde et son manque de volonté pour s’améliorer. La critique du monde patriarcal n’est toutefois pas faite en relation avec la perfection de Herland, mais bien sur ses propres bases: ses oppressions qui sont perpétuées en toute connaissance de causes (violence, guerre, préjugés, etc.) et non celles pour lesquelles des efforts sont fait, mais restent insuffisants faute de moyens ou de volonté (faim dans le monde, maladies, etc.). C’est ce qui fait de cette utopie une critique excessivement bien aiguisée et ciblée du patriarcat et du monde dans lequel on vit et qui rend ce récit assez intemporel.

Il y aurait vraiment long à dire sur ce récit (je me suis toujours promis que si je faisais un doctorat, ce serait sur les utopies et eutopies féministes), notamment comment s’articule les différentes critiques, mais aussi les moyens proposés pour améliorer notre société.

Certains thèmes sont certainement partagés par d’autres: on voit pointer quelques considérations écoféministes, un respect certain de la nature et de l’agriculture, une spiritualité matriarcale entourée d’une imaginaire de non-violence prônant l’égalité sans divinité qui intervient auprès des mortelles, mais qui valorise plutôt l’action des individus qui la compose; aussi, une certaine priorisation de la collectivité sans négliger la liberté individuelle. D’autres thèmes sont moins courants et rappellent plus certaines considérations d’essayistes, notamment tout ce qui à trait à l’éducation: de très longs passages proposent des modes d’instruction, pas si utopique que ça, pour les enfants, qui allient jeux, développement et apprentissage au grès de l’enfant et de ses intérêts.

Un autre thème exploré par Herland est une conception de la Maternité (avec un M majuscule) différente de la maternité (patriarcale) où ce n’est pas le but d’avoir un enfant et de l’élever soi-même qui est important (la plupart des mères n’élèvent et n’instruisent d’ailleurs pas leur propre enfant dans cette société, cela est réservé à des éducatrices qui sont plus « capable » que la « mère » de faire ressortir le meilleur chez l’enfant), mais plutôt une considération de la génération suivante comme un bien précieux et de tout faire pour que son développement se fasse dans les meilleures des conditions (qu’elles soient environnementales ou éducatives). Ce souci s’exprime notamment par un intérêt moins marqué pour le passé et l’histoire qu’à préparer un futur pour les prochaines générations (un trait certainement absent de la société au sein duquel j’évolue).

C’est certainement une utopie qui donne à réfléchir longuement et sur soi-même, et sur la société. Je n’ai certainement pas fini d’y voir une excellente critique du patriarcat tout en proposant des solutions pratiques et accessibles. Plusieurs idées comme celle de la maternité (et la paternité) ne sont pas rejetées complètement, mais réinventées et repensées d’une manière beaucoup plus holistique et inspirante. L’amour aussi est exploré de manière très intéressante comme un lien affectif et intellectuel excessivement profond unissant des êtres en excluant les concepts de possession ou de besoin de prouver à l’aide de cadeaux ou de marques d’affections physique [sans les exclure totalement au besoin, Ellador est une femme utopique (encore une fois: non-lieu, elle n’existe pas réellement) qui demande simplement du temps pour s’habituer aux interactions physiques plus intimes (et pose certainement de belles bases de réflexions sur le consentement et les limites que son partenaire, bien que provenant du monde patriarcal très imparfait, est à même de comprendre et de respecter), je suis persuadé· que l’auteure ne rejette pas du tout les relations sexuelles ou le désir entre les deux partenaires].

Bref, bref, bref, certainement une utopie excessivement riche en thèmes et en réflexion. Le récit du protagoniste est certainement beaucoup plus porté sur l’action au début (cela me faisait pensait un peu aux récit d’archéo-fiction d’Abraham Merritt où des protagonistes découvrent des sociétés perdus, sans évidemment tous les stéréotypes, sauf ceux des « aventuriers », eux-mêmes qu’on retrouvait dans ses livres) et diminue petit à petit pour vraiment laissé place à la description et l’exploration de Herland et des fondements de la société.

Une magnifique lecture à la croisée entre la fiction et l’essai, la critique et l’optimisme d’un monde bien meilleur.

Critique du film La Bolduc (2018): Féministe ou branding féministe?

Je dois avouer ne jamais regarder de film dans un cinéma depuis plusieurs années. Les films ne m’intéressent généralement pas. Des exceptions ont été faites pour les films Star Wars (jusqu’au 7ème seulement) et pour Black Panther il y a deux semaines, mais aujourd’hui, le jour de sa sortie, je suis allé· voir La Bolduc, intrigué· par ce film qui tente, selon sa bande-annonce, de tracer des liens entre la chanteuse Mary Travers (interprétée brillamment par Debbie Lynch-White qui joue et chante magnifiquement bien) et Thérèse Casgrain (jouée par Mylène Mackay).

Je ne connais pas l’histoire de Mary Travers autrement qu’à travers une biographie pour la jeunesse que j’ai lu d’elle aux éditions de l’Isatis (j’en fait une mini-critique ici) qui elle aussi tente dans un chapitre, tant bien que mal, de tracer un lien entre le féminisme et Mary Travers à travers l’analyse d’un paragraphe d’une de ses chansons; analyse intéressante, mais une seule occurrence d’un thème féministe n’est pas suffisante pour extrapoler un féminisme sur l’ensemble de son œuvre. Ce n’est cependant pas pour dire que le parcours de Travers fut exempté d’obstacles dressés par la société patriarcale, bien au contraire, et cela, le film et le livre les soulignent à de nombreuses reprises. Il est à noter que je ne désignerais pas Mary Travers sous le nom de la Bolduc: non seulement elle ne s’en accommodait pas, mais en plus, c’est le nom de son mari, on l’appelait Madame Édouard Bolduc, surnom qui survit malheureusement encore aujourd’hui.

Mary Travers accusait certainement beaucoup de la mentalité conservatrice de l’époque et on l’observe dans ses réflexions sur le fait de devenir une chanteuse dans l’espace publique et que le fait que gagner plus d’argent que son mari est certainement facilitée par le fait qu’il est malade et incapable de subvenir aux besoins de sa famille. Elle doit toutefois souffrir des conséquences de ce (non-)choix (le regard et la violence de son mari qui, lui, ne le supporte pas et se réfugie dans l’alcool). Le film, seulement au début toutefois, insiste aussi beaucoup sur la violence du clergé à travers deux scènes : l’une où le prêtre sermonne la chanteuse de jouer au lieu de s’occuper de ses enfants, juste avant de se faire offrir une partie des recettes de la soirée; l’autre lors d’une soirée dansante où un jeune vicaire ouvre la soirée avec un discours sur l’importance d’avoir le plus d’enfants possible pour aussi longtemps que les femmes seront capables d’en enfanter.

Passé outre le clergé, le drame patriarcal se situe surtout au sein de la famille avec le mari, qui partenaire musical de Mary Travers au début, devient peu à peu celui qui décide et contrôle ce qu’elle, et ses enfants, doivent faire; sans grand succès souvent, mais jamais sans conséquences. Une des scènes montre la chanteuse, d’abord obligée de passer par son mari afin de récolter les recettes de ses records (et se dernier se servir allégrement dans celles-ci pour la boisson), ruser en lui faisant signer un contrat lui autorisant à gérer elle-même ses revenus de ventes, ruse qu’il découvrira plus tard et ne digérera pas. C’est plusieurs scènes comme ça, parsemées à travers le film, qui veulent dénoncer la condition des femmes et réussissent plutôt bien à montrer comment l’absence d’autonomie se manifeste dans le quotidien des femmes.

Il y a aussi ces trois scènes avec Mary Travers et Thérèse Casgrain pour le moins étranges. Évidemment, jamais elles ne se croisent, ni ne se voient. La première scène, elle manque de peu Casgrain qui venait distribuer des dépliants pour une réunion à une amie de Travers. Dans la deuxième scène, la fille (Denise Bolduc) de Mary Travers assiste à une réunion de suffragette (tenue par Casgrain) juste avant que sa mère ne vienne la sortir de là horrifiée à l’idée qu’elle ait compris les propos de l’oratrice. Dans la dernière, la chanteuse, très proche de mourir, voit à travers une vitre les suffragettes manifester leur victoire de l’obtention du droit de vote au Québec (avec en tête toujours Thérèse Casgrain). Une autre scène doit aussi être nommée: celle où Denise Bolduc sort d’un studio d’enregistrement et croise Thérèse Casgrain (qui était bien connue pour souvent prendre le micro en faveur des droits des femmes et qui aura même eu une émission radio intitulée «Féminia»!) qui tient à lui faire le message que sa mère en fait autant qu’elle, à sa manière, pour les droits des femmes et qu’elle l’admire immensément (paroles que sa fille répétera à sa mère incrédule, on la comprend, un peu avant sa mort). Je regrette de ne pas me souvenir des mots exacts, mais ces mots semblaient aussi forcés que les autres scènes. On aura voulu plaquer un message explicitement féministe au film qui arrivait très bien autrement à dénoncer les conditions des femmes et ça tombe un peu à plat (N’empêche, ça me fait regretter qu’il n’existe pas un super film sur le droit de vote des femmes au Québec avec un all-star cast de féministes dans les rôles de Casgrain, Circé-Côté, Idola Saint-Jean, etc. puis une suite au film avec Mary Two-Axe Earley, mais on rêve là…).

Une note importante sur une des techniques employée par le film pour faire ressortir ses idées comme ses tragédies, c’est de toujours fonctionner par un contraste accentué. Les parties dramatiques du film sont toujours précédées de scènes humoristiques ou joyeuses pour que l’effet soit encore plus prenant (une fête de Noël, une victoire des suffragettes, un show, un nouvel emploi, etc.).

Le contraste aussi entre la mère Mary et la fille Denise (contraste générationnel) sert aussi à soulever les aspirations que l’on croit cachée dans la mère qui sert un discours moraliste et chrétien à sa fille chaque fois qu’elle aspire à mieux. Sa présence comme pianiste dans les enregistrements de disques de sa mère, son accompagnement dans l’écriture des chansons, ainsi que la poursuite de la carrière artistique de sa fille permet de vraiment la présenter dans la continuité de la chanteuse qui aurait prit une voix résolument plus engagée, féministe ou contemporaine malgré les obstacles qui se dressent toujours sur son chemin et permet de réfléchir plus profondément sur les choix pris par la mère.

Les discours féministes ou à teneur féministe sont évidemment toujours contrebalancé par une réalité patriarcale qui empêchent leur exécution, mais de moins en moins au fur et à mesure du film et c’est le contraire qui finit par se produire.

Finalement, les classes sociales sont aussi marquées fortement, au début du film par le choix d’époux, un notaire, d’une amie de Mary qui deviendra suffragette alors qu’elle-même vit dans la misère et les chemins différents qu’elles emprunteront, ainsi que leurs habits très contrastés. Plus tard, c’est Mary Travers qui incarne cet écart de richesse alors qu’elle voit son quartier sombrer dans la faillite à travers la vitrine d’une voiture alors qu’elle-même est parée de superbes habits de scène. Cette scène du vêtement se poursuit jusqu’au rangement de ses habits distingués alors qu’elle ressort sa robe de mariage qui reflétait sa condition beaucoup plus modeste.

Une deuxième technique employée par le film est évidemment celle du choix de chanson pour accompagner le film qui, fortement facilitée par l’aspect auto-biographique de l’écriture de celles-ci par la chanteuse, permettent d’accompagner le film et d’explorer la condition de travailleuse et de pauvreté dans laquelle la famille Travers-Bolduc évolue. Une des richesses du film est d’en avoir choisie plusieurs et de ne pas simplement en montrer des extraits, mais vraiment de les laisser jouer au complet.

Le visionnement de la Bolduc est intéressant : nous avons le droit à une forte critique de la pauvreté, du clergé (uniquement au début du film cependant) et du patriarcat à travers un jeu de contraste et d’un choix musical qui accompagne le film. Les scènes avec Thérèse Casgrain sont cependant surprenantes et, à part marquer le conservatisme concernant les droits des femmes à travers les idées de Mary Travers, ne servent en rien au film et manque définitivement des subtilités qui sont pourtant bien saupoudrées ailleurs. J’en viens personnellement à croire que c’était pour élargir le public cible du film malgré un échec probable à ce niveau : j’étais la personne la plus jeune, d’assez loin, dans l’amphithéâtre où jouait le film et la salle ne réagissait pas aux scènes explicitement féministes comme elle réagissait aux chansons et aux épreuves de Mary Travers. L’insistance du film à toujours nommer Thérèse Casgrain et son importance chaque fois qu’elle apparaissait, comme si on ne s’en souvenait pas!, était aussi pour le moins malaisante. C’est cependant probablement les seules miettes féministes de films historiques québécois qu’on aura pour plusieurs années encore. Nous devrons donc nous en contenter encore une fois.

Retour sur les billets de 2017 et souhaits pour 2018

Retour sur 2017

Ce que je n’ai pas réussi en faire en quantité sur mon blog (plein de critique de livres et de listes), je crois quand même l’avoir réussi en qualité et haut la main parfois.
Je n’ai écrit que 6 billets cette année, mais tous très différents en contenu et trois d’entre-eux m’ont certainement pris beaucoup de temps à rédiger et à bâtir les outils nécessaires à leur création.

Premier billet (Social Justice Fantasy)
Une blague élaborée, mais quand même un peu sérieuse, sur les types de social justice warriors (SJW) s’inspirant très fortement des classes de personnages des RPGs.

Deuxième billet (Booktube n°1: Les Sorcières de la République de Chloé Delaume)
Ma tentative de me lancer dans les capsules vidéo de critique de livres
On verra si je retente ça l’an prochain, contrairement à la rédaction de critiques de livres, c’est très long, pour moi, de préparer, de filmer et de monter une capsule vidéo. L’échec d’une deuxième capsule vidéo (40 minutes de tournage qui a simplement donné des fichiers corrompus) n’a certainement pas aidé à me relancer là-dedans.

Troisième billet (Calculer l’absence de marginalités)
J’ai élaboré un outil de calcul statistique en .hmtl (ça m’a permis de me replonger très profondément dans mes mathématiques du cégep), mais j’ai surtout entamé une réflexion sur ce que j’appelle « le calcul de l’absence de marginalité »

Quatrième billet (Répartition femmes/hommes des prix littéraires francophones au Québec)
Des centaines d’heures de travail, peut-être un des billets dont je suis le plus fier· jusqu’à présent, un énorme recensement (qui sera annuel) des tous les prix littéraires québécois et de leur répartition femmes/hommes.

Cinquième billet (Répartition F/H des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2017))
Une mise à jour annuel de la répartition F/H des doctorats honoris causa à l’UdeM; j’ai aussi eu la surprise de voir qu’un groupe avait aussi fait celui de l’UQÀM cette année, j’attends avec impatience le reste des universités.

Sixième billet (Mini-critique : Bloodsilver de Wayne Barrow)
Une mini-critique sur ma lecture du livre de vampire Bloodsilver que je n’ai pas vraiment aimé et le pourquoi de cette réaction.

Du site Internet au blog

J’ai aussi fermé mon site Internet et fait migrer les bibliographies complètes de Françoise d’Eaubonne sur ce blog vu le traffic beaucoup plus élevé sur mon blog. Les consultations semblent avoir augmenté un petit peu, mais ça me permet surtout d’avoir tous mes textes au même endroit.

J’en ai aussi profité pour acheter le nom de domaine du blog.

Statistiques

Mes billets les plus populaires (au niveau des consultations) sont sensiblement les mêmes que les années précédentes.

En première place, l’analyse du poème Nuit Rhénane de Guillaume Apollinaire (2010) qui est clairement très recherché par les étudiant·es en période d’examen (pouvant parfois atteindre 50 vues/jour). Ce billet a reçu plus de 4000 vues cette année.

Ma pages archivant des chansons de manifestations féministes (2016) est en deuxième place et commence à être référée sur d’autres site Internet ce qui est toujours plaisant.

En troisième place, un billet explorant l’histoire du symbole féministe (2015), mon seul travail profond de recherches historiques (excluant les statistiques) et dont je tire une grande fierté.

Le quatrième billet le plus consulté est une liste de 20+ essais féministes incontournables (2015). Je voulais étendre cette recension à 50+ essais cette année, mais il faut croire que ça ira à l’année prochaine.

En cinquième place, La place des femmes dans la Pléiade (2015), un billet explorant l’absence des femmes dans la collection La Pléiade de Gallimard.

Mon billet publié cette année le plus populaire est celui sur la répartition femmes/hommes des prix littéraires francophones au Québec.

biscuitsdefortune.com c’est aussi 71 billets (incluant 34 analyses et critiques), 11 000 vues de pages cette année et 21 000 depuis sa création.

Souhaits pour 2018

Je réfléchis encore à ce que je ferais l’année prochaine, j’espère sincèrement pouvoir faire plus de critiques de livres (une par mois, serait-ce trop demander?), évidemment de continuer à mettre à jour mes bibliographies et mes billets annuels et peut-être trouver un moyen de publier les nombreux simulateurs financiers que j’ai créés depuis 2 ans (reste à voir comment je peux éditer le tout).

Il est possible que j’ajoute de nouvelles pages bibliographiques (autre que sur Françoise d’Eaubonne et la #ggi), mais c’est un travail long et ardu qui nécessite en plus d’être constamment mises-à-jour dans certains cas, nous verrons donc.

Mini-critique : Bloodsilver de Wayne Barrow

Couverture du livre Bloodsilver de Wayne Barrow

Je viens de terminer la lecture du roman de Fantasy Bloodsilver de Wayne Barrow («né en 1951, fils d’un père bostonien et d’une mère indienne navajo»). Tout au long de la lecture, je ne cessais de penser qu’il était vraiment étrange qu’un américain à moitié navajo écrive un tel recueil de nouvelles.

Rapidement, pour résumé, le livre réinvente une histoire des États-Unis où un convoi de vampires parcours l’Amérique lors de sa période de colonisation ce qui cause plusieurs changements dans l’histoires des États-Unis. Je pourrais qualifier ce recueil d’uchronie dystopique.

Un des problèmes de Bloodsilver est que, dès le début, ce groupe de vampires (aussi surnommés le Convoi) est présenté comme une marginalité sauvage excessivement riche et puissante qui peut influencer le gouvernement (un mélange des stéréotypes racistes associés aux amérindiens et aux juifs). L’histoire présente le parcours de ce petit convoi de vampires chassé par des chasseurs de vampires, le gouvernement, etc. (bref, clairement des méchants) qui réussit à influencer petit à petit le gouvernement, contrôle les richesses et domine petit à petit les États-Unis pour finalement cumuler, dans les années ’30 à une réécriture (pour nous) du film, qu’on devine être The Birth of a Nation (un film connu pour avoir redonner de la vitalité aux groupes racistes incluant le KKK ), en un film faisant l’éloge non plus des Blancs, mais du Convoi.

La première nouvelle avec le chasseur de vampire qui se rend à Salem pour traquer les vampires qui se cachent parmi la population locale a failli me pousser à mettre le livre de côté puisqu’un espèce de Van Helsing traquait des « sorcières » qu’on dépeignaient comme des créatures malfaisantes et infâmes et que ça semblait être une réécriture du Malleus Maleficarum (un des livres fondateurs de l’inquisition européenne) fictif par ses détails. J’ai cependant poursuivi la lecture pensant que ça pouvait être, maladroitement, un récit pour dénoncer ces stéréotypes, mais les autres nouvelles ne m’ont pas vraiment fait changer d’idée, bien que deux d’entre-elles remettaient en question ces stéréotypes et cessaient de présenter des protagonistes blancs comme étant les bons de l’histoire.

Similairement au film Logan; Bloodsilver semble être un récit excessivement conservateur: on suit des protagonistes blancs (tous des hommes à l’exception d’une nouvelle) qui peu à peu, perdent leurs repères culturels, leur pouvoir, leur influence et le rôle qu’ils jouent dans l’histoire au profit d’une nouvelle génération (Logan) ou d’une minorité autrefois persécutée (Bloodsilver). La différence avec Logan (où la nouvelle génération est porteuse d’espoir et de « diversité) est que cette « minorité » est réellement dangereuse (plusieurs nouvelles montrent leur sauvagerie à peine contrastée avec un récit montrant un des protagonistes blancs dans tout son racisme suite au massacre de Wounded Knee). Le film The Birth of a Nation réécrit dans la dernière nouvelle montre aussi toute l’hypocrisie et la manipulation du Convoi et le glauque destin qui attend l’Amérique dans les prochaines années et non pas un récit de conciliation et de partage comme le Convoi désire le présenter avec le film. Bref, une histoire de ces histoires dystopique conservatrice où les « minorités » « sauvages » l’emportent et comptent détruire et opprimer les pauvres Blancs qui ont tout construit (même s’il y a quelques pommes pourries réellement racistes parmi eux).

Après avoir fini la brique de presque 500 pages, je désire donc rapidement lire sur l’auteur puisque, bien que ça n’empêche pas un navajo d’écrire des trucs frôlant le racisme et le conservatisme (à escient ou non), ça me semblait vraiment manquer de perspective et d’expérience face à son propre vécu et des dynamiques en Amérique.

Il s’adonne que c’était un pseudonyme de deux auteurs français blancs (Johan Heliot et Xavier Mauméjean). J’aurais dû vérifier dès que j’ai lu « d’un père bostonien et d’une mère indienne navajo ». Comme quoi.

Répartition F/H des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2017)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du genre (1920-2017)
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De 1920 à 2017, 1052 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce quatrième billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

Comme toujours, les bases de données que j’ai montées pour effectuer cette recherche sont disponibles pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez (mais merci de me citer comme auteur·).

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1052 dhc remis, 941 ont été attribué à des hommes et 111 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 140 dhc ont été remis: 107 à des hommes, 33 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,6% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a augmenté de 0,2%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 10,7 pour les hommes et 3,3 pour les femmes. Il s’agit là de 23,6% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a diminué pour les femmes de 0,4%.

La médiane depuis 1920 est toujours de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 10 pour les hommes et 3 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées depuis 1920, mais a diminué de 0,5 pour les hommes par rapport à l’année dernière de nouveau dû au faible nombre de doctorat honoris causa décernés cette année (tendance de plus en plus remarqué sous le rectorat de Guy Breton).

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observés dans le premier billet sur la question. Nous avons mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24% (22 dhc remis à des femmes) [une diminution de 0,4% par rapport à l’année dernière dû à un dhc décerné de moins que l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc (il s’agit d’un comité créé par le conseil de l’université).

Et les autres universités?
Le collectif opposé au sexisme à l’UQÀM vient d’effectuer un travail similaire le 30 octobre est arrive au conclusion que 20,3% des dhc des 25 dernières années ont été décernés à des femmes. C’est un pourcentage très légèrement plus élevé que celui de l’UdeM (à 18,7% dans les 25 dernières années). Nous attendons avec impatience les résultats dans d’autres universités!

Critiques intersectionnelles
Le genre n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche.
Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et aux biographies des récipiendaires (ainsi que quelques recherches en ligne), seul·es une femme des Premières nations, un Innu, une femme noire, une Afghane et une Colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 8 personnes non-blanches (sur 119 dhc donc 6,7%!!) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des Chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (mais plus souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, cette représentation est, dans les faits, encore plus minuscule.
Un dhc a été décerné cette année à André Dudemaine (un Innu de Mashteuiatsh).

Conclusions:
Bref, avec toujours moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre.

À venir, éventuellement:
Une approche par faculté ou domaine d’étude pour tenter de voir si la discrimination est la même partout.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM
Liste des doctorats honoris causa de 2017