20+ essais féministes incontournables

Une version plus récente (avec 40+ suggestions) de ce billet est disponible!

Une liste des essais féministes à lire absolument au moins une fois dans sa vie. Les titres sont accompagnés d’une très courte description qui annonce deux, trois éléments importants du texte. Le lien du titre mène vers le site de l’éditeur lorsque l’ouvrage est disponible.
Notez que cette liste est très très loin d’être exhaustive et qu’elle ne reflète qu’une partie du parcours de lectures de son auteur· (bref, exclue des auteures comme [au hasard] Andrea Dworkin, Betty Friedan, Christine Delphy, Denyse Baillargeon, bell hooks, Judith Butler, etc. que je n’ai pas encore lues) . Elle tente cependant de ratisser un large éventail d’approches féministes et tenir compte des essais qui ont marqué l’histoire des féminismes. Notez aussi qu’il s’agit là de féminismes très occidentaux et majoritairement francophones. Nous espérons mettre à jour cette liste chaque année avec de nouvelles suggestions.

Introduction aux féminismes:

We should all be feminists de Chimamanda Ngozi Adichi : Vous n’avez aucune idée de ce qu’est le féminisme ou seulement une très vague impression? Vous êtes encore réticent·e face au mouvement? Ce tout petit livre est pour vous!

 

 


Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont: HistoirE du féminisme au Québec. Ouvrage de vulgarisation. Recommandé pour les jeunes adultes ou personnes nouvellement initiées au féminisme et désireuses de connaître son histoirE dans la Belle Province.

 

HistoirE des femmes et des féminismes:

Naissance d’une liberté (Contreception, avortement: le grand combat des femmes au XXe siècle) de Xavière Gauthier: Histoire de l’avortement et de la contraception en France. Vers la fin, elle élargie cette recherche à l’Europe.

 

 


Le féminisme (Histoire et actualité) de Françoise d’Eaubonne: Une histoire du féminisme (depuis la nuit des temps) et du patriarcat en plus d’un survol et résumé d’ouvrages importants pour le féminisme. Il date.

 

 


L’Histoire des Femmes au Québec du collectif Clio: Où vous apprendrez entre autres que les femmes avaient le droit de vote au XIXe siècle au Québec, mais qu’on leur a retiré. Pas une histoire qui se concentre exclusivement sur le féminisme, mais on l’aborde de plusieurs manières.

 

Linguistique et féminisme:

Les mots ont un sexe de Marina Yaguello: Une sorte de mini-dictionnaire avec une centaine de mots. L’auteure regarde les raisons qui motive les choix du genre de tel ou tel mot à travers son histoire et/ou sa sociologie. Un essentiel pour tout linguiste (féministe ou pas) à mon humble avis.

 

 


L’Euguélionne de Louky Bersianik: Ce n’est pas un essai, mais ce roman (multiforme) est une des premières réflexions sur la féminisation des noms (de métier entre autres) et les double standards et présente une réflexion très étoffée encore d’actualité.

 

Essais féministes marquants dans l’histoirE:


The Female Eunuch de Germaine Greer (1970): Un des grands classiques de la représentation des femme et des stéréotypes dont il faut se départir qui a plus ou moins bien vieilli. Elle y traite un peu de tous les sujets (de l’histoire aux revues féminines en passant par les mythes sur les femmes et les chevaux).

 


Du côté des petites filles d’Elena Gianini Belotti: Sur l’éducation des rôles sexués chez les enfants. Date un peu.

 

 

 


Sorcières, sages-femmes et infirmières de Barbara Ehrenreich et Deirdre English: Réflexion sur les femmes et le métier d’infirmière, de la chasse aux sorcières à aujourd’hui, et de l’accaparement de la médecine par les hommes et la violence.

 

 

Deux des premiers livres sur la revendication de droits des femmes:
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympes de Gouges

 

 

 

 

Défense des Droits de la Femme de Mary Wollstonecraft (oui, la mère de Mary Shelley!)

 

 

 

Les essentiElles:

Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Peu importe ce qui vous intéresse dans le féminisme, le Deuxième Sexe est un incontournable. C’est un des classiques de la littérature occidentale qui remet en question un bon nombre de présupposés de la société sur les femmes et développe le concept de l’altérité.

 

 


Black feminism: Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, collectif d’auteures: Traduction de textes importants du Black feminism. Pluralité d’approches et vraiment une excellente sélection. Je m’y réfère et le recommande régulièrement.

 

 


Sexual Politics de Kate Millett: Essai portant sur la représentation d’hommes et de femmes dans des romans et des pièces de théâtre (incluant Jean Genet, D. H. Lawrence et Freud). C’est un des premiers ouvrages du genre et offre une analyse littéraire féministe impeccable à mon humble avis. Il y a aussi une partie du livre consacré à l’explication de la société patriarcal. Lecture attentive ou niveau universitaire recommandé.

 


The Dialectic of Sex de Shulamith Firestone: Sur les femmes comme classe sociale (ou non?) et les rapports de dominations entre les sexes et ethnies. Un des livres fondateurs du féminisme radical matérialiste. Niveau universitaire recommandé.

 


Le Féminisme ou la Mort de Françoise d’Eaubonne: Sur l’écoféminisme (ouvrage fondateur en France) et le patriarcat.

 

 

 


A Cyborg Manifesto de Donna Haraway: Minuscule, mais très intéressant. Repense le genre, les corps et formes d’oppressions. Niveau universitaire fortement recommandé.

 

 


Les femmes avant le patriarcat de Françoise d’Eaubonne: Qu’est-ce que le patriarcat et analyse de mythes fondateurs de nos sociétés.

 


Rêver l’obscur: femmes, magie et politique de Starhawk: Sur une spiritualité (éco)féministe. Aussi, un essentiel pour penser et agir les dynamiques de groupes féministes.

 

 

Autres suggestions notables plus contemporains:

King Kong théorie de Virginie Despentes: Un excellent ouvrage sur la prostitution et le regard masculin.

 

 

 


Le Corps lesbien de Monique Wittig: Contre l’hétéronormativité. Pour une valorisation du lesbianisme.

 

 


Mettre la hache de Pattie O’Green: Sur l’inceste (témoignage personnel et élargie). Incontournable sur le sujet. Mon analyse du livre.

 

 


Dictionnaire critique du féminisme, collectif: Une explication de quelques pages sur une cinquantaine de termes reliés au féminisme. On est plus proche de la forme de l’article que de la définition ce qui rend cet ouvrage intéressant. On reste cependant sur notre faim et certaines définitions sont parfois très surprenantes. Plusieurs partis pris évidents.

La place des femmes dans la Pléiade

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez (mais merci de me citer comme auteur·).

Nous sommes loin de la parité, il est vrai ; mais force est de constater que l’histoire littéraire elle-même s’écrit au masculin jusqu’au milieu du XXe siècle ; et il n’est pas à la portée de la collection, si bienveillante soit-elle, de la corriger.
La Pléiade, 28 avril 2014.

Voici comment une nouvelle sur le site Internet de la Pléiade nous explique (ou mecsplique) l’absence des femmes dans la collection et tente de se justifier d’en avoir publiées qu’une dizaine depuis sa fondation. Notre but ici n’est pas de proposer des femmes que la Pléiade pourrait ajouter à son corpus (plein d’autres initiatives le font déjà, les exemples affluent), mais plutôt de démontrer, chiffres à l’appui que la Pléiade ne fait aucun effort tangible pour les inclure, et ce, même dans les dernières années.

Pour ce faire, nous avons recensé tous les ouvrages de la collection et séparés ceux-ci selon le nombre d’auteur·es soit un·e ou plusieurs auteur·es (deux auteur·es dans un même ouvrage conduisent à le mettre dans les collectifs, ex: Plaute, Térence). Puis nous avons redivisé les ouvrages selon le sexe de l’auteur·e ou mis anonyme s’il y a un doute sur l’identité de l’auteur·e. Pour les collectifs, nous avons aussi ajouté une catégorie « mixte » où on met un livre qui compte au moins une femme (même si il y a 20 H et 1 F, ça reste un ouvrage mixte). Nous avons aussi répertorié trois zones temporelles de publication (avant 2000, entre 2000 et 2009, 2010 et plus) pour connaître l’évolution de la publication des femmes dans la Pléiade. Ces choix sont totalement arbitraires mais permettent de savoir si, après les années 2000, il y a eu une évolution dans la publication des auteures femmes.

Voici donc les résultats pour les ouvrages individuels:
9 femmes sont publiées dans la collection: Marguerite Yourcenar, Virginia Woolf, Madame de Sévigné, Nathalie Sarraute, George Sand, Madame de Lafayette, Marguerite Duras, Colette et Jane Austen.
Sur 214 auteur·es (199 H, 9 F, 6 A).
Bref, 4,2% des auteur·es publié·es sont des femmes.

Ce chiffre diminue lorsqu’on regarde le nombre d’ouvrage total publié.
Sur 546 livres, 21 le sont par des femmes (soit 3,8%).

Pléiade graphiques

Répartition selon le sexe des auteur·es et du nombre d’ouvrages publiés

Y a-t-il une amélioration depuis l’an 2000?
Avant l’an 2000, 2,8% des ouvrages étaient par des femmes. Entre 2000 et 2009 inclus, 3,1% le sont. À partir de 2010, on tombe à 11,5% ce qui reste vraiment minuscule.

Au niveau des auteures publiées: <2000: 4 femmes ; 2000-2010[: 2 femmes ; 2010-aujourd’hui: 3 femmes. Bref, malgré un plus grand nombre d’ouvrages de femmes publiés, on n’édite pas vraiment plus d’auteures (mais il reste encore 4 ans pour augmenter ce chiffre et donner une meilleure idée comparative).

Les collectifs sont à peine plus réjouissants:
Sur 53 collectifs, 28 (plus de la moitié!) sont uniquement des collectifs d’hommes. 1 seul est un collectif de femmes (les sœurs Brontë), 14 d’entres-eux sont des collectifs mixtes (avec au moins une femme) et nous n’avons pas pu savoir pour 10 d’entres-eux.
Bref, alors que 52,8% des collectifs sont uniquement composés d’auteurs, seul 1,9% sont composées d’auteures et 45,2% pourraient inclure au moins une femme (26,4% certains, le reste, je crains fort qu’il ne le soit pas).

La répartition au niveau des années n’est pas tellement meilleure, le collectif de femmes est publié en 2008. Et pour ceux publiés après 2010 (il y en a 4), 2 sont uniquement masculin, 2 mixtes (qui, vérification faite, ont chacun une femme seulement).

Méthodologie et informations supplémentaires:
– J’ai construit la base de données en utilisant les données disponible sur le site web de la Pléiade en faisant des recherches par auteur·e.
– Pour chaque ouvrage collectif, j’ai cherché chaque auteur·e individuellement pour savoir si c’était une femme ou un homme. Au moindre doute, je le mettais dans la catégorie indéterminé. Notez que je me fiais à la figure de l’auteur·e tel qu’elle ou il se présente. Si, par exemple, Louise Labé était un homme, je ne la mettrais pas dans la catégorie homme, mais dans celle des femmes. La seule exception à cette règle est George Sand que j’ai classé dans les femmes.
– Il est à noter que les collectifs mixtes sont des collectifs dont AU MOINS une auteure est une femme. Plusieurs comptent des dizaines d’hommes et une femme, ils sont quand même dans les collectifs mixtes. (Exemple) Pourquoi? Afin de montrer que même en ayant au moins une femme dans les mixte les résultats finaux des collectifs dépeignaient une triste réalité, mais plus positive que si j’avais comptabilisé individuellement chaque auteur·e des collectifs. C’est une manière pour moi de donner le bénéfice du doute à la collection qui encouragerait la lecture de femmes de la sorte (bien que je n’en crois rien personnellement, mais ça, c’est une opinion et non un fait).
– Si il existe une nouvelle édition, l’ancienne ne compte pas dans le calcul des ouvrages publiés de l’auteur·e. Ceci dit, une seule femme fut rééditée (il s’agit de trois ouvrages des correspondances de Madame de Sévigné). Effectuer un tel calcul a pour conséquence d’augmenter la présence des hommes dans le nombre d’ouvrages publiés. Je ne l’ai pas fait puisque je crois que des rééditions sont régulièrement nécessaires et que la présence tardive des femmes dans la collection (la première en 1970 avec George Sand) fait en sorte que la collection n’a pas eu l’occasion de pouvoir rééditer celles-ci.
– Cette recherche fut effectuée sans financement de la part d’organisme et de manière bénévole. Les données sont disponibles à la consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches. Ce serait cool de citer convenablement cette recherche pour les trois derniers points.

Les commentaires et suggestions, de même que toute erreur rapportée sont appréciés. L’article peut donc changer en conséquence de rétroaction (j’aurais oublié une femme dans un collectif, quelqu’un me précise le sexe des auteur·es dans les collectifs indéterminés, etc.). Prière donc de jeter un coup d’œil à la date de la dernière mise à jour si vous constatez des différences de lecture. Une réédition de cet article devrait avoir lieu en 2020 (puis 2030, etc.) afin d’avoir une meilleure idée comparative des périodes.

Dernière mise à jour: 5 septembre 2015.