Le fond de l’air est rouge de Stefan Christoff

Le fond de l’air est rouge

L’ouvrage est un assemblage de dix chroniques que l’auteur a rédigé durant la #ggi. Christoff a choisi dix textes (datés entre 2011 et août 2012) afin d’être, selon lui, aussi représentatif que possible pour montrer les fondements du mouvement, mais aussi dans le but de témoigner de son expérience de la période. Fait intéressant: il s’agit, en date d’avril 2015, du seul livre (nous excluons les magasines et articles) traitant de la grève étudiante en anglais.

L’introduction du zine nous présente le Québec peu après l’élection du Parti Québécois et nous explique que malgré l’élection de ce dernier grâce aux mouvements anti-Libéraux, le nouveau gouvernement n’a pas une vision bien différente de l’éducation ou même sociale du parti politique à l’origine de la hausse des frais de scolarité. Cette introduction détaille aussi les motivations de l’auteur à partager son expérience de la #ggi, ainsi que d’en sortir une réflexion cohérente.

Le premier article, daté d’avril 2011, introduit très bien le recueil de textes en rappelant un historique des actions étudiantes contre les coupures en éducation dans le passé et présente déjà plusieurs thèmes qui seront très présents pendant la #ggi. Ce paragraphe nous semble très représentatif de ce qui est ambitionné du mouvement étudiant à venir pour l’auteur.

« Certainly, the struggle over accessible education in Quebec over the next year points to key themes in a world of growing economic disparity. This is a fight for access to education on the streets in Montreal and throughout Quebec, but also across the globe.»

Les neuf articles suivants poursuivent l’établissement de liens entre la #ggi de 2012 et la grève de 2005 en rappelant des événements similaires aux deux ou en l’inscrivant dans un récit de continuité. L’auteur va cependant plus loin encore que de simplement lier les grèves et actions étudiantes reliées à l’éducation en décrivant d’autres actions que les manifestations et en les rapprochant de d’autres mouvements grassroots ou préoccupations sociales tels que le campement d’Occupy en automne 2011, la gentrification de certains quartiers montréalais ou encore les politiques d’austérité conservatrices et libérales. L’auteur ne cesse d’ambitionner, à la fin de ses chroniques, l’élargissement du mouvement de réflexion étudiant à un mouvement de réflexion sociale ou encore à la recherche d’une justice sociale commune et populaire.

Présentées à l’origine pour différents tribunes, ces chroniques artificiellement rassemblées dans un recueil posent plusieurs problèmes de répétition. Ainsi, on ne cesse d’accuser les services de police constamment de brutalité policière (non sans raison) à l’aide de plusieurs exemples, on reproche à la CBC sa couverture partisane de la #ggi et son aveuglement face à certains aspects de celle-ci. Christoff accuse même la CBC de créer son propre récit de la période sans se douter que lui-même met de l’avant un récit particulier, soit celui de s’inscrire en continuité directe avec 2005 et de laisser présager un élargissement massif à d’autres questions sociales de la grève.

À l’exception de résumés de diverses manifestations ou événements en lien avec la #ggi, qui deviennent redondants à force d’être répétés (et aussi par manque de variations), un seul article se distingue du reste: celui sur Victoriaville. Dans ce dernier, il ne s’attarde pas à décrire les événements de cette journée, mais raconte plutôt le voyage de retour en autobus, les arrestations et abus policiers durant la soirée, le tout à l’insu des caméras des médias. Bien que certains passages étaient un peu trop émotifs pour une véritable réflexion sur l’événement,

« my heart was rising above the police repression, alive with the energy of a beautiful student strike in Quebec that has successfully inspired or reignited so many other social movements. »

le témoignage à la première personne changeait des simples résumés présents dans les autres textes. L’inscription dans un récit de justice social plus large n’est cependant pas épargné.

Bref, le recueil est répétitif, très peu réflexif puisqu’il résume les événements avec toujours la même perspective : celle de s’inscrire en continuité aux mouvements étudiants précédents et dans un mouvement de réflexion plus large sans vraiment détailler les actions. Cette série d’articles, plus proche de la chronique ou de l’opinion que du journalisme, rend vaguement compte de ce qui s’est déroulé durant la #ggi. On aurait aimé plus de textes avec plus de diversité, que les mêmes réflexions avec parfois les mêmes commentaires répétés presque mots pour mots d’un article à l’autre. Seul « Riot police turns bus into Victoriaville jail cell » se distingue avec un récit à la première personne plus intime et descriptif de ce qui s’est déroulé. Un autre bon point de recueil reste quand même la présence d’un argumentaire solide face à ce qui se déroule comprenant des exemples pertinents à chacune des démonstrations qu’il effectue. Ainsi, l’inscription des luttes qui est présentée est cohérente et possède son lot de vérité.

Le Fond de l’air est rouge a sa raison d’être, mais on peut se demander quel est le lectorat de ce recueil. Notre idée est que cet ouvrage peut donner une bonne idée du type de «journalisme militant» qui a éclot au Québec durant la #ggi et il présente quelques éléments intéressants à présenter à celles et ceux qui n’en ont pas entendu parler en détails. D’autres ouvrages rendent cependant une meilleure couverture de la #ggi, mais peut-être est-ce un départ intéressant pour la narration en anglais de cette période de l’histoire du Québec.

Ce billet fait partie d’une série sur la #ggi.
Cliquez ici pour plus d’ouvrages et de critiques.

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