Gynocritique (Dictionnaire personnel du féminisme)

La gynocritique est un ensemble d’approches littéraires qui se concentrent sur l’analyse de spécificités propres aux textes de femmes.

Signifiant à la fois la critique par les femmes et la critique de femmes, le terme « Gynocritique » est forgé en 1979 par la critique Elaine Showalter bien que le concept est développé auparavant chez des essayistes comme Patricia Meyer Spack (The Female Imagination) et Ellen Moers (Literary Women : The Great Writers).

Showalter proposa la gynocritique en réaction à la tendance de la critique féministe de prendre un jugement masculin sur les textes. Au lieu de s’intéresser aux textes du canon masculin et à l’objectification des femmes dans ceux-ci, elle suggère de se concentrer sur l’étude de textes féminins afin de se libérer des modèles de critique masculins. Cette approche de Showalter tient aussi à chercher une spécificité de l’écriture au féminin et à l’établissement d’un canon de textes féminins.

La pratique sera critiquée fortement par le féminisme radical pour qui le genre est construit (et qui considère l’approche comme essentialiste), mais aussi par plusieurs féministes dont Alice Walker et Barbara Smith qui voient en cette approche une analyse de la spécificité des femmes hétérosexuelles blanches et créeront à leur tour de nouvelles approches. Pour Walker, ce sera la création du womanism dans l’ouvrage In Search of Our Mothers’ Gardens et pour Smith, ce sera la recherche de la spécificité de l’écriture des femmes noires dans Toward a Black Feminist Criticism.

Aujourd’hui, la gynocritique est encore pratiquée et prend plusieurs voies soit (liste non exhaustive): la recherche d’une spécificité de l’écriture au féminin (voir d’une fémininie), la création de canon·s féminin·s, l’identification d’un essentialisme de l’écriture des femmes ou encore l’analyse de la construction du [sujet] féminin dans les textes. L’approche accueille aussi des critiques masculins.


Voir aussi :
Essentialisme – Féminie – Réappropriation – Womanism

Lecture recommandée:
SHOWALTER, Elaine. Toward a Feminist Poetics.


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Avertissement de déclenchement (Dictionnaire personnel du féminisme)

L’avertissement de déclenchement (popularisé sous le nom de trigger warning) est un avertissement placé juste avant la lecture d’un contenu afin de prévenir le souvenir d’un événement traumatisant pour certains publics.

Le terme Trigger warning est utilisé en français ainsi que d’autres synonymes anglophones et francophones tels que : activation warning (avertissement d’activation), avertissement, content warning (avertissement de contenu), déclencheur, stress warning (avertissement de stress) ou encore l’abréviation tw. Le terme est issu du milieu psychiatrique où le déclencheur fait référence à un état de stress post-traumatique. Une liste ciblant les contenus provoquant suit parfois l’avertissement.

D’abord présent sur les blogs féministes, l’usage s’est répandu sur Internet avant de se retrouver dans certaines écoles et universités. Le trigger warning a pour objectif de diminuer les souvenirs douloureux que certaines personnes pourraient avoir à la lecture ou au visionnage de contenus pouvant évoquer des sujets sensibles, douloureux ou violents.

L’usage du trigger, de même que le nom même de l’avertissement, est souvent remis en question. D’abord, son emploi pourrait être un déclencheur de souvenirs pour certaines personnes (en plus de rappeler des armes à feu pour d’autres d’où l’emploi de synonymes), mais aussi parce qu’il est impossible de prévenir totalement la résurgence de violents souvenirs puisque ceux-ci varient d’une personne à l’autre et couvrent un très vaste ensemble de sujets. Dans les écoles, les avertissements peuvent parfois isoler ou outer une victime par accident si l’avertissement requiert de la personne de sortir de la classe ou de ne pas lire un contenu.

Malgré tout, l’usage reste répandu sur Internet où son usage reste pertinent car il permet de prévenir la lecture de contenu chez des personnes sensibles à certains sujets. Il n’a pas une fonction de censure (il ne bloque pas l’accès à un contenu), mais bien une fonction de prévention.


Voir aussi :
Safe space

Lectures recommandées:
ANONYME. « Common Trigger Warnings ». En ligne.
CENTER FOR THE TREATMENT AND STUDY OF ANXIETY. « Post-traumatic Stress Disorder ». En ligne.
DYLAN FINCH, Sam. « When You Oppose Trigger Warnings, You’re Really Saying These 8 Things ». En ligne.
GAY, Roxane. « The Illusion of safety/The Safety of illusion ». En ligne. (aussi dans GAY, Roxane. Bad feminist, « The Illusion of Safety / The Safety of Illusion », pp.171-178.)
GEEK FEMINISM WIKI. « Trigger warning ». En ligne.
GREEN, Laci. « TRIGGER WARNING!! – A Defense ». En ligne.
IDEA CHANNEL. « What’s The Deal With Classroom Trigger Warnings? ». En ligne.
JARVI, Jenny. « Trigger Happy ». En ligne.
QUEER DICTIONARY. « Trigger warning / Content Warning ». En ligne.
MOORE, Tracy. « We Don’t Have to Use Trigger Warnings, But We Can Learn From Them ». En ligne.
RAECHEL. « Pedagogy of a Trigger? ». En ligne.
SCOLASTIK. « Réflexions sur les usages du trigger warning ». En ligne.
SELTZER, Sarah. « Teaching Trigger Warnings: What Pundits Don’t Understand About the Year’s Most Controversial Higher-Ed Debate ». En ligne.
SHINE, Jacqui. « What We Talk About When We Talk About Trigger Warnings ». En ligne.


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