À la découverte de quelques biographies de compositrices classiques

La présence des compositions de compositrices classiques dans les concerts est encore très rare, pour ne pas dire inexistante: en France, en musique classique 1% des pièces programmés en salle de concert sont l’œuvre de compositrices. Sans compter que dans les magasins de musique, les DCs de compositrices ne comptent même pas pour 1% de l’offre (quand il y en a!!) si j’en crois mes propres recherches dans trois succursales différentes d’Archambault/Renaud Bray et de quatre disquaires usagés à Montréal en 2020 (avant la pandémie). Dans les faits, seule la succursale Archambault de Berri proposait quelques titres de compositrices, mais sur les deux rangées de près de 100 compositeurs classé en ordre alphabétique par nom de famille de la succursale, pas une seule compositrice n’était mise de l’avant. Je dois donc souvent me tourner vers les achats en ligne pour pouvoir me les procurer.

De nombreuses initiatives se mettent toutefois en place pour les mettre de l’avant, que ce soit à travers des concepts théoriques expliqués par des compositions féminines, des podcasts et des suggestions hebdomadaires d’écoute, des ensembles qui mettent de l’avant cette musique, des maisons d’édition spécialisées dans la publication de partitions de femmes ou encore des bases de données avec plus de 1500 compositrices! Bref, il est tout naturel alors que des essais soient écrits pour faire (re)découvrir ces figures et les mettre de l’avant.

Je propose donc, dans l’esprit d’aider à la diffusion de la pensée et des compositions, une petite sélection de titres que j’ai lu avec la possibilité que ce billet s’élargisse au cours des années avec la sortie de nouvelles biographies ou au fil de mes lectures bien que mes recherches ne donne pas beaucoup plus d’essais sur des compositrices que celles qui sont présentées ici (plusieurs, notamment sur Clara Schumann ou Lili Boulanger, sont épuisées ou inaccessibles sur le marché québécois).

La majorité de ces biographies touchent à des thèmes concernant les conditions des droits des femmes à l’époque de la compositrice et de marginalisation et d’oppression. Ces essais ne sont pas nécessairement tous féministes, mais ils traitent définitivement d’enjeux qu’on peut considérer comme tel.

Les essais sont présentés dans un ordre chronologique de parution. Un lien vers la boutique en ligne de l’Euguélionne, librairie féministe est disponible pour les ouvrages en cliquant sur les couvertures (s’il n’y a pas de lien, il n’est pas ou plus distribué).

Piano music by Black women composers: a catalog of solo and ensemble works (1992)

Pour lire cet essai, il faut au moins se préparer plusieurs choses très importantes: prendre beaucoup de note, avoir une connexion Internet pour pouvoir écouter les compositions référencées dans l’essai et avoir une carte de crédit dans la main pour commander des biographies et des partitions des compositrices présentées. Ce n’est pas une blague du tout, après avoir lu l’essai, j’ai commandé trois essais et deux partitions fautes de n’avoir pas pu en commander plus!!! (j’y reviens)

Une superbe recension qui ne se contente pas de recenser des oeuvres pour piano de compositrices noires américaines (une tâche effectuée en 1992, pas une mince affaire du tout!!), d’écrire une petite biographie pour une cinquantaine de compositrices, non, la recherchiste a aussi fait un travail immense de:
– Indiquer la difficulté des pièces (vraiment génial pour les personnes qui seraient intéressées à les jouer)
– Décrire le style des pièces, en donner une appréciation générale
– Où pouvoir lire, se procurer ou pouvoir acheter les dites pièces (avec les adresses postales et le temps que ça peut prendre avant de les recevoir!!)
– Mettre une petite bibliographie lorsque possible

Cet immense travail est vraiment incroyable en soi, doublement incroyable quand on sait le temps que ça a du prendre pour juste compiler ces noms, biographies, témoignages, rechercher toutes ces compositions avant parce que personne n’avait vraiment fait cette recension aussi exhaustive avant (on peut tout de même mentionner But Some of Us Are Brave: All the Women Are White, All the Blacks Are Men: Black Women’s Studies, mais qui est beaucoup moins détaillé).

Cette recension est aussi très intéressante à l’effet qu’elle nous montre montre bien comment les compositrices noires ne pas isolées les unes des autres et savent s’inscrire en continuité avec les précédentes ou leurs contemporaines, notamment par les concerts qu’elles organisent, mais aussi les compositions, styles, ou hommages qu’elles rendent. Pour des biographies d’une demi-page à une page, c’est quand même beaucoup d’information qui est communiquée.

J’ai trouvé aussi intéressant de noter que plusieurs compositrices noires furent des élèves de Nadia Boulanger (au moins dès 1931 avec Nora Douglas Holt) ce qui nuance pas mal ce que l’article dans Nadia Boulanger and Her World disait sur son rapport avec les communautés afro-américaines par rapport aux étudiant·es internationaux (surtout les hommes étaient dépeints dans le livre). On note quand même 5 compositrices afro-américaines (sur une cinquantaine de compositrices ) qui ont étudié sous son égide y compris une gagnante du grand prix Boulanger quelque part entre 1951 et 1954.)

La seule immense déception ne vient pas de l’essai, mais des recherches que je faisais tout en lisant l’anthologie. Beaucoup des artistes n’avaient pas une seule composition sur Internet (des fois, avec juste 5 résultats sur Google et simplement dans des listes), et on parle de grande compositrice comme Avril Gwendolyn Coleridge-Taylor dont je n’ai réussi à retrouver aucune partition et une seule vidéo de 5 minutes alors qu’elle fut prolifique et qu’elle était la fille d’un autre grand compositeur connu (Samuel Coleridge-Taylor) qui, lui, ne manque pas d’être partout! Je lisais et je cherchais des biographies ou des partitions et je dois avouer avoir noté beaucoup trop de noms de compositrices dont je ne pourrais pas en apprendre ou en écouter davantage. 28 ans plus tard, même avec l’arrivé d’Internet et de WorldCat, ce n’est pas nécessairement plus simple de les découvrir malgré leurs immenses réalisations, mais c’est malheureusement trop souvent le cas encore dans l’histoire des femmes. C’est pour ça qu’on ne peut qu’essayer de pousser ce genre d’essai, qu’on aimerait beaucoup dire qu’il date, mais qui n’ont finalement jamais accumulé une once de poussière tant ils sont encore pertinents aujourd’hui et dont le travail n’a pas été continué depuis.

Elisabeth Jacquet de La Guerre: une femme compositeur sous le règne de Louis XIV (1995)

Une bonne biographie d’une compositrice classique sous Louis XIV (ce détail n’est pas à négliger puisqu’elle semble avoir joui de sa protection et de ses Privilèges pour l’édition de ses compositions en plus de lui avoir dédicacé tous ses ouvrages sauf un, même en fin de règne!). Le travail très complet de biographie est aussi accompagné d’analyses rapides de ses compositions, mis en parallèle avec les styles musicaux de l’époque et on voit très bien comment elle tentait de nouveaux genres italiens tout en les rattachant à la tradition musicale française et combien elle fut aussi pionnière à beaucoup d’égards musicaux!!! On a aussi droit à la transcription de plusieurs des dédicaces au roi de ses éditions ce qui ravit des littéraires comme moi qui ont étudiés ce genre d’envoi durant leurs études!

Je trouve assez intéressant certaines similarités avec Louise Farrenc, notamment (et même si ça n’étonnera personne pour qu’une femme puisse composer autant et pouvoir jouer ses œuvres) le support de son mari, musicien aussi, le fait de venir d’une famille de musiciens (d’artisans surtout pour Élisabeth, mais le potentiel et l’héritage était là), le fait d’avoir vu leur seul enfant mourir avant elles et d’une période beaucoup plus creuse en terme de composition qui suit durant plusieurs années. Les deux ont aussi été veuves, Jacquet de la Guerre a bénéficié de l’héritage de son mari, mais elle a aussi continué à composer et enseigner pour lui assurer des revenus ce qui la rendait d’autant plus indépendantes financièrement et contribuait probablement pour elle à pouvoir s’essayer dans de nouveaux genres peut-être un peu plus facilement que de s’attacher à toujours refaire le même travail ou le même type de composition.

Une biographie nécessaire sur une prodige, reconnue et louée en son temps (y compris par le roi), qui a laissé un héritage intéressant et souvent précurseur de ce qui suivra ou sinon, dans les premières à expérimenter de nouveaux styles de compositions et de pièces.

Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle ; Musique au féminin (2003)

Une fantastique biographie sur la compositrice, pianiste, professeure et éditrice de musique classique Louise Farrenc qui se divise en une moitié d’ouvrage consacrée à une biographie générale puis à des analyses plus poussées de ses divers compositions puis de ses travaux de compositions, de professeurs et de musicologues.

Très très très appréciée dans son temps (à l’exception de quelques critiques particulièrement plus misogynes que les autres) autant au niveau de ses compositions que de ses interprétations, c’est un véritable drame qu’elle soit tombée dans l’oubli peu après sa mort malgré les efforts immenses qu’elle a accomplis dans ses compositions, son enseignement et la diffusion de ses oeuvres (notamment par l’entremise de son mari Aristide Farrenc, toujours en support de son épouse et qui formait un véritable power couple dans le temps avec les deux collaborant et se relayant dans leur vie commune et professionnelle).
La biographie touche aussi les discriminations sexistes et obstacles que Farrenc a dû supporter comme femme, mais aussi comment elle en a renversé plusieurs (elle a notamment obtenu le même salaire que ses confrères masculins après s’être plaint auprès de son établissement).
Finalement, et bien qu’on semble avoir quand même peu de documentations ou lettres à ces égards, Legras analyse aussi comment la vie personnelle de la compositrice a pu affecter son travail professionnel, notamment suite à la mort de son unique enfant, Victorine, et l’arrêt de son travail de composition pendant plusieurs années.

Une biographie essentielle pour découvrir une femme aux très multiples talents, qui s’est distinguée et imposée d’une façon exceptionnelle pour son époque et les marques qu’elle a laissé dans l’histoire de la musique (notamment à travers son rôle d’éditrice et d’interprête de musique ancienne, ce qui n’était pas commun, vers la fin de sa vie). 

Les compositrices en France au XIXe siècle (2006)

Un des deux essais de la liste que je n’ai pas encore lu, ce panorama présente la biographie et la production d’une vingtaine de compositrices françaises : Julie Candeille, Sophie Gail, Hélène de Montgeroult, Pauline Duchambge, Pauline Viardot, Nadia Boulanger, Lili Boulanger, Henriette Renié, etc.

From spirituals to symphonies: African-American women composers and their music (2007)

Le deuxième livre que je n’ai pas encore lu: selon le résumé, l’essai fournit un examen de l’histoire et de la portée de la composition musicale des compositrices afro-américaines des XIXe et XXe siècles. Il se concentre notamment sur l’effet de la race, du sexe et de la classe des personnalités et des circonstances individuelles dans la formation de cette catégorie de l’art américain.

Partition pour femmes et orchestre: Ethel Stark et l’Orchestre symphonique des femmes de Montréal (2017)

Je triche un peu ici puisque l’orchestre jouais très peu de compositions de femmes (bien qu’on parle de quelques-unes de ses rares interprétations), mais vu qu’il s’agit d’un des rares ouvrage du genre sur le Québec, il vaut définitivement le détour.

Une fantastique biographie d’Ethel Stark qui s’intéresse surtout à la période de la fondation et la durée de la Symphonie féminine de Montréal.

Encore une fois, il s’agit d’une histoire des femmes qu’on ne nous raconte pas et qui devrait être absolument relaté à tou·tes!!! Un orchestre d’une 80aine de femmes dans les années ’40, du jamais vu en Amérique du Nord, une première chef d’orchestre, le premier orchestre canadien à jouer au Carnegie Hall, la première personne noire à jouer de manière permanente dans un orchestre, des expériences de musiciennes devenues professionnelles suite à l’entrée dans l’orchestre (alors que plusieurs n’avait pas nécessairement jouer de leur instrument avant), des critiques dans les médias unanimes qui célèbrent la qualité du jeu, etc. Un orchestre qui représentait ce que le Canada avait de mieux à offrir en terme de diversité, d’apprentissage, de leçon, de sagesse, de succès et de féministe (sans l’être ouvertement)!

Chaque page m’apprenait énormément, je devais noter le nom des interprètes pour pouvoir les chercher par la suite! C’est un essai beaucoup moins académique que ce qu’on a l’habitude de lire chez Remue-ménage (normal, il s’agit d’une traduction) et la narration s’approche beaucoup plus d’un récit épique par moment ou d’essais comme Le féminisme québécois raconté à Camille pour sa vulgarisation et son désir d’en faire connaître un maximum à son lectorat. On prend souvent des pauses d’Ethel Stark pour parler d’autres musiciennes comme Violet Louise Grant, Lyse Vézina, Violet Archer, etc.

Le récit de la symphonie féminine de Montréal se termine un peu tristement, délaissé complètement par les subventionnaires qui l’abandonne un par un, la ville de Montréal ou la province du Québec, vivant de mécènes donnant absolument tout pour qu’elles survivent, un cas classique de ces institutions qui voyaient cet orchestre une sorte de menace pour eux (ou de la concurrence, ce qu’elles n’étaient pas du tout, en fait fois le peu de représentations qu’elles donnaient et le public qu’elles visaient), ne le supportant que par parole et non pas monétairement malgré la réputation internationale de l’orchestre.

À lire pour tout fan de musique classique féministe, un pan de l’histoirE qu’il faut absolument remettre de l’avant!!

Chiquinha Gonzaga (2018)

Le seul ouvrage que je pouvais me permettre de lire sur la compositrice brésilienne (1847-1935) puisqu’il existe des biographies en portugais, mais qui n’ont pas connu de traduction en français ou en anglais. Il s’agit d’une courte (24 pages) biographie très joliment illustrée pour enfant en portugais.

Le livre raconte surtout l’enfance de la compositrice, son éducation, son rapport avec ses parents et comment elle est parvenue à devenir la première cheffe d’orchestre au Brésil. Je l’ai découvert suite à une de ses compositions, Suspiro. et aimerait beaucoup pouvoir en lire, ou en écouter davantage. C’est simplement dommage qu’il ne semble pas y avoir un intérêt suffisant pour à l’extérieur du pays.

The heart of a woman: the life and music of Florence B. Price (2020)

Une fantastique biographie sur Florence Beatrice Price par Rae Linda Brown qui aura consacrée une partie de sa vie à explorer cette compositrice, trouver les partitions à droite et à gauche, trouver une correspondance d’une personne qui aura laissé quand même assez peu de trace au final malgré son importance majeure dans l’histoire étatsunienne (il s’agit de la première compositrice classique afro-américaine « de renom » dans l’histoire).

La biographie compense pour les périodes moins connues dans la vie de Price par des explorations des figures qui l’entourent, mais aussi des analyses musicales (qui demande quand même de bonnes connaissances musicales pour comprendre, mais elles ne sont jamais très longues donc peuvent être sautées au besoin) et des observations des sociétés et mouvements importants à l’époque.

Cette biographie met de l’avant la participation de la vie de Price dans la culture afro-américaine, comment elle s’en est inspirée, mais aussi comment la compositrice elle-même a participé à créer une partie de cette culture. Les questions de métissage, de « passing » sont aussi abordées, impossible de les contourner, et on explore bien comment Price a pu se sentir face à ces enjeux.

J’apprécie beaucoup l’inclusion de partie de partitions et l’analyse qui en est faite (même si je n’ai pas la culture musicale suffisante pour tout comprendre), et de comment ces compositions s’inscrivent dans une continuité de la musique afro-américaine, cela permet vraiment de faire ressortir des éléments importants de l’inscription des américain·es noir·es dans la musique classique sans plaquer un héritage sur un autre, mais comment les deux s’informent et s’harmonisent dans les compositions de Price.

Je pense que toutes les personnes adorant la musique classique devraient connaître Price, à défaut de lire cette biographique, au moins écouter ses deux symphonies et quelques une de ses pièces. L’héritage de cette compositrice est brillamment mis de l’avant par Rae Linda Brown et on ne peut qu’admirer et apprécier l’immense travail de plusieurs décennies qui a été mis dans la rédaction de cette biographique. 

Nadia Boulanger and her world (2020)

Une série d’essais très intéressants autour de la pianiste, organiste, professeure et compositrice classique Nadia Boulanger et des cercles dans lesquels elle a évolué.

Il ne s’agit pas tant d’une biographie ou d’analyse de ses oeuvres (bien qu’on rencontre les deux dans la lecture), mais de regarder plutôt l’inscription de Boulanger dans ce qu’on appellerait en littérature une inscription intertextuel et hypertextuel, mais aussi des réseaux qu’elle a formé: en filiation avec ses propres professeurs et compositeurs favoris (et ceux et celles qu’elle met de l’avant lors de ses performances et enseignements), mais aussi l’héritage musical et intellectuel qu’elle a laissé à ceux à qui elle a enseigné au court de ses très nombreuses années de professorat. De nombreux textes s’attardent à tracer cette généalogie musical, ses inspirations et les personnes qu’elle a inspirées et les formes que cet héritage à pris sur les différentes personnes concernées.

J’ai été agréablement surpris· de découvrir un petit article de Black Studies sur Boulanger qui observait comment elle n’a pas approché (ou n’a pas été permis d’approcher) les cercles de compositeurs classiques afro-américains lors de ses déplacements aux États-Unis et ce que cela disait aussi de ses relations, de son héritage musical et du monde dans lequel elle évoluait.

Cet article doit quand même être nuancé un peu: dans Piano Music by Black Women Composers: A Catalog of Solo and Ensemble Works, on note tout de même plusieurs compositrices noires qui furent des élèves de Nadia Boulanger (au moins dès 1931 avec Nora Douglas Holt) ce qui nuance pas mal ce que l’article disait sur son rapport avec les communautés afro-américaines par rapport aux étudiant·es internationaux (surtout les hommes étaient dépeints dans le livre). On note quand même 5 compositrices afro-américaines (sur une petite cinquantaine dans la recension du livre) comme ayant étudié sous son égide y compris une gagnante du grand prix Boulanger quelque part dans les années ’50.

La recherche, toujours dépendamment des articles, se base souvent sur de la correspondance qu’elle a entretenu, les inscriptions dans ses classes, les textes et biographies qui ont été écrites sur elle, les programmes de musique auquel elle a contribué, mais aussi des analyses de ses notes de cours (des compositions qu’elle enseignait ou des notes de ses étudiants), donc plusieurs formes d’analyse de document que je n’avais jamais encore vu auparavant!

Une connaissance musicale théorique de base est demandé pour la plupart des textes, deux des articles nécessitent toutefois une meilleure connaissance que celle que j’ai pour pleinement comprendre ce qui est écrit (je comprenais l’idée générale, mais était incapable de comprendre les concepts évoqués). Ne pas du tout connaître la musique classique n’apportera aucun plaisir à la lecture, je le déconseille fortement à ce niveau. Autrement, il s’agit d’une exploration très intéressante de l’univers dans lequel Nadia Boulanger a nagé toute sa vie et l’influence qu’elle aura eu sur la musique classique.

Mes coups de cœur lus en 2020

Un aperçu de mes livres préférés lus en 2020. Il ne s’agit pas uniquement d’ouvrages publiés cette année là (je mets toutefois la date de publication à droite du titre), mais des ouvrages que j’ai lu cette année là. Un lien vers la boutique en ligne de l’Euguélionne, librairie féministe est disponible pour les ouvrages (ou vers l’éditeur lorsque pas distribué). Les livres sont présentés par genre (Essais, Romans, SFF, Drames audio, BDs et mangas), mais pas dans un ordre quelconque.

Essais

Partition pour femmes et orchestre ; Ethel Stark et la Symphonie féminine de Montréal (2017) par Maria Noriega Rachwal

Une fantastique biographie d’Ethel Stark qui s’intéresse surtout à la période de la fondation et la durée de la Symphonie féminine de Montréal.

Encore une fois, il s’agit d’une histoire des femmes qu’on ne nous raconte pas et qui devrait être absolument relaté à tou·tes!!! Un orchestre d’une 80aine de femmes dans les années ’40, du jamais vu en Amérique du Nord, une première chef d’orchestre, le premier orchestre canadien à jouer au Carnegie Hall, la première personne noire à jouer de manière permanente dans un orchestre, des expériences de musiciennes devenues professionnelles suite à l’entrée dans l’orchestre (alors que plusieurs n’avait pas nécessairement jouer de leur instrument avant), des critiques dans les médias unanimes qui célèbrent la qualité du jeu, etc. Un orchestre qui représentait ce que le Canada avait de mieux à offrir en terme de diversité, d’apprentissage, de leçon, de sagesse, de succès et de féministe (sans l’être ouvertement)!

Chaque page m’apprenait énormément, je devais noter le nom des interprètes pour pouvoir les chercher par la suite! C’est un essai beaucoup moins académique que ce qu’on a l’habitude de lire chez Remue-ménage (normal, il s’agit d’une traduction) et la narration s’approche beaucoup plus d’un récit épique par moment ou d’essais comme Le féminisme québécois raconté à Camille pour sa vulgarisation et son désir d’en faire connaître un maximum à son lectorat. On prend souvent des pauses d’Ethel Stark pour parler d’autres musiciennes comme Violet Louise Grant, Lyse Vézina, Violet Archer, etc.

Le récit de la symphonie féminine de Montréal se termine un peu tristement, délaissé complètement par les subventionnaires qui l’abandonne un par un, la ville de Montréal ou la province du Québec, vivant de mécènes donnant absolument tout pour qu’elles survivent, un cas classique de ces institutions qui voyaient cet orchestre une sorte de menace pour eux (ou de la concurrence, ce qu’elles n’étaient pas du tout, en fait fois le peu de représentations qu’elles donnaient et le public qu’elles visaient), ne le supportant que par parole et non pas monétairement malgré la réputation internationale de l’orchestre.

À lire pour tout fan de musique classique féministe, un pan de l’histoirE qu’il faut absolument remettre de l’avant!!

Mes bien chères sœurs (2019) par Chloé Delaume

Un livre d’une puissance rarement égalée, une dénonciation forte, colossale et mordante du patriarcat, un jeu d’intertexte féministe presque sans fin (tout particulièrement adoré celui avec le King Kong Théorie « j’écris de chez les », une réappropriation des textes masculins canoniques en les subvertissant sans retenu (la réécriture p.18 du Nuit Rhénane de Guillaume Apollinaire est un chef d’oeuvre en soi! « Tout l’or des coups de reins devient le chant d’un batelier, au creux des tables de nuit, le tiroir aux petites morts »).

À la fois poétique, essayistique, fictionnalisation de la pire dystopie imaginable pour les personnes friandes du bon vieux temps de la culture du viol ; un hommage aux plus jeunes générations, à cette quatrième vague de l’Internet à la parole et à l’écrit qui ne peut être réduit au silence malgré l’acharnement d’un backlash qui voit sa fin arriver.

Un ouvrage comme il est difficile d’en écrire et qui fonce droit vers ce qu’il a à dire avec une pluralité de style d’écriture, de figures de style et de force. J’ai eu l’impression de revivre les premières page de King Kong pendant toute ma lecture et de hurler ces mots dans le métro tellement ils sont beaux, énergiques et fermes. Un vrai cri du cœur.

You Look Like a Thing and I Love You: How Artificial Intelligence Works and Why It’s Making the World a Weirder Place (2019) par Janelle Shane

Hilarant, fascinant et éducatif. J’adore le blog de l’autrice, j’ai donc été super ravi· de pouvoir lire un livre entier sur le sujet et je n’ai pas été déçu une seule seconde! D’abord, bien que certaines très rares parties (surtout deux, trois listes) de ses listes se retrouvent dans l’essai, c’est vraiment majoritairement du nouveau contenu donc pas de risque de s’ennuyer ou de juste y retrouver un recyclage des billets avec un intro et conclusion voili-voilou, non, nous avons vraiment affaire à des descriptions détaillées de comment l’IA fonctionne, comment elle appréhende le monde (virtuel) dans laquelle elle évolue, ses très très nombreuses limitations et défauts, etc.

Il y a un grand nombre de sujets traités, des biais de l’IA reprises de contenu soumis (ou de sa programmation) qui perpétue des pratiques racistes ou sexistes (de ne pas faire fonctionner un distributeur à savon pour les peaux noires à la discrimination à l’embauche selon le genre ou la situation géographique). On y explique aussi comment l’IA ne dominera jamais le monde et ne remplacera jamais efficacement le travail humain ou si rarement et nécessite toujours une supervision humaine importante. On y détaille aussi comme l’IA pour les automobiles, ce n’est vraiment pas pour demain et sont plutôt dangereuse (même avec un·e conducteur·e au volant puisque cette personne risque souvent d’être inattentive).

L’essai est aussi très très très drôle. Pas un chapitre ne passe sans rire aux différentes listes que les IA produisent ou les solutions très originales qu’elles trouvent pour surmonter un problème. Dans l’ouvrage, l’autrice parle de ses propres expériences, mais aussi de celles de beaucoup d’autre

Si vous voulez lire un essai de vulgarisation scientifique qui combine un aspect éducatif avec le comique de vidéos de machines qui effectuent des tâches étranges, ce livre est pour vous.

Invisible Women: Data Bias in a World Designed for Men (2019) par Caroline Criado Pérez

Un essai féministe qui couvre très large, du déneigement aux élections américaines en passant par le Brexit, la représentation de l’univers, les foyers de cuisson, le syndrome de Yentl ou encore les crimes de guerre.

Un foisonnement de données (ou une analyse de leur manque flagrant en ce qui concerne les femmes et les conséquences mortelles que cela peut avoir), d’interprétation, de sources et d’information. Elle analyse de nombreux domaines, aussi différent que l’astronomie, l’urbanisme, la médecine, l’économie, l’architecture, l’agriculture, la politique, etc. à travers le prisme de la collecte et l’interprétation des données et statistiques.

Caroline Criado-Pérez démontre avec brio comment le manque de collecte de données réparties selon les genres conduits à l’invisibilisation des femmes pas seulement en théorie, mais comment ces negligence peuvent conduire jusqu’à la mort ou à tout le moins désavantage les femmes toujours aux profits des hommes.

Un essai qui montre comment nous devrions repenser les statistiques et la collecte de données de manière urgente à tous les niveaux ou à tout le moins, commencer à en tenir encore plus, mais de plus rigoureuse.

Le concept de couverture est aussi vraiment génial. Je n’avais jamais remarqué les pictogrammes de femmes du livre avant d’en débuter la lecture (et il était bien visible et en présentation dans la librairie donc je le voyais quand même souvent). Clairement une des meilleurs couvertures que j’ai pu admirer.

Piano Music by Black Women Composers: A Catalog of Solo and Ensemble Works (1992) par Helen Walker-Hill

Alors, pour lire cet essai, il faut au moins se préparer plusieurs choses très importantes: prendre beaucoup de note, avoir une connexion Internet pour pouvoir écouter les compositions référencées dans l’essai et avoir une carte de crédit dans la main pour commander des biographies et des partitions des compositrices présentées. Ce n’est pas une blague du tout, après avoir lu l’essai, j’ai commandé trois essais et deux partitions fautes de n’avoir pas pu en commander plus!!! (j’y reviens)

Une superbe recension qui ne se contente pas de recenser des oeuvres pour piano de compositrices noires américaines (une tâche effectuée en 1992, pas une mince affaire du tout!!), d’écrire une petite biographie pour une cinquantaine de compositrices, non, la recherchiste a aussi fait un travail immense de:
– Indiquer la difficulté des pièces (vraiment génial pour les personnes qui seraient intéressées à les jouer)
– Décrire le style des pièces, en donner une appréciation générale
– Où pouvoir lire, se procurer ou pouvoir acheter les dites pièces (avec les adresses postales et le temps que ça peut prendre avant de les recevoir!!)
– Mettre une petite bibliographie lorsque possible

Cet immense travail est vraiment incroyable en soi, doublement incroyable quand on sait le temps que ça a du prendre pour juste compiler ces noms, biographies, témoignages, rechercher toutes ces compositions avant parce que personne n’avait vraiment fait cette recension aussi exhaustive avant (on peut tout de même mentionner But Some of Us Are Brave: All the Women Are White, All the Blacks Are Men: Black Women’s Studies, mais qui est beaucoup moins détaillé).

Cette recension est aussi très intéressante à l’effet qu’elle nous montre montre bien comment les compositrices noires ne pas isolées les unes des autres et savent s’inscrire en continuité avec les précédentes ou leurs contemporaines, notamment par les concerts qu’elles organisent, mais aussi les compositions, styles, ou hommages qu’elles rendent. Pour des biographies d’une demi-page à une page, c’est quand même beaucoup d’information qui est communiquée.

J’ai trouvé aussi intéressant de noter que plusieurs compositrices noires furent des élèves de Nadia Boulanger (au moins dès 1931 avec Nora Douglas Holt) ce qui nuance pas mal ce que l’article dans Nadia Boulanger and Her World disait sur son rapport avec les communautés afro-américaines par rapport aux étudiant·es internationaux (surtout les hommes étaient dépeints dans le livre). On note quand même 5 compositrices afro-américaines (sur une cinquantaine de compositrices ) qui ont étudié sous son égide y compris une gagnante du grand prix Boulanger quelque part entre 1951 et 1954.)

La seule immense déception ne vient pas de l’essai, mais des recherches que je faisais tout en lisant l’anthologie. Beaucoup des artistes n’avaient pas une seule composition sur Internet (des fois, avec juste 5 résultats sur Google et simplement dans des listes), et on parle de grande compositrice comme Avril Gwendolyn Coleridge-Taylor dont je n’ai réussi à retrouver aucune partition et une seule vidéo de 5 minutes alors qu’elle a immensément composer et qu’elle était la fille d’un très grand compositeur (Samuel Coleridge-Taylor) qui, lui, ne manque pas d’être partout! Je lisais et je cherchais des biographies ou des partitions et je dois avouer avoir noté beaucoup trop de noms de compositrices dont je ne pourrais pas en apprendre ou en écouter davantage. 28 ans plus tard, même avec l’arrivé d’Internet et de WorldCat, ce n’est pas nécessairement plus simple de les découvrir malgré leurs immenses réalisations, mais c’est malheureusement trop souvent le cas encore dans l’histoire des femmes. C’est pour ça qu’on ne peut qu’essayer de pousser ce genre d’essai, qu’on aimerait beaucoup dire qu’il date, mais qui n’ont finalement jamais accumulé un gramme de poussière tant ils sont encore pertinents aujourd’hui et dont le travail n’a pas été continué depuis [je note tout de même que j’ai fait des recherches de base sur la question, peut-être existe-t-il des sites web et des livres consacrés à la question, mais je ne les trouve pas super facilement].

She Called Me Woman (2018, Collectif)

Une montagne russe d’émotions en lisant ce livre de témoignages de femmes nigérianes queer.
[Par queer, l’ouvrage entend la diversité des expériences des femmes qui en aiment d’autres, des lesbiennes aux genderfuck, en passant par les femmes queer, trans, butch, femme, tomboy, bisexuelles, etc.]

On a vraiment des témoignages de toutes sortes: des témoignages émouvants, qui donnent de l’espoir, heureux, qui finissent bien, mais aussi des témoignages tragiques, de violences (toutes les violences), d’abus, de peurs, de placards, etc. Dans ce qui est considéré comme un des pires pays en ce qui a trait aux droits LGBPT2QIA (notamment avec la loi qui prévoit une dizaine d’années de prison pour les homosexuel·les, sans compter les nombreux meurtres), ces témoignages offrent un portrait qui sort des statistiques nationales pour parler du quotidien des femmes qui le vivent, parfois très mal, mais souvent avec un grand bonheur d’aimer d’autres femmes.

Les témoignages sont des transcriptions orales anonymes. On sent parfois les questions qui sont posées par les éditrices une fois qu’on a lu une dizaine d’entrevue (genre: famille, religion, quand les premières fois, parcours, maintenant), mais le récit reste toujours très fluide à l’exception de deux, trois témoignages qui sont un peu plus fragmentés.

Je dois avouer que laisser la parole à celles qui le vivent dépoussière pas mal de préjugés que je pouvais avoir sur les droits des personnes LGBPT2QIA au Nigéria, souvent résultant de la propagande politique ou journalistique du pays ou encore d’organisations qui ne semblent pas toujours connaître la réalité du terrain. On y découvre des communautés queer vivantes, surtout dans certaines villes et certaines universités, mais aussi beaucoup de réseaux d’ami·es et l’importance des réseaux sociaux.
Tous les témoignages semblent, lorsqu’elles croient en un Dieu ou une religion, ne faire aucun cas du rapport conflictuel qui pourrait y émerger entre la religion et l’homosexualité, souvent dans une perspective où: Dieu m’a créé ainsi pour une raison et je n’ai pas à me renier ; ou encore: seul Dieu me jugera (toi aussi tu pêches, moi aussi je pêche, mais ce n’est pas à toi de porter jugement).

On parle évidemment aussi beaucoup de la famille, qui renie ou qui accepte, qui peut être de la pire violence à un refuge pour ces femmes. On parle aussi de mariage, pour passer inaperçu, pour ne pas risquer le rejet social, qui empêche des relations ou qui ne durent souvent jamais longtemps . On parle aussi énormément de violences, des avertissements sont placés en début de presque chaque témoignage puisqu’elles sont réelles et très difficiles à lire. La seule parole qui semble échapper au recueil serait celles de femmes prisonnières, mais on comprend aussi pourquoi c’est un peu impossible de les écouter.

Je pense que ce livre devrait être dans les témoignages importants à lire, pour toute personne qui désire lutter pour les droits qui ont trait à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre, pour toutes les personnes qui voudrait parler des réalités LGBTQ* du Nigéria. Après avoir lu Under the Udala Trees l’année dernière (le roman est d’ailleurs cité par une des femmes témoignant), je ne peux que réaliser encore plus la force de ce roman, son réalisme, son analyse tellement fine des réalités nigérianes avec ses religions toujours en conflit (musulmans et catholiques) et ses peuples aussi (Igbo, Hausa, Fulani, Yoruba surtout).

Un livre extrêmement touchant, brutal, choquant, qui fait autant pleurer de tristesse que de joie.

Femmes et littérature. Une histoire culturelle, tome 1 (2020, Collectif)

Aucun parcours de baccalauréat en littératures de langue française ne devrait pouvoir être complet sans avoir lu cette essai qui trace l’histoire et les fil(l)iations des littératures des femmes françaises. Il n’y avait aucun essai paru, à ma connaissance, aussi magistral et exhaustif que Histoire du féminisme français. Du moyen age a nos jours de Maïté Albistur et Daniel Armogathe (1977) et Femmes et littérature parvient à effectuer ce travail immense de présentation, de vulgarisation, d’explication, d’exposition de réseaux, de statistiques, de découverte (pour le lectorat), etc. avec toutes les avancées et découvertes effectuées depuis presque 50 ans maintenant.

Super complet et intéressant, un essai qui ne donne envie que d’en lire encore davantage (je dois avoir commandé une dizaine de livres suite à cette lecture et j’en aurais probablement noté davantage si je n’avais pas déjà suivi de nombreux cours consacrées aux femmes au Moyen-Âge et à la Renaissance).

Sinister Wisdom 118 ; 45 Years Tribute to the Lesbian Herstory Archives (2019, Collectif)

Une anthologie de court textes rendant admiration au centre d’archives lesbienne Lesbian Herstory Archives (LHA) de différentes manières: certains textes abordent leur première découverte du lieu, d’autres sur comment il a changé leurs vies, comment elles se sont impliquées à travers ce projet, des échanges de correspondance sur la LHA et même quelques poèmes dans l’anthologie!!

Ces textes traversent plusieurs générations et lesbiennes toutes très différentes et comment le projet d’archive les a traversées à différents moments de leur vie, quelles sont les découvertes qui y ont été faites (en terme d’archives, de textes, d’histoirE, de personnes ou même d’amours!) et c’est vraiment émouvant de lire ces textes et l’impact immense que ce centre a eu dans la vie de tant de personnes.

Les textes présentent aussi, souvent à travers leurs fondatrices, un peu la mission de la LHA, ses objectifs, ses ressources, ses personnalités, son influence et évidemment sa nécessité.

Une manière vraiment très belle et unique de découvrir ces archives à travers les personnes qui ont vécues ces transformations et ses évolutions de très près et qui ont contribué à les bâtir au court de ces 45 ans. Un must pour tous les fans d’archives et les membres des divers communautés LGBPT2QIA. 

Fictions et romans

Ru (2009) par Kim Thúy

J’ai pris le livre en me disant que je n’aimerais pas nécessairement: l’écriture en fragments ne m’a jamais interpellé et la déchronologie et le genre auto-fictionnel du récit allait simplement m’achever (en plus, je viens juste d’écouter un livre audio qui a ces mêmes ressorts). J’en sors toutefois à l’opposé de mon horizon d’attente et j’y ai trouvé un merveilleux récit avec des figures de styles fortes et percutantes, empli d’une grande compassion et d’une immense bonté dans son regard sur le monde malgré les horreurs qu’elle aura vues et subites (elle a quitté à 10 ans le Vietnam communiste avant d’atterrir au Québec.

Je crois, vu les grands écarts entre la réaction de lecture que j’ai pu constater et qui m’a certainement fait hésiter avant de lire du Kim Thúy, que c’est parce que ce récit est fondamentalement un texte qui sollicite beaucoup l’émotion pour sa lecture malgré un style omniprésent qui demande constamment des arrêts de lecture pour s’attarder à la force des images évoquées ; bref, la lecture demande quand même beaucoup à la fois.

Même si je ne suis pas une personne friande des récits familiaux, je suis vraiment tombé sous le charme de l’écriture de Thúy et vais clairement continuer à la lire.

Bonus de lecture: c’est vraiment le type de livre ID-É-AL pour le métro.

Drames audio

Torchwood: Fall to Earth (2015) par James Goss

Un épisode en huis clos tout simplement incroyable et époustouflante. À la fin de l’écoute, on est littéralement en pleure tellement les deux acteurs sont investis et la tension narrative est immense. Alors que Ianto est pris dans une navette à la dérive, son seul lien, et espoir, est une téléphoniste, Zeynep, qui tente de lui vendre des assurances et cette communication par téléphone est un moteur narratif immense et qui est utilisé à son plein potentiel, des mises en attentes à la confusion de ne pas se voir en personne, la narration et l’utilisation de ce motif est brillant.

Alternant entre l’humour et le drame, les revirements de situation (qui est le ou la protagoniste en danger notamment), cet épisode nous attrape émotivement et il est impossible de détourner l’oreille. La fin est tout simplement superbe.

Définitivement un des meilleurs audio de Big Finish Productions. Je vais clairement essayer de le ré-écouter dans quelques années (et ce n’est pas dans mes habitudes de relire ou réécouter!).

Torchwood: Torchwood_cascade_CDRIP.tor (2017) par Scott Handcock

Les drames audio Torchwood de Big Finish sont vraiment à leur meilleur lorsqu’il y a une tentative d’expérimentation sur la forme et le fond (avec un métadiscours, c’est la cerise sur le gâteau), Torchwood: Fall to Earth vient en tête avec l’utilisation de l’appel téléphone pour créer un huit-clos entre deux personnes, à distance, qui se communiquent de l’information.

Avec torchwood_cascade_CDRIP.tor on utilise le médium d’un fichier corrompu pour véhiculer une histoire ; histoire elle-même fragmentée (légèrement, on n’a pas affaire à une histoire complètement dé-chronologisée) et corrompue. Le travail d’ingénérie du son exploite toutes les ressources à sa portée: ralentissement, saccade, répétition, augmentation/diminution du volume, bruits perçants, prolepse/analepse, jeu sur les nuances, etc. Il y a a souvent des jeux sur la musique d’introduction et de conclusion dans cette série (TRÈS apprécié), les effets sonores n’y échappent pas ici, mais je trouve qui il y a une reconfiguration musicale très réussie et intéressante à entendre. Les effets ont aussi été très bien incorporé au point où bien que je savais que l’épisode jouais sur ces éléments, je ne pouvais m’empêcher d’angoisser à l’idée que c’était mon lecteur DC qui me jouait des tours (et il le fait parfois et étonnamment, il ne semble pas avoir planté avec cette lecture!).

L’histoire arrive à passer d’un impression de métadiscours (« stop listening ») à l’intégration de celui-ci dans la trame narrative (les bouts sur le piratage sont particulièrement amusant quand on a les deux discours en tête!) L’épisode est vraiment aussi très talentueux puisque les avertissements qui veulent nous empêcher de l’écouter ne fait que renforcer notre volonté de l’entendre. [Parmi d’autres commentaires méta-narratif, on a à la toute fin un MAGNIFIQUE glissement vers le « coming soon » auquel je ne m’attendais pas et qui m’a vraiment ravi.]

Sinon, au niveau de l’histoire en temps que telle, elle était définitivement bien racontée, superbement inscrite à au moins deux niveaux de chronologie de Torchwood (et de manière intelligente et qui font du sens pour l’intrigue et le canon en général). Le changement de la relation d’affection qu’a habituellement Toshiko entre elle et Stephen (souligné dans les commentaires de fin) était quand même très crédible et c’était super d’enfin entre Toshiko être dans cette autre position (autrement que dans l’épisode Adam qui ne faisait qu’une inversion de rôle au final).

Bref, un épisode très agréable à entendre (certains commentaires sur des sites de critique disent que les effets sonores sont gênants, je suis au contraire ravi· qu’ils le soient, qu’ils nous gênent et nous donnent de l’inconforts, un demi-effet ou une impression de… n’aurait pas donné un résultat aussi vivant), très riche au niveau de l’histoire et de son inscription et dont le potentiel de réécoute est quand même aussi assez grand.

Science-fiction et Fantasy

Maplecroft (2014) par Cherie Priest

De l’horreur cosmique comme on en voit rarement et avec une grande attention portée aux types de narration et d’explications des phénomènes.

Les récits des différents protagonistes sont tous portés par un genre différent: épistolaire, journal, narration à la première personne, rapport, article de journal… (parfois, plus d’un genre est utilisé) ce qui amène des voix uniques aux personnages et aux récits et des points de vue perpendiculaires sur certains événements. Combiné à l’horreur, ces genres permettent de mettre en valeur certaines explications plutôt que d’autres: amour, science, mythe, etc. pour expliquer les phénomènes autour de la ville de Fall River.

Cette hésitation sur la nature exacte des phénomènes (magiques, scientifiques, mythiques, une créature toute-puissante, des mutations, l’évolution, la possession, etc. ou même des mélanges de ceux-ci) rendait ce roman tout particulièrement vis à vis des genre de l’horreur et du fantastique de par les interrogations constantes sur la nature des phénomènes qui entoure les sœurs Borden et dont chaque protagoniste a ses pistes privilégiées. Cette absence totale d’explication est certainement une indication qui laisse à son lectorat la porte complètement ouverte à une ou des interprétations des éléments du récit.

Finalement, si je n’avais pas fait une petite recherche sur Internet après ma lecture, je n’aurais jamais découvert qu’il s’agit d’un roman inspiré de faits réels autour de la personne de Lizzie Borden, une américaine soupçonnée, mais acquittée, d’avoir tué ses parents à la hache. Il est intéressant de voir que certaines des interprétations des causes derrière la possibilité des meurtres était l’hypothèse de la découverte d’une relation lesbienne par ses parents (conservée dans le roman). Une autre hypothèse émise était un abus physique et/ou sexuel de son père qui, bien que pas émis dans ces termes dans Maplecroft, est tout de même abordé de front sous un angle légèrement différent en gardant en tête l’idée d’horreur cosmique du roman.

Bref, un roman intéressant à lire sous beaucoup de prisme, la découverte de l’inspiration d’un fait réel n’était que la cerise sur le gâteau! Le deuxième volume, Chapelwood, est aussi intéressant et aborde un renversement de l’horreur cosmique du côté des nationalistes blancs, des fascistes et des racistes alors que ses origines lovecraftiennes avaient plutôt tendances à être justement à l’opposé de ce récit (lié à une soi-disant dégénérescence raciale plutôt qu’à la pureté dogmatique et la recherche de la perfection comme dans ce roman).

The Future of Another Timeline (2019) par Annalee Newitz

Un livre de SF fascinant, combatif, plein d’idées intéressantes, qui ne prend pas les solutions faciles aux problèmes pour résoudre ses intrigues, plein de questionnements sur les mouvements sociaux et ce qui crée le changement dans le monde. Ça fait 4 ans que je planifiais d’écrire un livre sur des féministes qui voyagent dans le temps pour empêcher des masculinistes qui veulent ré-écrire l’histoire, je n’ai plus à le faire maintenant vu que ça été fait ici et 1 000 fois mieux que je l’aurais jamais fait avec un méchant central parfait pour le récit.

La recherche historique est fantastique et supporte le reste de l’intrigue avec des bases extrêmement solides, réalistes et qui permet à la fois des découvertes historiques, mais aussi de créer une narration impeccable et fascinante. Un roman rempli de bonnes idées partout, à chaque tour et détour, un triomphe sur le méchant principal tourné sur le ridicule qui donne lieu à une scène in-croyable, des enjeux personnels attachants et tragiques, des figures historiques oubliées mises de l’avant, des personnages queer à travers l’histoire, etc.

The Hole in the Moon and Other Tales by Margaret St. Clair (2019 bien que les nouvelles datent du milieu du XXème siècle) par Margaret St. Clair

Une autrice vraiment remarquable dont j’apprécie maintenant les nouvelles après avoir adoré le roman Sign of the Labrys. Ces nouvelles sont toutes très différentes, mais s’inscrivant définitivement dans un certain genre de « weird », de fantastique et de science-fiction en traitant de différents sujets de manière assez novatrice pour le genre et l’époque, notamment toutes ses questions autour de la sexualité, des droits des femmes, de l’intelligence, de cruauté envers les enfants, etc.

Son approche littéraire face à l’écriture des nouvelles est aussi remarquable: un récit à la deuxième personne, des constructions d’univers entiers en quelques pages qui nous présente toute une fiction en seulement une dizaine de page, un riche vocabulaire, des méta-réflexions, etc. Certes, j’ai deviné la fin de certaines nouvelles avant d’en arriver au bout (certaines idées sont quand même prévisibles), mais le voyage pour y arriver ne gâche pas du tout le récit puisqu’il y a plein d’autres éléments intéressants à regarder.

Avec ce recueil, Margaret St. Clair se catapulte définitivement dans mes autrices préférées, c’est exactement le genre de nouvelles que j’aime lire, une grande écriture et des récits weird à souhaits, c’est une tragédie de ne pas avoir plus accès que ça à ses écrits aujourd’hui (il semble avoir une autre anthologie de nouvelles que je vais me procurer, mais à part ce recueil et le Sign of the Labrys, ça semble être vraiment tout), ni qu’elle soit plus connue que ça aujourd’hui. J’imagine que c’est quelque chose qui devra changer dans les prochaines années!

Bandes dessinées et mangas

Les enquêtes de Sgoubidou (2020) par Cathon

Meilleure BD comique de l’année. De très très loin. C’est hilarant d’un bout à l’autre. Je ne peux honnêtement pas en demander plus à la littérature, mais j’en veux encore plus, toujours plus, toujours toujours toujours plus.

C’est vraiment un bijou unique.

La décalogie Descending Stories: Showa Genroku Rakugo Shinju (2010-2016) par Haruko Kumota

Une série vraiment exceptionnelle de manga qui travers près de 4 générations de conteurs de Rakugo dans un long récit tournant surtout autour de Bon (c’est tout de même avec son enfance qu’on débute et sa mort qu’on finit), mais donc chaque génération avant et après est observée avec une immense rigueur et dont on finit toujours par s’attacher.

Dès le premier volume, je suis déjà fasciné· par ce manga dont j’ai vu l’adaptation en anime avant de les lire et je n’ai pas cessé d’admirer la narration et les mises en scène et en abîme. Le manga a aussi l’énorme mérite de permettre une beaucoup plus grande compréhension des termes du rakugo, plusieurs choses semblaient m’avoir complètement échappé dans l’adaptation animée.

Les dessins des protagonistes en train de jouer sont vraiment sublime et le style de l’autrice réussit vraiment à montrer cette incarnation de personnage, tout en gardant l’essence des traits physiques des protagonistes. Superbes idées de mise en scène et de dessin.

La richesse des personnages vient entre-autre de leur complexité, ni bon, ni mauvais, parfois horrible, c’est notamment le cas du personnage principal qui oscille grandement dans ses attitudes et est souvent capable de cruauté autant que Miyokichi et comment ses comportements sont légués à Konatsu par ses parents biologiques et adoptifs et desquels elle (ainsi que Bon) ne se sauveront que grâce à l’amour et l’affection de Yotaro qui s’immiscera dans leurs vies.

J’apprécie beaucoup, à cet égard, le développement du personne de Konatsu où le fait d’être née femme et la restriction à l’accès au rakugo est montré d’emblée comme un problème (contrairement à l’adaptation), un obstacle, une frustration, un enjeu de discrimination, un enjeu narratif ainsi que la solution pour la vengeance envers Yakumo qu’elle prépare, mais une vengeance au final impossible.

Si ce n’était seulement que de la complexité des personnages et de leurs arcs de vie, ce serait déjà vraiment fascinant, mais il y a toute une présentation incroyable des traditions du Rakugo, art dont je ne connaissais vraiment avant de découvrir la série et par lequel je suis maintenant fasciné (même si je ne pourrais jamais en apprécier une performance ne comprenant pas le japonais). Il y a des très nombreux détails, des présentations de différentes traditions, les stratégies d’adaptation à travers les époques, les ressorts utilisés, etc. Les dessins et les polices de caractère unique rend presque vivant cette tradition orale dans un médium dessiné et écrit!! C’est définitivement une exploration à faire et qui n’est vraiment pas académique ou carré, elle s’inscrit fluidement à travers le récit général (et on a des appendices dessinés à la fin de chaque volume qui peuvent enrichir encore plus au besoin).

C’est aussi un récit définitivement féministe à sa manière. Tout le parcours que Konatsu aura à faire durant sa vie pour pouvoir performer le rakugo est un combat qui lui aura pris toute sa vie. Du refus de l’institution, au refus de maître à la prendre comme apprentie, à ses propres barrières qu’elle a intégré de la société, l’absence de corpus de rakugo pour les femmes, des immenses attentes qu’elle place sur elle-même et des attentes sociales. Il lui aura fallu une vie complète (et un allié incroyable) pour passer par dessus toutes ces réticences et barrières!

C’est un récit qui parle de changement, parfois de seconde chance, qui sans minimiser les actes passés commis, propose des pistes de solutions, d’améliorations, de nouvelles voies possible. C’est le cas pour Yotaro, Bon et Miyokichi qui voient tous les trois avoir une sorte de rédemption à différents moments de leur vie (ou de leur mort dépendant…). La réalisation de Miyokichi lorsqu’elle s’explique est particulièrement frappante et touchante, le dessin est juste parfait à ce moment: une femme aux cheveux noirs qui est présentée devant un décor blanc, le dessin où elle commence « I wish I’d been kinder… To you too, to everyone. » voit le décor arrière complètement noir et ses cheveux devenir blanc comme une inversion de couleur le temps d’une case (avant de revenir aux couleurs habituelles), mais dont la coloration des cheveux indiquent clairement aussi la sagesse acquise depuis. Cette demi-page à elle seul est magistrale et m’a complètement subjugué de par sa justesse dans son élaboration et son style.

On pourrait écrire plusieurs essais complets je crois sur cette série, elle est incroyable, super bien dessinée, remplis de joie, de rires et de tristesse. On suit des personnages complexes, qui grandissent, qui échouent, qui triomphent, qui changent aussi, souvent pour le mieux. C’est une « comédie humaine » de quatre générations de conteurs et conteuses en manga qui est à la fois une célébration de l’art du rakugo, de ses traditions, mais aussi de ses adaptations et des personnes qui le portent jusqu’à aujourd’hui. Une des meilleurs série que j’ai lu dans ma vie.

Wonder Woman: The Once and Future Story (1998) par Trina Robbins et Colleen Doran [ouvrage épuisé]

The Once and Future Story est ce qu’un comic de super-héro·ïne devrait aspirer à être. Raconté sous la forme de deux récits parallèles qui informent la narration de l’autre récit (le récit primaire par l’autrice Trina Robbins, le récit « secondaire » par Wonder Woman), la narration aborde les thèmes de la violence envers les femmes et celle dite « domestique » et d’esclavage sexuel depuis l’antiquité à aujourd’hui à l’aide de deux récits tragiques qui tentent d’expliquer pourquoi certaines femmes restent avec leur abuseur. C’est définitivement un récit dur sur le moral (surtout à lire depuis une semaine au Québec) et qui vient chercher les émotions de son lectorat.

Le récit primaire explore une découverte de tablette archéologique par une équipe en Irlande et l’arrivée de Wonder Woman chargée de traduire celle-ci du grec ancien. Le récit s’étire sur plusieurs jours et pendant ce temps, la super-héroïne remarque la violence infligée sur une des archéologues par son mari et se retrouve impuissante à agir à la demande de la femme battue de ne pas intervenir ce que la protagoniste n’arrive pas à comprendre.

Le second récit imagine une Alcippé (ce n’est pas clair exactement laquelle dans la mythologie grecque, mais le flou est assez intentionnel je pense) provenant d’une société matriarcale (différente de Themyscira) forcée de se marier à Thésée suite à sa défaite. Sa fille, Artémis d’Éphèse tente de se porter à son secours pour la délivrer de ce mariage forcé et de la violence qu’elle subit aux mains de Thésée.

Les deux récits mettront en scène des femmes qui restent avec leur mari plus ou moins malgré elle. Je pense que la quatrième de couverture explicite beaucoup mieux le problème au centre des narrations: « There are so many reasons why women stay in abusive relationships. Maybe she feels sorry for him, or thinks she can help him. Or maybe he really has her convinced it’s all her fault! ».

L’édition est complète avec une liste de ressources contre les violences à la fin. C’est vraiment juste désespérant de trouver une telle BD épuisée de nos jours alors qu’elle devrait clairement être parmi les classiques du genre et constamment ré-imprimée surtout avec une autrice connue comme Trina Robbins.

Un des meilleurs comic de super-héro·ïne que j’ai eu l’occasion de lire, de loin. L’échange entre les trames narratives, la mythologie, la narration, les thèmes abordés, tout est réussi.

Mes coups de cœur lus en 2019

Un aperçu de mes livres préférés que j’ai lu en 2019. Il ne s’agit pas uniquement d’ouvrages publiés cette année là. Un lien vers la boutique en ligne de l’Euguélionne, librairie féministe est disponible pour les ouvrages. Ils sont présentés par genre (Essais, Romans, SFF, BDs et mangas et des ouvrages qui m’ont très agréablement surpris), mais pas dans un ordre quelconque.

Essais

La boîte noire (2019) par Ito Shiori

Un essai très très difficile à lire puisque la majorité des pages portent sur son expérience personnelle face à une agression sexuelle dont elle a été victime alors qu’elle était inconsciente (drogue du viol), mais aussi absolument toutes les démarches possibles et imaginables qu’elle a entrepris pour tenter d’accuser son agresseur qui ont toutes été vaines au niveau des enquêtes judiciaires et policières (moins toutefois dans le milieu journaliste malgré des pressions de l’entourage du premier ministre japonais).

Il faut prendre des pauses parce qu’elle revient souvent sur des détails de son agression, la violence des témoignages qu’elle doit dire et répéter sans cesse et l’enquête qu’elle finie par elle-même mener puisque la police ne fait rien (des pressions de supérieurs ont étouffé le dossier). C’est aussi difficile parce qu’elle parle de sa famille, de ses ami·es, d’autres victimes de viol, des problèmes que ça a causé, de son SSPT, de sa perte de cheveux, des séjours à l’hôpital parfois qui ont aussi fait suite au viol.

Le mémoire/essai réussit toutefois à partir de son expérience pour montrer à quel point les agressions sexuelles ne sont pas prises au sérieux, bien recensés, ni ayant les ressources nécessaires pour les combattre (policière, judiciaire, hospitalière, journalistique, humaine, etc.) au Japon (dans la majorité des autres pays aussi). Elle parle de son combat personnel contre plusieurs institutions japonaises (dont elle est autrement très fière), mais à travers cette lutte, on voit comment elle dénonce l’organisation implicite de ces structures qui finissent pas défendre l’agresseur dans tous les cas sauf si le viol n’est pas situé dans une boîte noire (c’est à dire qu’il y a un·e autre témoin du viol) ou que la victime à moins de 13 ans. De nombreuses preuves à l’appui étayent son argumentation.

Ito Shiori étant journaliste, le livre est aussi écrit comme une enquête sur elle-même ce qui montre définitivement à quel point le travail des médias japonais (en grande partie) n’a pas été fait, mais aussi la surabondance de preuves qui auraient dû mener à la condamnation du violeur qui n’est jamais arrivée malgré toutes les démarches (et je dis bien TOUTES) prises par Shiori pour tenter de connaître la vérité et de réformer les pratiques.

On ne peut qu’être admiratif de l’immense travail accomplie par l’autrice, non seulement pour l’enquête, les témoignages recueillis, l’accumulation de preuves, toutes les démarches entreprises, mais même, tout simplement, pour le travail émotionnel que ça lui a pris malgré l’absence de justice au final. Elle avait tout un système ligué (in-volontairement ou non) contre elle, mais elle s’est battue jusqu’à épuiser toutes ses ressources pour faire connaître l’histoire et exposer les failles du système. Pour une histoire qui la touche aussi personnellement que ça, c’est un investissement émotionnel absolument indescriptible et je ne peux que trop fortement souhaiter, comme l’autrice, que ça n’arrive à personne d’autre.

Je déconseille la lecture à toute personne qui ne peut pas vraiment lire de témoignage très détaillé de viol, absolument tous les détails y sont présents. À lire par tous les allié·es cependant, c’est un ouvrage pertinent pour soutenir les personnes agressées dans leurs démarches et comprendre ce qui peut arriver suite au viol et les besoins qui peuvent être nécessités. Le récit se passe au Japon, mais l’autrice démontre très bien qu’aux États-Unis et dans plein d’autres pays de telles violences peuvent se produire, il ne faut donc pas prendre ce livre comme un témoignage tout particulièrement japonais (si ce n’est la structure et les lois japonaises qui diffèrent), mais bien comme un ouvrage universel sur la question du viol.

Je tiens aussi à souligner l’intérêt grandissant que j’ai pour les éditions Picquier qui ne m’ont jamais encore offert de lectures décevantes et dont je trouve toujours les traductions (du japonais) d’une grande qualité.

Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme (2019) par Caroline Goldblum

Évidemment, personne ne sera surpris de le retrouver dans cette liste.

Un essai (d’une soixante-dizaine de pages, le reste est des extraits de textes) d’une grande pertinence et nécessité. Un très bon aperçu, surtout historique, mais aussi littéraire, des liens entre la créatrice du néologisme écoféminisme Françoise d’Eaubonne et les différents essais et textes qu’elle a écrit sur le sujet ainsi que les actions (parfois illégale) écoféministes qu’elle a entreprise, parfois seule, parfois en groupe.

Cet essai résumé très bien la pensée écoféministe de Françoise d’Eaubonne, en quoi elle se distingue d’un néo-malthusianisme ou d’un essentialisme (accusation trop souvent lancée à tort à l’égard de l’écoféminisme).

Françoise d’Eaubonne étant mon écrivaine préférée au monde et ayant écrit un mémoire sur un des ses livres, je n’ai toutefois rien à ajouter après cette démonstration, preuve, s’il en fallait vraiment une, qu’elle est absolument réussie. Un ouvrage parfait pour découvrir la grande autrice et sa pensée écoféministe.

 

Nègres noirs, nègres blancs : Race, sexe et politique dans les années 1960 à Montréal (2015) par Caroline Goldblum

Un livre d’histoire que j’aurais vraiment immensément apprécié lire plus tôt puisque, en plus d’être un livre d’histoire en soi, il aborde une panoplie de sujets (l’appropriation du terme de nègre par les québécois·es (« nègres blancs d’Amérique »), par le mouvement des femmes; les liens entre le mouvement indépendantiste québécois et les milieux séparatistes noirs aux États-Unis, les même critiques que je faisais du livre sur l’esclave de Marcel Trudel!! Deux siècles d’esclavage au Québec, comment les québécois se réclament d’une identité de victime des canadiens anglais sans observer leur impact sur les premières nations, la surveillance des communautés afro-québécoises, etc.) dont je discute à l’occasion avec plusieurs personnes.

L’essai s’attarde surtout à analyser la période autour du Congrès des écrivains noirs en octobre 1968, un peu avant, un peu après, beaucoup pendant, parlent des figurent américaines, caribéenne, québécoises influentes (et ne néglige pas du tout l’apport des femmes comme tant d’autres bouquins sur les mêmes sujets et possède définitivement un aspect féministe à plusieurs égards dans son écriture de l’histoire!). L’essai s’attarde aussi au milieu culturel et intellectuel blancs (notamment en ce qui à trait à la soi-disante négritude blanche), les médias et les actions de surveillance et de perturbation de cet événement par la GRC.

Non seulement cet essai donne un contexte beaucoup plus large et précis de ce que je crois savoir , mais apporte aussi beaucoup d’eau au moulin argumentatif et a certainement ré-orienté certaines de mes opinions vis-à-vis certains sujets et m’amène à me poser plein de nouvelles questions tout en connaissant davantage la communauté afro-montréalaise et cet événement que trop rarement évoqué, mais immensément important, dans l’histoire du Québec.

Fictions et romans

Eremo : chroniques du désert, 1939-1945 (2019) par Louky Bersianik

Après Permafrost, Eremo (qui signifie désert) poursuit les récits d’inenfances de Sylvanie Penn dans un nouveau pensionnat presqu’aussi dépourvu d’amour que dans Permafrost. Les critiques de l’institution catholique se poursuivent, ainsi que les nombreuses réflexions sur la langue (dont l’absence de féminin pour le mot vainqueur), tandis que les mythes (Squonk) et Sperenza (la narratrice plus âgée) s’efface progressivement à mesure que Sylvanie grandit et qu’elle se construit un nouveau monde bien à elle.

Tu sais que tu vas lire un super livre quand tu as une note des éditrices avant le texte soulignant l’importance de Bersianik pour la littérature.

Je dois avouer avoir préféré Eremo à Permafrost qui m’a semblé beaucoup plus aisé à comprendre notamment parce que les références sont surtout faites vis-à-vis du premier tome plutôt que dans son univers plus large dont les livres ne sont malheureusement pas encore tous publiés.
On y retrouve toutefois l’humour propre à l’enfance, mais aussi sur les mots, que ce soit au premier degré (comme son frère Plum-Pudding, la sœur Sado, la sœur Maso) ou au second comme les verres incassables Duralex qui font écho à l’expression latine « dura lex sed lex ». Les citations latines et grecques sont toutefois expliquées à l’intérieur de la narration même ce qui permet à tout le monde de les apprécier ce qui est un gros plus (ce qui est quand même rare dans les livres, à peine voit-on parfois des notes de bas de pages les expliquant).

Même si Eremo peut se lire indépendamment du reste de son oeuvre, je recommande toutefois la lecture de Permafrost pour comprendre mieux le rôle de Sperenza, du Squonk (bien qu’on reproduit sa légende en début d’ouvrage), mais aussi l’évolution de la protagoniste dans les pensionnats.

Un roman qui, je l’espère, trouvera sa place avec les classiques de la littérature québécoise; il en a définitivement tous les mérites.

L’aimée : une femme m’apparut (2019, première parution en 1904) par Renée Vivien

Chaque chapitre est presqu’un poème en prose, chaque mot, chaque fleur est symbole. On retrouve les traditionnelles fleurs de Séléné, les violettes, l’inspiration Psapphique, les digitales et la lumière qui compose les poèmes de Renée Vivien, mélangé avec d’étranges amours passionnées et tristesse. Un désir de liberté total, s’affranchir du mâle et de l’attention grâce à l’amour, la passion, la musique, la beauté et l’admiration de l’autre.

Il n’y a évidemment aucun texte de Renée Vivien que je n’aime pas, c’est après trop longtemps que je découvre enfin L’aimée (ou Lorély ou Une femme m’apparut) et aucune déception, que de l’admiration, que de beauté, que de précision et que de clins d’œil à sa propre poésie, à Psappha, mais aussi à la poésie et à la musique.

Merci tant à l’éditrice d’enfin faire revivre ces textes qui n’aurait jamais dû échappé à la l’impression durant toutes ces années. La collection Les Plumées vient dépoussiérer enfin ce vieux canon masculin et L’aimée ouvre magnifiquement cette collection avec une histoire d’amours lesbiennes, de désir, de rupture, de passion, de quête de soi, de recherches, de tristesse et d’amours encore.

Ça fait plus de deux ans que je conseille La Dame à la louve presque systématiquement en librairie pour toutes ces personnes qui m’ont fait confiance, mais L’aimée va maintenant devoir prendre sa place. Un peu comme les amantes de Lorély, les oeuvres de Renée Vivien doivent aller et venir, mais toujours être aimées et désirées.

Under the Udala Trees (2015) par Chinelo Okparanta

Un très beau roman autour d’une protagoniste lesbienne au Nigéria (le deuxième pays le plus religieux juste après le Ghana) dans un pays où il est non seulement illégal de l’être, mais les conséquences peuvent souvent aller jusqu’à la mort.

On suit la protagoniste depuis son enfance (durant la guerre du Biafra) et de ses amourettes lesbiennes de jeunesse jusqu’à l’âge adulte où elle est forcée de marier un homme, qui bien qu’il semble être pas mal moins religieux, voir athée, que ses congénères, est tout de même pris dans des performances sociales, des pressions, dont il a du mal à l’extraire et qui se répercutent évidemment dans la violence qu’il exerce sur notre protagoniste.

C’est une histoire, qui malgré ses nombreux moments difficiles, fini quand même du mieux qu’il peut au Nigéria (je dis ça sans divulgâcheur) ce qui est quand même très apprécié.

Je recommande fortement de lire/voir un peu sur la guerre du Biafra avant de commencer la lecture, l’autrice ne donne pas de repères à ce niveau et c’est assez pertinent dans la construction des personnages (et de votre culture général 😉 ) de connaître ces événements.

Je recommande aussi de connaître les différentes religions associées aux différentes ethnies nigérianes. Ça permet de comprendre les dynamiques sociales et attentes entre les différents personnages (les Igbos sont majoritairement chrétien, les Haoussas et Foulani musulmans, les Yoruba sont plus diversifiés, etc.). La connaissance du contexte politique et religieux nigérian, sans être nécessaire, permet toutefois de mieux comprendre et appréhender le roman.

Je comprends très bien son gain d’un prix Lambda, définitivement mérité au niveau de l’écriture et des thèmes abordés.

Science-fiction et Fantasy

Sign of the Labrys (2019) par Margaret St. Clair

Résumé en une phrase, ce livre serait un roman de science-fiction post-apocalyptique labyrinthique d’inspiration wiccan sur le LSD. Le protagoniste est un homme assez ordinaire pour la société où un démolisseur d’un niveau souterrain avec des aptitudes extra-sensorielles rendu plutôt misanthrope par les effets de l’apocalypse est ordinaire. Je vais m’arrêter là pour les listes interminables de description, mais ça vous donne une idée du type de roman que c’est.

Suite à la visite d’un agent du FBY (et son décès), notre protagoniste est lancé dans une quête à la recherche d’une femme, Despoina, dans les niveaux encore plus sous-terrains que le sien (en contexte, l’homme est situé au niveau sous-terrain E; il tentera d’atteindre le niveau H).

Dans sa quête, il se fera aider par Kyra, une femme mystérieuse qui le guidera à travers un étage (F) rempli d’expériences scientifiques étranges (incluant une machine projetant de la radiation à travers un mur pour une raison jamais expliquée), il se retrouvera après sur un étage réservé à l’élite (VIP) (étage G) ayant survécu à l’apocalypse, etc.

Sa quête va comprendre aussi des hallucinations, des rêves, des perceptions extra-sensorielles, des interactions avec de la technologie et de la magie, des humains/créatures parfois assez étrange.

Bref, un roman complètement éclaté et foisonnant dans un univers riche et labyrinthique à en s’y perdre. Un récit unique en son genre (après, je n’ai pas lu le reste de la fiction de l’autrice), je suis définitivement intrigué· à en lire davantage d’elle et bien que certaines questions restent non répondues, il était intéressant de voir le casse-tête narratif être assemblé.

Native Tongue (1984) par Suzette Haden Elgin

Le meilleur livre que j’ai lu cette année de très très très très loin (même s’il a été écrit en 1984)!!! D’une immense qualité littéraire, science-fictionnel et féministe!!! C’est tellement un des meilleurs livres au monde, clairement dans mon top 10 à vie maintenant. Merci 10 000 fois aux Feminist Press qui réédite cette trilogie aujourd’hui.

Je ne suis pas très porté· sur les dystopies pour plusieurs raisons, mais ce roman est à la fois une dystopie, mais une porte de sortie à l’intérieur d’un système patriarcal (et de ses nombreux boys’ club) et complètement corrompu (ça se passe dans un monde où les femmes n’ont plus le droit de vote ni des décisions, mais continuent de travailler et de faire le ménage le soir). L’intrigue tourne autour d’un groupe de linguistes qui peuvent parler un grand nombre de langues terrestres et extraterrestres et des femmes dans ce groupe qui, tout en étant opprimées (et abusées de 1 001 façons), commencent à construire un langage pour les femmes sous le nez des hommes et eux en ont toutes connaissances de causes, mais trouve que c’est tout simplement une vaine distraction de femmes sans conséquence (puisque les femmes sont considérées comme inférieur).

Je ne veux pas trop gâcher l’intrigue (qui tourne autour de beaucoup plus que ça!), mais il suffit de dire que Suzette Haden Elgin explore l’hypothèse Sapir-Whorf de plusieurs manières très intéressantes (autant de par le langage des femmes que parle les langues extraterrestres qui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour ses locuteurs et locutrices terrestre). Le film Arrival est presque de la petite bière à côté de ce livre.

Pour moi, ce roman est aussi une pièce maîtresse dans la critique de l’androlecte (le langage des hommes) et la formation d’un gynolecte (un langage propre aux femmes) et comment ce langage permet de parler des réalités de femmes occultées du langage. Avec Monique Wittig et Michèle Causse, je crois que c’est définitivement des propositions linguistiques fascinantes et explorées avec brio! Le roman propose même un concept pour la récente idée de « charge mentale »! (comme quoi les mots permettent vraiment de mettre le doigt sur une idée et de forger de nouvelles manières de penser). La présence d’un lexique du nouveau gynolecte à la fin excite définitivement mon côté geek et des mes recherches sur la science-fiction féministe.

J’ai tout de suite commander les deux autres volumes de la trilogie et j’ai vraiment hâte à savoir comment cette société et ce langage se développent dans les volumes suivants.

Je suis encore beaucoup enthousiaste par rapport à ce roman pour écrire quelque chose de bien et de sensé, il y a tellement à dire; mais avec les Bergères de l’Apocalypse et l’Euguélionne, Native Tongue est un de ces romans de science-fiction féministes qui sont des propositions fascinantes livrés dans une narration impeccable et réfléchisse dans la forme comme dans le fond sur leurs projets (le langage, et pas simplement celui écrit, est définitivement quelque chose de très important et à double usage dans ce roman sur le langage).

The Judas Rose (1987) par Suzette Haden Elgin

Après l’immense force narrative et intellectuelle qui a poussé le premier roman, Native Tongue, on aurait pu croire que le deuxième tome de la trilogie pourrait être légèrement moins intéressant que le premier. Que nenni!!

The Judas Rose propose une réflexion sociale beaucoup plus large sur le monde dystopique, avec une plus grande variété de personnages, d’enjeux, va beaucoup plus en détails sur les relations entre extraterrestres et humains, parlent des colonies, explorent les aspirations patriarcales et celles des femmes linguistes après avoir créer le gynolecte afin de le pousser à l’ensemble des femmes (et comment vont-elles pouvoir le faire en étant isolées dans des maisons closes).

Nous retrouvons pas mal tous les personnages du tome précédent, qui vieillissent, pris dans des « complots » de plus en plus ourdis par les femmes et les hommes (avec les femmes toujours deux pas en avant dans des machinations abracadabrantes et tellement jouissive lorsque dévoilées!!!). Je ne me risquerais pas à une analyse littéraire pour le moment, la postface du roman est honnêtement très intéressante à cet égard et souvent reprend et élargi la réflexion du premier roman et ma première critique de Native Tongue reste actuelle. Le thème de la non-violence, et de la violence, est cependant la grande nouveauté philosophique du roman, avec de plus en plus d’attention qui lui est porté et des réflexions entre le langage et l’action qui sont posées de manière plus concrète. L’épilogue est on ne peut plus clair à cet égard aussi.

Ce tome a cependant quelques écueils à l’égard d’une certaine essentialisation qui semble parfois émerger, même s’il semble s’agit d’un « jeu » pour se protéger, je ressens un doute grandissant face au double personnages des femmes des Lignes à la fois porteuse d’un nouveau language, mais aussi violentées de 1 001 manière sans vraiment s’y opposer autrement que par le rire et l’espoir. J’espère qu’Earthsong explorera un peu mieux cette question d’une potentielle mutation de la pensée à l’international un jour puisque nous sommes toujours complètement ancrée dans une dystopie et l’espoir des femmes de l’utilisation d’un nouveau discours s’échelonne sur des siècles plutôt que dans un futur proche et accessible pour elle. C’est peut-être le danger de l’intellectualisation du langage ou de l’approche, d’un autre côté il faut s’assurer que le langage soit diffusé et pas détruit avant d’éclore ; de l’autre on semble hésiter autant que les premières créatrices du language n’osaient pas l’ « officialiser » de peur qu’il ne soit pas fini.

Ça reste une toute aussi fascinante lecture que le premier!!

Earthsong (1994) par Suzette Haden Elgin

Avec une couverture très différente de deux premiers tomes, l’éditrice semble nous annoncer dès le départ qu’on s’éloigne un peu des thèmes qui prédominaient alors pour se concentrer sur de nouveaux questionnements. Alors qu’on peut penser que le gynolecte a échoué, selon le point de vue des femmes des Lignes, elles se tournent vers le projet de supprimer la fin dans le monde à l’aide de l’audiosynthèse, une pratique de chant qui nourrit à la place de la nourriture et qui permettra aux êtres humains de se débarrasser de leur dépendance au système capitaliste et des enjeux de pouvoir disproportionnés dans un monde pris dans des catastrophes de tous les ordres (économiques, climatiques, etc.).

Ce n’est évidemment pas un rejet du Láadan qu’on observe dans le roman, le language n’étant qu’une des étapes dans l’ « évolution » humaine, mais de nouvelles perspectives de mettre fin aux formes de violences émanent de différences de pouvoir (tout ça est très Foucaldien).

Je dois avouer être légèrement déçu· par ce dernier opus, non pas seulement qu’il ne s’inscrit pas en continuité avec les précédents ou semble abandonner un peu trop le Láadan et l’aspect science-fictionnel au profit d’une certaine fantaisie (communiquer avec les esprits / l’idée d’audiosynthèse). Earthsong semble fragmenter encore plus son récit en plusieurs « nouvelles » liées, ce sont encore de nouveaux personnages qui émergent, les anciens disparaissant complètement vers le milieu du roman au profit du nouvelle génération, mais les nouveaux ne semblent plus être aussi travaillés ou je n’ai pas ressenti d’attachement particulier envers elles et eux. On semble avoir un peu tout lâché les structures du départ (ce qui est bien pour la société du roman ; les femmes semblent avoir même regagné le droit de vote [pas celui de représentation par exemple]), mais les nouvelles organisations ne sont pas détaillées, on en apprend davantage qu’ « accidentellement » dans la narration.

J’ai bien aimé la présence de l’annexe à la fin. Le rôle des Premières Nations dans le récit aurait probablement été mieux servi si celles-ci avaient été présentes dès le premier tome de la trilogie et non pas comme simple ressort narratif issu d’une idée de diversité (qui est assez mal justifiée à la fin, on comprend que ce n’est pas ce que les femmes veulent nécessairement véhiculer comme idée, mais ça reste assez mal formulé/justifié).

Bref, une finale qui se tourne vers de nouvelles directions plutôt que de poursuivre sur la lancée des deux premiers romans ; on comprendra que les opinions peuvent différer sur son appréciation.

Bandes dessinées et mangas

La chair et le sang (Médée vol.4) (2019) par Blandine Le Callet et Nancy Pena

La fin d’une série que j’attendais depuis très longtemps, mais aussi la fin parfaite que je suis vraiment content· d’avoir lu.

Après avoir quitté Iolcos après avoir assassiné le roi Pélias, Médée et Jason se rendent à Corinthe où ils sont accueillis par Créon qui les accueille à bras ouvert en échange des plans de l’argo et de l’expertise marine de Jason malgré la méfiance du roi à l’égard de la réputation de sorcière de Médée. Je ne voudrait pas trop divulgâcher, mais ça, c’est le début du premier livre sur deux de ce quatrième et dernier tome de Médée.

Inscrit beaucoup plus formellement dans le récit de Médée de son propre récit (au début et à la fin), de la réappropriation/réécriture du récit, de la justification des crimes qu’elle a commis, des questions d’héritage, mais aussi de recommencement (le deuxième livre du volume est beaucoup plus explicite dans ces questions recommencement et de boucle, dans la trame narrative principale, mais aussi avec l’idée de l’île où les femmes ne vieillissent presque plus).

Le lectorat découvre encore comment une femme a fait tomber des empires, des rois, de par ses seules connaissances médicales, on apprécie aussi quand même beaucoup le Jason du début du premier livre qui est très intéressant (et comment il finit, petit à petit, par devenir un autre de ces hommes qui rejette Médée). Le dessin est plus raffiné, précis et joli que jamais et rend vraiment justice au récit. C’est assez rare, pour moi, de voir des récits se terminer aussi bien stylistiquement sans jamais perdre de vue sa poétique initiale, ses thèmes, et offrir quelque chose de neuf et d’innovant à chaque fois en plus d’être, à mon avis, le meilleur des quatre volumes.

C’est définitivement une série que je recommande chaudement, cette réécriture/ré-évaluation de Médée doit être bien en haut de cette longue liste de réinterprétations mythiques.

La Rose de Versailles, tome 1 (1972) par Riyoko Ikeda

Un manga historique (avec des personnages et quelques intrigues fictives) sur la vie de Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI. La narration de la vie de Marie-Antoinette semble être par moment un peu un prétexte pour pouvoir raconter l’histoire d’Oscar, un soldat royal, née femme, mais élevé comme un homme par son père. Alors qu’il semble s’en acquitter dans les premiers récits sans problème (et séduit autant les hommes que les femmes de la cour), plus le récit avance, plus les discriminations contre lui s’accentuent, en tant que femme, mais aussi en tant que travesti (ce n’est pas un manga sur des enjeux trans bien qu’on peut certainement faire beaucoup de liens quand on voit le traitement qui est réservé à Oscar par la cour).

J’étais un peu craintif· quant au traitement de Marie-Antoinette au départ, montré comme une jeune enfant naïve qui ne pense qu’à s’amuser et passe son temps à se faire manipuler par son entourage, mais je crois que le genre, Shōjo, justifie cette attitude assez bien: il faut une personnage de porte d’entrée, sans réel caractère, qui doit découvrir comment la cour se déroule. Elle acquiert une certaine indépendance, très lentement, et la création du personnage de Rosalie permet un nouveau point d’entré pour développer un peu mieux Marie-Antoinette qui perd sa naïveté et commence à comprendre les intrigues de cour.

Une brique de 650 pages comme ce premier tome a son lot d’action et de personnage: des intrigues de cour concernant la descendance noble d’une pauvre, la fameuse affaire du collier de la reine avec Jeanne de Valois, un voleur de noble masqué (qui évoque un Robin des Bois), (plein plein de) drames amoureux, des discriminations fondée sur le genre, des menaces de toutes sortes sur les protagonistes, des remises en question de la noblesse face à la pauvreté, etc. le tout sur fond de révolte qui grogne (et on connaît quand même la fin de Marie-Antoinette).

Avec des illustrations magnifiques, un superbe style, une grande créativité dans l’inscription historique, je comprends que ce manga est lui-même tombé dans l’histoire et aura influencé grandement le genre et certaines carrières.

Ravina. The Witch? (2014) par Junko Mizuno

Un des plus beaux livres illustrés que j’ai pu lire dans ma vie, tout simplement.

J’avais déjà lu Cinderalla et La Petite sirène de la même autrice et tout simplement adoré la réactualisation des ces figures européennes avec de nouveaux niveaux de sens, des graphiques à couper le souffle, le tout dans une narration et un style absolument unique à Mizuno.

Ici, on a affaire à un conte pour adulte (notamment parce que Ravina fouette des hommes avec un tel fétiche et il y a des concours de boisson, mais le reste pourrait très bien passer pour un enfant assez mature) illustré. L’édition française a une couverture rigide, mais texturé (et brillante) qui font ressortir les détails du dessin, mais l’intérieur, à défaut d’être texturé, reste aussi percutant visuellement que la couverture. Aucun scan ne peut vraiment faire honneur à ce texte.

Le conte se déroule dans un pays d’Europe au temps de l’Inquisition. Ravina, une enfant orpheline élevée par des corbeaux dans une décharge publique se voit offrir une baguette magique dont elle ne sait pas encore se servir par une vieille femme à qui elle a offert son aide (on a déjà pas mal d’élément de conte juste ici). Elle doit toutefois quitter sa décharge et habiter chez un riche monsieur qui lui demande de la fouetter en échange de tout ce qu’elle désire. Insatisfaite de ce mode de vie, elle finira par quitter et se liera d’amitié avec un homme qui aime porter des robes à qui elle indique que se n’est pas son port de robe qui fait fuir les autres, mais bien le fait qu’il met trop de parfum au point où les gens s’évanouissent! Le conte poursuit sa lancée dans d’autres situations et ne cesse de rebondir d’un élément, d’un lieu commun, d’une fantaisie à l’autre. C’est là une bonne partie du charme de l’histoire.

Au niveau stylistique de l’écrit et du narratif, la figure de la sorcière est aussi superbement exploré! Mizuno ne fait pas qu’introduire une femme marginalisée avec de la magie au temps de l’Inquisition, mais il y a une véritable exploration d’une communauté de femmes ou de marginalisées, en marge de la société, qui se réunit pour fêter et avoir du fun! L’ostracisation sociale, mais aussi le pouvoir des plantes (et surtout du vin), la communication avec la nature (que ce soit à travers les corbeaux, le hibou, le chat noir, etc.) et la paranoïa autour de la figure de l’étrangère qui amène un élément étranger dans une communauté et laquelle prend peur, tous ces éléments viennent compléter des angles d’approches de cette figure de la sorcière européenne. L’autrice n’hésite toutefois pas à glisser une double page sur les tortures (toutes véridiques) que les personnes accusées de sorcellerie (en très vaste majorité des femmes voir notamment Le Sexocide des sorcières de Françoise d’Eaubonne) subissaient et l’injustice des procès qu’on leur a fait subir: la condamnation étant rarement évitable et n’importe quel prétexte suffisait à justifier l’accusation de sorcellerie.

La fin est aussi ouverte et laisse entendre, avec la disparition de Ravina (je n’en dis pas plus) comment autant de récits peuvent former le conte puisqu’ils viennent en fait de divers personnes qui ont toutes leurs version des faits et ne peuvent que témoigner de ce qu’elles et ils ont vus.

Je me dois de répéter que c’est vraiment un livre magnifique ; probablement même dans mon top 50 de livres préférés à vie.

Exit Stage Left: The Snagglepuss Chronicles (2018) par Mark Russell et Mike Feehan

Une assez incroyable surprise que ce comic, la critique dans le magazine Fugues m’avait vraiment donné le goût de le lire, mais sa lecture s’est avérée encore meilleure que ce que je pouvais imaginer (il a quand même reçu un prix GLAAD donc c’est une impression assez généralisée!).

Snagglepuss, dans ce comic, est un dramaturge gai qui vit dans les années ’50 aux États-Unis en plein maccarthysme. Durant sa carrière, il est convoqué à la « Commission parlementaire sur les activités antiaméricaines » qui tente d’enquêter sur les activités communistes aux États-Unis. Cela mène Snagglepuss a une situation similaire aux « Dix d’Hollywood » où, je cite Wikipédia: «la commission tient neuf jours d’audiences sur la présence d’une supposée influence et propagande communistes dans l’industrie cinématographique d’Hollywood. Les Dix d’Hollywood sont les dix producteurs, auteurs et/ou réalisateurs qui ont été condamnés pour avoir refusé de répondre aux questions de la commission et ont été inscrits sur une liste noire dans l’industrie. Finalement, ce sont plus de 300 artistes qui ont été boycottés par les studios.»

Snagglepuss dans ce comic, doit choisir entre conserver sa carrière, sa réputation et celles de ses ami·es (dont Huckleberry Hound, un autre écrivain gai qui lui sera exposé par les médias) en mentant et mettant son art au service de la propagande américaine ou alors exposer les faits et risquer sa carrière et la vie de ses ami·es et amants.

Il y a beaucoup d’actions narratives qui se déroulent dans ce comic, plutôt que d’en faire des paragraphes pour chaque (il y a tellement de matière pour faire une analyse vraiment super riche), je vais simplement les lister: les parallèles tracés entre ce qui se passe simultanément à Cuba et aux États-Unis, les questionnements sur les masques de théâtre et les masques métaphoriques (prétendre à l’hétérosexualité durant les années ’50 comme survie), on parle des liens entre les lieux de refuges des gais, la mafia, le communisme et la subversion (même quand, des fois, ils n’existent pas), Snagglepuss est très inspiré par le dramaturge Tennesse Williams dans ce comic, on parle (et dépeint) de la violence homophobe physique et psychologique dans ces années là, le début surtout me semblait des critiques très contemporaines de la politique américaine, une belle réflexion sur le rôle de l’art (l’opinion de Snagglepuss est que l’art est là pour subvertir par essence), la fin clôt quand même plutôt bien avec les dessins animés comme s’il s’agissait là d’une continuité, un clin d’œil plutôt réussit.

Évidemment, de très nombreuses allusions au vedettariat et à la politique américaine sont aussi présentent, un glossaire à la fin est assez apprécié et m’a permis de mieux comprendre certaines scènes (dont celle du maïs que j’ignorais totalement!). Ce n’est certainement pas le comic le plus rose qui existe, il arrive cependant à représenter les difficultés des communautés gaies et artistiques dans les années ’50 avec beaucoup de réalisme et d’allusions, la fin laisse une bonne note d’espoir, surtout quand on connaît la suite. Une grande réussite!

20+ essais féministes incontournables

Une version plus récente (avec 40+ suggestions) de ce billet est disponible!

Une liste des essais féministes à lire absolument au moins une fois dans sa vie. Les titres sont accompagnés d’une très courte description qui annonce deux, trois éléments importants du texte. Le lien du titre mène vers le site de l’éditeur lorsque l’ouvrage est disponible.
Notez que cette liste est très très loin d’être exhaustive et qu’elle ne reflète qu’une partie du parcours de lectures de son auteur· (bref, exclue des auteures comme [au hasard] Andrea Dworkin, Betty Friedan, Christine Delphy, Denyse Baillargeon, bell hooks, Judith Butler, etc. que je n’ai pas encore lues) . Elle tente cependant de ratisser un large éventail d’approches féministes et tenir compte des essais qui ont marqué l’histoire des féminismes. Notez aussi qu’il s’agit là de féminismes très occidentaux et majoritairement francophones. Nous espérons mettre à jour cette liste chaque année avec de nouvelles suggestions.

Introduction aux féminismes:

We should all be feminists de Chimamanda Ngozi Adichi : Vous n’avez aucune idée de ce qu’est le féminisme ou seulement une très vague impression? Vous êtes encore réticent·e face au mouvement? Ce tout petit livre est pour vous!


Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont: HistoirE du féminisme au Québec. Ouvrage de vulgarisation. Recommandé pour les jeunes adultes ou personnes nouvellement initiées au féminisme et désireuses de connaître son histoirE dans la Belle Province.

HistoirE des femmes et des féminismes:

Naissance d’une liberté (Contreception, avortement: le grand combat des femmes au XXe siècle) de Xavière Gauthier: Histoire de l’avortement et de la contraception en France. Vers la fin, elle élargie cette recherche à l’Europe.


Le féminisme (Histoire et actualité) de Françoise d’Eaubonne: Une histoire du féminisme (depuis la nuit des temps) et du patriarcat en plus d’un survol et résumé d’ouvrages importants pour le féminisme. Il date.


L’Histoire des Femmes au Québec du collectif Clio: Où vous apprendrez entre autres que les femmes avaient le droit de vote au XIXe siècle au Québec, mais qu’on leur a retiré. Pas une histoire qui se concentre exclusivement sur le féminisme, mais on l’aborde de plusieurs manières.

Linguistique et féminisme:

Les mots ont un sexe de Marina Yaguello: Une sorte de mini-dictionnaire avec une centaine de mots. L’auteure regarde les raisons qui motive les choix du genre de tel ou tel mot à travers son histoire et/ou sa sociologie. Un essentiel pour tout linguiste (féministe ou pas) à mon humble avis.


L’Euguélionne de Louky Bersianik: Ce n’est pas un essai, mais ce roman (multiforme) est une des premières réflexions sur la féminisation des noms (de métier entre autres) et les double standards et présente une réflexion très étoffée encore d’actualité.

Essais féministes marquants dans l’histoirE:


The Female Eunuch de Germaine Greer (1970): Un des grands classiques de la représentation des femme et des stéréotypes dont il faut se départir qui a plus ou moins bien vieilli. Elle y traite un peu de tous les sujets (de l’histoire aux revues féminines en passant par les mythes sur les femmes et les chevaux).


Du côté des petites filles d’Elena Gianini Belotti: Sur l’éducation des rôles sexués chez les enfants. Date un peu.


Sorcières, sages-femmes et infirmières de Barbara Ehrenreich et Deirdre English: Réflexion sur les femmes et le métier d’infirmière, de la chasse aux sorcières à aujourd’hui, et de l’accaparement de la médecine par les hommes et la violence.

Deux des premiers livres sur la revendication de droits des femmes:
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympes de Gouges

Défense des Droits de la Femme de Mary Wollstonecraft (oui, la mère de Mary Shelley!)

Les essentiElles:

Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Peu importe ce qui vous intéresse dans le féminisme, le Deuxième Sexe est un incontournable. C’est un des classiques de la littérature occidentale qui remet en question un bon nombre de présupposés de la société sur les femmes et développe le concept de l’altérité.


Black feminism: Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, collectif d’auteures: Traduction de textes importants du Black feminism. Pluralité d’approches et vraiment une excellente sélection. Je m’y réfère et le recommande régulièrement.


Sexual Politics de Kate Millett: Essai portant sur la représentation d’hommes et de femmes dans des romans et des pièces de théâtre (incluant Jean Genet, D. H. Lawrence et Freud). C’est un des premiers ouvrages du genre et offre une analyse littéraire féministe impeccable à mon humble avis. Il y a aussi une partie du livre consacré à l’explication de la société patriarcal. Lecture attentive ou niveau universitaire recommandé.


The Dialectic of Sex de Shulamith Firestone: Sur les femmes comme classe sociale (ou non?) et les rapports de dominations entre les sexes et ethnies. Un des livres fondateurs du féminisme radical matérialiste. Niveau universitaire recommandé.


Le Féminisme ou la Mort de Françoise d’Eaubonne: Sur l’écoféminisme (ouvrage fondateur en France) et le patriarcat.


A Cyborg Manifesto de Donna Haraway: Minuscule, mais très intéressant. Repense le genre, les corps et formes d’oppressions. Niveau universitaire fortement recommandé.


Les femmes avant le patriarcat de Françoise d’Eaubonne: Qu’est-ce que le patriarcat et analyse de mythes fondateurs de nos sociétés.


Rêver l’obscur: femmes, magie et politique de Starhawk: Sur une spiritualité (éco)féministe. Aussi, un essentiel pour penser et agir les dynamiques de groupes féministes.

Autres suggestions notables plus contemporains:

King Kong théorie de Virginie Despentes: Un excellent ouvrage sur le viol, la sexualité, le regard masculin et la prostitution.


Le Corps lesbien de Monique Wittig: Contre l’hétéronormativité. Pour une valorisation du lesbianisme.


Mettre la hache de Pattie O’Green: Sur l’inceste (témoignage personnel et élargie). Incontournable sur le sujet. Mon analyse du livre.


Dictionnaire critique du féminisme, collectif: Une explication de quelques pages sur une cinquantaine de termes reliés au féminisme. On est plus proche de la forme de l’article que de la définition ce qui rend cet ouvrage intéressant. On reste cependant sur notre faim et certaines définitions sont parfois très surprenantes. Plusieurs partis pris évidents.