Retour sur les billets de 2018 et souhaits pour 2019

Retour sur 2018

J’ai légèrement augmenté le nombre de mini-critiques et analyses littéraires par rapport à l’année dernière. Je regrette toutefois de ne pas en avoir fait plus. Mon inscription sur Goodreads et les petites critiques que je fais sur tous les livres que je lis devaient me servir de tremplin à l’écriture, mais ça n’a malheureusement pas donné les fruits escomptés. Cela ne veut pas dire que j’ai chômé! J’ai ajouté de nouvelles bibliographies critiques (en plus de continuer à alimenter celles présentes), écrit des billets d’analyse autour de l’actualité politique (SLAV/Kananta et #balancetonporc), je suis aussi très content· des analyses littéraires postées cette année en plus des nouvelles directions dans lesquelles j’investis mes critiques! Ce que je ne fais pas en quantité, je crois certainement l’avoir fait en qualité (et en temps)!

Je crois qu’il s’agit aussi de l’année où j’ai été le plus cité· ce qui signifie que mon travail à eu un certain impact même s’il reste très très marginal (plusieurs billets dont j’étais très fier· n’ont même pas reçu 10 vues cette année).

Les nouveaux billets

1-Critique du film La Bolduc (2018): Féministe ou branding féministe?

Je vais rarement au cinéma (clairement moins d’une fois par année), mais la présence de Thérèse Casgrain dans la bande-annonce du film La Bolduc m’a instantanément accroché. Toutefois, au visionnage, je me suis rendu compte qu’il y avait un branding féministe clair, mais je m’interroge à savoir si le film était réellement féministe.

2-Mini-critique: Herland de Charlotte Perkins Gilman

La lecture, enfin!, de ce classique utopique féministe. J’y relève des thèmes et les approfondis brièvement, mais, surtout, je ne peux m’empêcher de m’extasier du livre et de dénoncer l’exclusion de Charlotte Perkins Gilman de l’histoire de la sociologie.

3-Mini-critique: With Her in Ourland de Charlotte Perkins Gilman

La suite, beaucoup moins connue et lue, de Herland dans laquelle la protagoniste venue d’une société utopique découvre notre monde dystopique et tombe sous le choc. Un approfondissement du tome précédent qui propose, un peu comme un essai, des pistes de solution pour rendre notre monde meilleur. J’y relève encore de nouveaux thèmes comme dans le billet précédent.

4-40+ essais féministes incontournables

Une mise à jour d’une liste comptant alors une vingtaine d’essais. Le genre de billet qui reviendra encore sous la forme d’une soixantaine lorsque j’aurais lu de nouveaux essais. C’est le type de billet le plus « viral » que j’ai, mais le billet tombe en désuétude rapidement après la première semaine alors que je lui espère toujours une plus longue vie.

5-8 choses à savoir sur les remboursements à l’Aide Financière aux Études (AFE)

Un billet que j’avais dans mes notes depuis très longtemps et que j’ai finalement publié après avoir finalisé quelques recherches sur le sujet. J’étais surtout très satisfait· d’un calculateur qui permet de déterminer le temps de remboursement de la dette d’étude en fonction du montant mensuel versé qui peut s’avérer très utile. J’ai eu au moins un retour très positif de l’utilisation de l’outil, donc c’est vraiment cool!

6-Mini-critique: Femmes et filles Mai 68

C’est une question que je ne cesse de me poser depuis mon mémoire, à savoir ce qu’on fait les femmes durant mai 68 vu leur invisibilisation complète de l’histoire écrite sur mai 68 par la suite. À l’occasion du cinquantenaire, je me suis donc plongé dans trois ouvrages autour de mai 68. Celui-là était marquant pour deux raisons: les points de vue politique étaient parfois à l’opposé complètement et il remplissait bien de nombreux blancs des pages de l’histoire. Ce panorama de point de vue était fascinant même si certaines femmes se sont servies de cette tribune pour faire part de leur position sur certains enjeux contemporains qui n’avaient aucun rapport avec le sujet du livre. La présence de lettres de refus de participer à un tel ouvrage était aussi très intéressante dans cette perspective historique. Cet essai a certainement eu un travail d’édition et de recherches complexes et je ne peux que féliciter les éditrices même si je ne suis pas d’accord avec beaucoup des propos et perspectives tenues.

7-Ce qu’un opéra de 1913 aurait pu nous apprendre sur Kanata

Une modeste contribution au long et houleux débat qui a eu lieu durant l’été au Québec (et probablement une des nouvelles les plus discutées cette année dans la province). Ce billet se voulait avant tout une invitation à découvrir l’oeuvre de Zitkala-Ša à travers The Sun Dance Opera qui a fait l’objet de critiques intéressantes par P. Jane Hafen et que je liais aux critiques de Kanata. Toutefois, personne, ou presque, n’a lu ce billet donc elle risque de rester dans l’oubli encore un moment…

8-Répartition F/H des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2018)

Une mise à jour annuel de la répartition F/H des doctorats honoris causa à l’UdeM. Pour la première fois depuis 1983, on a une attribution paritaire ce qui en fait la première critique positive depuis que j’ai commencé la recension en 2014. Je nuance toutefois le portrait avec une critique intersectionnelle.

9-Analyse de l’essai #balancetonporc de Sandra Muller

À l’exception d’un article dans Le Monde (qu’on pourrait difficilement qualifié d’objectif dans un tel débat), je n’ai pas trouvé une seule autre critique de cet ouvrage (pas une mention qui dit que l’ouvrage va sortir, une critique littéraire) qui pourtant aurait dû attirer l’attention de beaucoup de monde et de médias. Il est fort à parier que le message très ambivalent du livre, à la fois pro-dénonciation, mais profondément anti-féministe, a joué là-dedans. J’analyse les techniques utilisées par l’autrice pour décrédibiliser le féminisme en plus de jeter un regard critique sur la classe de l’autrice, l’utilisation du lampshading et les nombreux préjugés qu’elle véhicule.

10-À la découverte de la peintre Oei Hokusai

Un autre billet duquel je tire une grande fierté, mais qui n’a pas du tout été lu (ça semble être la règle de mes billets: plus j’en suis fier·, moins ils sont lu :S ). Dans celui-ci, je fais découvrir la peintre Oei Hokusai à travers un film d’animation et une fiction biographique qui ont été écrit autour d’elle. J’y relève les choix narratifs, la présence inévitable de son père et les impacts sur le récit, mais aussi les nombreux éléments féministes qui ces fictions soulèvent. Je conclus à un appel à sa redécouverte, mais comme pour Zitkala-Ša, ce n’est malheureusement pas moi qui pourra lui donner un coup de pouce…

Les nouvelles pages

Une des composantes primordiales de mon blog est la présence de bibliographie critique (avec, principalement, celle de Françoise d’Eaubonne). Cette année, j’ai ajouté trois nouvelles pages dont je poursuis constamment le travail de recension.

1-Bibliographie critique sur la réaction face aux spectacles SLĀV et Kanata

Un des débats les plus importants au Québec cette année avec des questions tournant autour de l’appropriation culturelle, des représentations et de la censure, je ne pouvais m’empêcher, comme je l’ai fait pour la #ggi, de ne pas laisser filer toutes ces réflexions et de les regrouper ensemble, cela peu importe leur position sur ces questions.

2-Représentation F/H hebdomadaire dans le cahier Lire du Devoir

À défaut d’être un billet original, je tire l’idée de Lori Saint-Martin qui dénonçait l’absence des femmes dans le cahier Lire du Devoir plus tôt, j’ai décidé de faire un suivi semaine par semaine et de le rendre public. Dans sa forme de 2018, il s’agissait simplement de noter le nombre d’occurrence des critiques sur des livres de femmes et d’hommes (ainsi que leur nombre de pages). Entre le 28 juillet et le 29 décembre 2018, j’arrivais au triste constat que les femmes occupaient 30,86% des critiques (contre 54,63% pour les hommes et 14,51% pour les critiques mixtes) et à peine un meilleur 32,57% du nombre de page (contre 51,72% pour les hommes et 15,71% pour les critiques mixtes). Évidemment, ce ne sont pas les seules observations qui peuvent être faites: la moitié des semaines, les hommes ont plus de 8 articles écrit sur eux, ce n’est arrivé qu’une seule fois que les femmes aient eu 8 critiques; rares sont les fois où il y a moins de 5 critiques de livres d’hommes (c’est surtout quand il y a peu de critiques cette semaine-là), mais c’est largement la norme pour les femmes, etc. Bref, on peut définitivement conclure à de la discrimination dans les critiques de livres du cahier Lire du Devoir.

3-Types de féminisation

Une recension que j’effectue depuis des années, mais qui accumulait la poussière donc autant la publier! Ça m’est particulièrement utile lorsque je discute de féminisation (ou d’écriture inclusive comme on semble privilégier aujourd’hui) pour pouvoir parler des différents types en faisant référence à des noms précis.

Réseaux sociaux

J’ai aussi, pour la première fois depuis la création du blog, décidé d’utiliser un peu plus les réseaux sociaux pour diffuser les critiques autrement que directement sur ma page personnelle. D’abord avec la création d’un profil Goodreads où je publie mes critiques à froid juste après mes lectures (avant de les reprendre ici). J’ai aussi créé une page Facebook pour le blog dans l’espoir de pouvoir rejoindre plus de monde que les simples partages sur ma page personnelle Facebook ou Twitter. La page FB me permet aussi de reproduire et d’approfondir certaines critiques de livres et de mettre à jour de manière hebdomadaire la représentation F/H dans le cahier Lire du Devoir sans avoir à embêter les gens qui pourraient se lasser de ce contenu sur ma page personnelle. Le temps permettra de savoir si en effet ça permet une plus large diffusion, mais à voir les maigres statistiques de certains billets ou pages que je trouve importantes, je n’ai absolument rien à perdre pour le moment. Ça me permettra aussi, à l’occasion, de remettre en valeur de plus vieux billets.

Statistiques

Mes billets les plus populaires (pour ce qui est des consultations) sont les mêmes pour les deux premières positions, mais il y a eu des changements pour le reste dû à l’actualité politique pour la troisième et quatrième position.

En première place, l’analyse du poème Nuit Rhénane de Guillaume Apollinaire (2010) qui est toujours très recherché par les étudiant·es en période d’examen (pouvant parfois atteindre 50 vues/jour). Ce billet a reçu plus de 4100 vues cette année. C’est toujours le billet le plus populaire depuis sa parution.

Ma pages archivant des chansons de manifestations féministes (2016) est en deuxième place ce qui est toujours plaisant.

En troisième place, mon billet sur la place des femmes dans la Pléiade (2015), un billet explorant l’absence des femmes dans la collection La Pléiade de Gallimard, est sorti de son invisibilité des années précédentes suite à des articles dans les journaux qui ont remarqué la même chose suite à la parution des oeuvres de Simone de Beauvoir dans la pléiade.

La quatrième position du classement va à la bibliographie critique sur la réaction face aux spectacles SLĀV et Kanata (2018) qui est le dernier billet à avoir plus de 1 000 vues cette année. Vu l’actualité politique québécoise de cet été et les articles qui sont ressortis en fin d’année (en plus du billet « surprise » de Robert Lepage), il n’est pas étonnant que beaucoup ait effectué des recherches sur le sujet. Je me permet d’être content· de l’utilité de cette bibliographie critique pour les recherches de nombreux internautes.

Le cinquième billet le plus consulté est une liste de 40+ essais féministes incontournables (2018) que j’ai mis à jour cette année et qui fut très partagée.

Mon billet publié cette année le plus populaire est celui sur les 40+ essais féministes incontournables suivi, très très loin derrière par la critique du film La Bolduc (2018) avec moins de 100 vues

Le blog biscuitsdefortune.com c’est maintenant 84 billets, 14 500 vues de pages en 2018 et 36 473 depuis sa création!

Souhaits pour 2019

Je souhaite encore pouvoir faire plus de critiques de livres cette année, le volet Facebook du blog aidera probablement à la réalisation de cet objectif. Évidemment, je continuerais à mettre à jour les bibliographies et songe à en ajouter au moins une cette année.

Mon projet est toutefois de réussir à rejoindre beaucoup plus de gens. À part les feux de paille pour un ou deux billets par année, les gens ne consultent tout simplement pas mes billets. La page Facebook tend à changer un peu cette réalité, à explorer donc. Beaucoup des travaux effectués sur ce blog aurait pu aider de nombreux journalistes et chercheurs (notamment avec les femmes dans la Pléiade qui ont fait le même travail (pas statistiques), mais n’avaient même pas penser à chercher sur Internet pour voir si une personne l’avait déjà fait! (J’étais quand même le premier ou deuxième résultat quand on tapait « femme » et « pléiade » dans Google…) Semblablement, la bibliographie sur SLAV/Kanata a peut-être été très consultée, mais très très peu de gens cliquaient sur les liens (peut-être se contentaient-ils pour la plupart de lire les statuts Twitter et Facebook toutefois) ce qui montre que l’usage de cette bibliographie était plus de l’ordre de la curiosité qu’un outil de recherche.

Je verrais donc cette année à trouver des moyens de rendre plus « accessible », ou à tout le moins voyant, le travail que j’effectue pour les personnes qui pourraient en avoir besoin.

Mes coups de cœur lus en 2018

Un aperçu de mes livres préférés cette année. Ce ne sont pas nécessairement des livres publiés cette année. Un lien vers la boutique en ligne de l’Euguélionne, librairie féministe est disponible pour les ouvrages en français. Les livres sont présentés par genre (Essais, SFF, BDs et mangas et des ouvrages qui m’ont très agréablement surpris), mais pas dans un ordre quelconque.

Essais

Québec

Le droit du plus fort : nos dommages, leurs intérêts (2018) par Anne-Marie Voisard

Beaucoup de critiques ont déjà tracé les nombreux liens qui existent entre la parution cette année de Le droit du plus fort et L’affaire Maillé : l’éthique de la recherche devant les tribunaux, je ne m’y attarderais pas plus qu’il ne faut là-dessus, sinon que de souligner que l’essai de Marie-Ève Maillé s’attarde beaucoup plus à l’expérience personnelle du système de justice face au système lui-même, mais aussi de l’entreprise qui essaie d’avoir accès à ses données de recherches confidentielles.

Le droit du plus fort, lui, ratisse beaucoup plus large, en prenant ancrage certes dans le procès entourant Noir Canada par la minière Barrick Gold qui poursuivit Écosociété pour 11 millions de dollars à travers deux poursuites. Le droit du plus fort va toutefois beaucoup plus loin, en terme de critique du système judiciaire en soit, mais aussi en réflexions approfondies sur nos institutions, le système de justice, en réflexions philosophiques et sociologiques. C’est un essai puissant et rentre-dedans, où la force vient à la fois de l’horrible expérience subit, mais aussi de sa réflexion très approfondie et vaste.

On réfère à Kafka comme Giorgio Agamben, Butler comme Foucault et Bourdieu, on parle de l’histoire de l’accès à la justice, ses transformations, ainsi que ce qui motive les politiques gouvernementales sur la justice. On parle autant du système que des personnes qui doivent le subir, de l’utilisation du système judiciaire comme détournement du débat publique et de ses détriments.

Probablement un des meilleurs essais québécois de l’année, une incroyable critique du système judiciaire et de ses travers, des multinationales qui phagocytent les institutions, ainsi qu’une immense réflexion philosophique sur la justice et de son accès tout en restant ancré dans le réel et ses conséquences, retraçant, bien que ce ne soit pas son objectif, l’histoire d’un procès d’une multinationale contre un petit éditeur, de ce que ça a coûté, en temps, en stress, en argent, aux auteur·es du livre (contrairement à la multinationale qui a simplement envoyé ses avocats).

Les hijras ; Portrait socioreligieux d’une communauté transgenre sud-asiatique (2018) par Mathieu Boisvert

Un très beau, complexe et très large portrait des communautés hijras en Inde (pas toute, certaines) à travers les témoignages de ces personnes ainsi qu’un suivi des communautés dans certaines de leurs pratiques et cérémonies.

On y couvre autant les cérémonies, les difficultés familiales (au sein de la famille biologique ou adoptive hijra), les rapports de pouvoir et d’autorité entre la guru et la cela (ainsi que les autres membres), les religions des hijras, le travail que peuvent effectuer les hijras, des bénédictions au travail du sexe en passant par l’implication dans des ONG, les différentes communautés, la perception sociale, le rapport au vieillissement, le cadre légal, la résolution de conflit, les rapports avec les autres membres de la société indienne, leur propre perception sur tout ça, etc. etc. etc.

La balance entre le témoignage, l’observation et le recours à d’autres sources (ou leur propre idée sur certaines interprétations) est très bien balancés (avec une nette préférence pour supporter les témoignages, il s’agit d’un portrait qui leur donne la parole avant d’être un travail d’interprétation qui est tout de même fait à certains moments).

On en apprend certainement autant sur la communauté en tant que telle que sur la société indienne de manière plus générale (l’importance de la famille, le rôle de la police, système juridique, pauvreté, etc. bien qu’une personne connaissant bien l’Inde n’apprendra peut-être pas autant sur ce plan) .

Définitivement un must pour toute personne qui s’intéresse aux formes que prennent les troisième genre et transgenres dans d’autres pays et autant leur histoire (qui est un petit peu mentionnée), mais surtout leur situation actuelle comparée à l’intérieur de deux, trois générations (et ayant évidemment déjà des changements qui semblent s’effectuer).

On fait clairement face à des communautés ou des individus très différent·es, que ce soit sur le plan de leur pratique, de leur religion, de leur attachement à la communauté ou à leur guru, de leur propre perception sur leur corps et cet essai le reflète très bien.

Policing Black Lives: State Violence in Canada from Slavery to the Present (2017) par Robyn Maynard

Excellente revue, hyper référencée, qui analyse, historiquement et sociologiquement, de très nombreuses statistiques à l’appui, le policage des corps noirs au Canada avec une bonne représentation de toutes les provinces et de (malheureusement) très nombreux cas à l’appui. Ce policage s’effectue autant dans l’espace publique par la police, mais aussi dans les prisons, le système d’adoption, à l’école, etc.

On ne ressort pas indemne d’une telle lecture. Je n’ai rien d’autre à rajouter, c’est aussi parfait que The New Jim Crow de Michelle Alexander qui était aussi impeccable sur un sujet très similaire (mais aux É-U celui-là).

À lire, tout le monde devrait le lire.

International

Rencontres radicales : pour des dialogues féministes décoloniaux (2018)

Je n’aurais pas imaginer lire un essai aussi stimulant depuis des mois, mais la collection Sorcières de Cambourakis ne cesse de m’épater et au-delà. Dans ce recueil de textes, on parle de conflit, de résolution de conflit ou simplement de quête de changement et de prises de conscience chez les groupes opprimés comme chez les groupes dominants. Que ce soit entre Noirs et Blancs, Juifs et Palestiniens, Kanak et Français, le recueil de textes couvrent des textes de toutes les perspectives, de rencontre, d’échange, de fonctionnement, de mixité et non-mixité, de stratégie, mais aussi des récits d’échecs, de statut quo. Moi qui il y a peine un mois désirait en lire davantage sur le conflit israëlo-palestinien, une perspective plus genrée sur la question et comment s’y posait la question de la colonialité, ce livre y a répondu au-delà de mes attentes. Il me laisse aussi avec plein de pistes et de réflexions à explorer. J’ai adoré, cela a confronté certains de mes à priori (notamment l’idée du groupe ou de la nation qui l’emporterait sur l’individu, même s’il est bien explicité qu’il s’agit d’une perspective sur la question et non d’un fait scientifique impossible à se détacher). Certainement mon essai préféré de l’année pour le moment et je ne cesse d’en parler à tout le monde (et tout le monde veut aussi le lire!).

La traduction est aussi vraiment remarquable à plusieurs niveau. Qu’on choisisse de traduire « affirmative action » par « action positive » plutôt que la « discrimination positive » ou encore « standpoint feminism » par « féminisme du positionnement » (ou « positionnement féministe »); chaque terme est réexaminé et réévalué pour vraiment tenir compte de, non seulement l’histoire du mot et de sa traduction habituelle, mais aussi de la réception que son lectorat peut en faire et de ses connotations. On souligne aussi lorsque les traductions s’éloignent de celles habituellement utilisés ou pouvant porter question à interrogation. Alors, juste bravo.

À lire absolument.

Ni vues ni connues (2018) par le collectif Georgette Sand

Et juste quand je critique un auteur qui justifie l’absence de femmes dans son corpus par leur inexistence (« Prenons l’époque de Platon. Est-ce qu’il y avait des femmes ? Sûrement, mais on ne les connaît pas. » WTF???!?!?! Ce monsieur semble « oublier » les philosophes et écrivaines comme Hypathie, Aspasie, Psappho, Théano, Hipparchia, Aspasie, Eudocie, Diotime, Porcia, Cléobuline, etc); je tombe sur cet essai panoramique qui JUSTEMENT se pose la question de où sont les femmes? et propose, dans 75 entrées de 2 pages (+ une illustration) de les redécouvrir, de connaître parfois la raison derrière leur invisibilisation, mais aussi de les célébrer!

Un peu à la manière des Culottées de Pénélope Bagieu (elle signe d’ailleurs la postface et plusieurs des femmes du recueil on clairement été choisie suite à la lecture de ses BDs), on présente rapidement une panoplie de femmes de différents pays, différents métiers, différents background avec humour souvent « Les femmes au sommet de l’organigramme des fonctions religieuses pourraient être le sujet d’une nouvelle d’anticipation où une société aux idées évoluées réussit à faire exploser le plafond de kryptonite qui les empêchait de devenir cheffes religieuses» et beaucoup beaucoup de concision (deux pages, c’est peu). Au plan de la concision, c’est vraiment réussi. En matière de découvertes, j’ai beau avoir l’arrogance de connaître beaucoup de ces femmes invisibilisées qui réapparaissent d’ouvrages en ouvrages, j’en apprends toujours de nouvelles et j’ai clairement noté de nouvelles lectures: Alice Guy-Blaché, Fanny Mendelssohn, Lotte Reiniger, Kâhina, Zaynab Fawwâz, Paulette Nardal, etc.; et j’ai toujours un grand plaisir quand mes préfs obscures apparaissent (Delia Derbyshire ❤ ❤ <3).

Bref, un super ouvrage très tout public qui permet de découvrir et d’approfondir cette véritable histoire effacée, de réhabiliter certaines figures démonisées à escient, d’en découvrir de nouvelles, de connaître l’importance de l’influence qu’elles ont jouée, et de rétablir l’histoire, la vraiE.

How to Suppress Women’s Writing (1983) par Joanna Russ

Fascinante analyse sur les techniques utilisées par les hommes (et plusieurs femmes) pour délégitimer et minimiser l’importance de l’écriture des femmes dans l’histoire en invoquant toutes sortes d’arguments et de raisons (incluant: elle écrit comme un homme, c’est un homme qui a écrit son livre (ou l’a très fortement aidé), un homme l’a aidé, ce n’est pas bon, c’est l’exception à la règle, ce n’est pas de la littérature, c’est de l’intime (pas de la littérature), c’est indécent, l’auteure est folle/hystérique/stupide/malade/etc., etc. etc. etc.).

En plus d’être un essai bien intéressant, c’est aussi un petit panorama sur plusieurs femmes écrivaines qu’elle veut mettre de l’avant (on a évidemment droit aux classiques Austen, Brontë, Sand, Zora Neale Hurston mais aussi des écrivaines de SF et quelques écrivaines moins connues). Le prologue de l’essai sous forme d’entrée encyclopédique de dictionnaire du futur m’a aussi beaucoup ravi·, moi qui a connu Russ surtout comme écrivaine de SF (avec notamment l’excellent The Female Man).

Il y a beaucoup de limites à l’ouvrage, sa portée, sa longueur, etc. Elle les souligne, mais il s’agit vraiment d’un classique sur l’effacement, à escient, de la littérature des femmes dans l’histoire.

Trigger Warnings: History, Theory, Context (2017) dirigé par Emily J.M. Knox

Un essai collectif fascinant qui explore l’utilisation des Trigger Warning (TW) en profondeur au-delà des débats superficiels de « liberté d’expression/académique vs protection des étudiant·es ».

Tous les articles sont aussi intéressants les uns que les autres et apportent TOUS des points de vue nouveau et intéressant sur la question (qu’ils soient pour ou contre), je n’ai cessé de prendre des notes (j’ai bien l’intention d’écrire un article sur le sujet des TW).

En plus de témoignages d’utilisation ou non, on en apprend un peu sur l’historique des TW, sur la psychologie du TSPT, de réflexion plus large sur la société, sur des outils/alternatives aux TW, etc.

Un ouvrage presque complet sur la question, une lecture fascinante et très instructive autant pour des professeurs, que des bibliothécaires, des étudiant·es, des écrivain·es ou encore n’importe qui! On en ressort beaucoup plus outillé, instruit et on aimerait vraiment poursuivre la discussion encore plus longtemps.

Définitivement l’incontournable sur le sujet, le seul problème est son prix, mais demander à vos bibliothécaires de le commander pour la bibliothèque de l’institution; il est bien possible qu’elle en ait besoin très bientôt.

Problematic: How Toxic Callout Culture Is Destroying Feminism (2018) par Dianna E. Anderson

Problematic est un recueil de courts articles (une dizaine de pages) sur plusieurs objets de la culture populaires vu à travers les critiques (entendre critique dans le sens négatif du terme) qui qualifient certains de ces objets comme « problematic » ou néfastes. De Jessica Jones à Polanski en passant par Beyoncé ou le sport masculin, Dianna E Anderson connait très bien et en profondeur et les objets culturels dont elles parlent, mais aussi les critiques qui leurs sont adressés et est capable de parler d’un côté de leur aspect néfaste quand il y en a, mais aussi de relativiser les critiques les plus dures qui leurs sont adressées, parfois de mauvaise fois, surtout quand l’objet est mal interprétés ou il s’agit d’un enjeu de pouvoir d’une personne sur l’objet.

L’introduction est probablement le maillon le plus faible de l’essai, j’ai honnêtement crû que j’allais être très déçu· du livre, mais le premier chapitre, le deuxième etc. ne m’ont jamais laissé tombé par la suite. Anderson réussit à parler, mettre en contexte, faire intervenir un bagage autour de l’objet d’analyse qu’elle observe et adresser les critiques qui lui sont faits, certaines fois avec raison, certaines fois à tort, d’autres par incompréhension de l’objet. Surtout, elle nous apprends que les critiques en rafale, qui vise un élément très précis de l’objet, qui ne le remet pas en contexte, ne regarde pas autour, conduit à plus de mal (parfois jusqu’au harcèlement ciblé intensif en force et en durée), mais sert aussi à des dynamiques de pouvoir qui servent souvent celles et ceux qui en ont déjà beaucoup.

Anderson réfléchit aussi au fait que des séries comme Jessica Jones ou Parks and recreation qui sont des réussites féministes à plusieurs égards, ont souvent un immense horizon d’attente parfait et impossible à atteindre pour des nombreuses féministes qui s’attendent à de la perfection et même s’ils réussissent à le franchir, il y aura toujours un élément (des fois, c’est le personnage principal qui agit mal, qu’on sait qu’il agit mal, mais qui sera tout de même critiqué…). Ce double standard n’est souvent pas là lorsqu’il s’agit de films non-féministes qui ne s’en prennent souvent pas autant la gueule alors qu’ils peuvent être très ouvertement misogyne et anti-féministe.

Ce n’est pas quelque chose qu’Anderson mentionne, mais ça m’a rappelé beaucoup l’immense pression qui était exercé sur des séries comme Steven Universe que des fans attendaient de voir tel et tel et tel chose se produire dans une émission qui célèbre un vaste pan d’orientation et d’expression de genre, alors que, concurremment, tout le monde faisait un immense hype pour une bromance entre Iron Man et Captain America alors qu’aucun sous-texte ne permettait même de le laisser entrevoir (et on a laissé ça passé dans le beurre). Les fans de ces objets culturels sont aussi abordés dans cet essai ainsi que les marques que ces séries « problematic » peuvent avoir eu et de la difficulté de critiquer parfois des séries puisque chaque personne peut avoir eu une expérience différente de l’objet et de l’impact immense qu’aimer une série dite « problematic » peut avoir sur une personne, la conduisant peut-être même à préférer se séparer d’un impossible standard de féministe plutôt que d’avoir à se justifier constamment d’aimer X ou Y objet.

À plusieurs égards, cette réflexion sur les attentes plus élevés pour les objets féministes, écrits par des femmes ou encore envers nous-même rejoint celle de Roxane Gay dans son essai Bad Feminist et vient approfondir la réflexion avec un bagage critique plus académique et théorique que celui de Gay surtout situé au plan de l’expérience.

Anderson couvre un large éventail de sujets comme mentionnés plus haut et cela lui permet de toucher plusieurs questions parfois différentes, parfois surprenante dont celui sur le sport masculin qui est probablement celui qui m’a le plus fait réfléchir (j’étais, bien honnêtement, déjà très d’accord avec ce qu’elle avançait, au courant des critiques faites, et des critiques qui pouvaient être adressés aux critiques). J’aurais pensé être un peu plus « challengé » dans ce livre, mais je crois que beaucoup pourront l’être.

Je crois que ce livre devrait être lu assez tôt dans les parcours de féministes. Comme j’ai souvent vu dans des témoignages ou discussion, cette idée de la pureté féministe, de la culture du call-out, est souvent une phase de début, associé à une certaine radicalité idéologique (qui n’a pas à être abandonnée! mais qui peut prendre d’autres voix), mais qui amène beaucoup de personne à rejeter rapidement le féminisme ou à ne vraiment pas se décider d’y entrer en premier lieu. Ce livre n’empêchera pas de commettre des erreurs (et tant mieux!) ou de poser des questions qui peut nous attirer leur lot de critiques, mais il devrait nous rendre conscient qu’il y a une différence entre se faire critiquer entre ami·es ou finir par se faire harceler par des milliers de personnes en ligne, aussi féministes peuvent-elles se prétendre, des années encore après le fait. C’est aussi un petit manifeste pour un droit à l’erreur, avec une réparation évidemment, une reconnaissance de ces erreurs, mais à l’erreur tout de même pour pouvoir grandir et apprendre ensemble.

Je crois, j’espère enfin, que ce livre pourrait devenir un classique au même titre que Bad Feminist, il en a tous les mérites.

Histoire mondiale des féminismes (2018) par Florence Rochefort

C’est un pari très risqué tout le temps que d’écrire un Que sais-je? qui doit intégrer des siècles d’histoire, des centaines d’angles et de mouvements, de personnalités et de réflexions en un seul ouvrage de 116 pages (excluant la bibliographie). Florence Rochefort relève le pari haut la main en réussissant à résumer et synthétiser souvent des pans entiers du féminisme en un paragraphe ou deux afin d’en survoler un maximum.

Divisé en trois parties qui ne correspondent pas aux « vagues » aux contours flous et créant une histoire souvent très linéaire et excluant d’autres mouvements parallèles (par exemple le Black feminism émergeant dans les années ’70 ou les mouvements féministes lesbiens), ce sont trois périodes couvrant un proto-féminisme (Revendication de l’égalité des sexes et l’affranchissement des femmes 1789-1860), les luttes collectives pour l’émancipation (« Le temps de l’internationalisation » 1860-1945) et un dernier qui s’efforce de couvrir tous les mouvements au sein des féminismes (pour l’égalité et la libération des femmes 1945-2000).

J’ai craint un peu pour la partie « mondiale » de l’essai, mais Rochefort couvre bel et bien les féminismes ayant émergés au Japon, en Chine, en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique; certes, un peu moins qu’en Europe ou aux États-Unis, mais ce n’était pas non plus une histoire occidentale avec un ou deux name dropping d’Afrique juste pour dire, c’est vraiment ancré dans la trame de l’essai, c’est donc un bel exploit que d’avoir un tel essai couvrant vraiment l’aspect mondial, et pas juste une idée de féministes blanches qui exportent leurs idées partout dans le monde. On parle autant des féminismes décoloniaux, féminismes noirs ou encore des personnalités comme Gisèle Halimi, Vandana Shiva, Gayatri Chakravorty Spivak, Nazik Abid, etc.

Un excellent Que sais-je? d’introduction sur le sujet qui donnera certainement envie d’en lire plus sur les mouvements ou personnes évoquées, la bibliographie et les quelques notes de bas de pages pouvant aider à cette recherche. Je recommande définitivement.

(C’est moi où il n’y avait pas une seule Canadienne de mentionnée? Ni même n’a-t-on parlé du Canada… Bah! C’est pas trop grave, ce n’est pas le seul pays qu’il manquait et il faut bien couper quelque part si on veut aborder surtout les mouvements plutôt que les pays où ils se sont déroulés)

Science-fiction et Fantasy

Starless (2018) par Jacqueline Carey

Un des meilleurs roman de cette année que j’ai eu le privilège de lire.

Une épopée de fantasy avec des personnages super attachants, réalistes, complexes dans un monde fabuleux où les Dieux, Déesses et Divinités se sont faits bannir sur Terre et côtoient, de temps à autre, des mortel·les en leur offrant des prophéties ou des pouvoirs. Notre protagoniste a le pouvoir de canaliser les vents de Parkhum qui lui donne de pouvoir d’effectuer ses actions très rapidement que ce soit au combat ou dans déceler la réaction des gens.

Je ne suis vraiment pas fan des héro·ïnes qui réalisent une prophétie (l’idée de l’Élu·e, ça me dérange toujours en plus de poser une question du libre-arbitre qui est rarement posée dans les fictions que je lis), mais ici, l’autrice réussit à donner brillamment toute l’agentivité aux personnages d’effectuer leurs propres choix en plus de donner d’autres raisons que la prophétie pour l’action des personnages.

Je n’ose pas vraiment en dire trop parce que chaque chose que je dis, c’est un peu un spoil (et il y a tellement de chose). Juste mentionner que Jacqueline Carey arrive à se tenir loin des lieux communs dits « problématiques » face à ses personnages dont j’avais vraiment peur qu’illes empruntent une voie plutôt qu’une autre, mais elle a réussi, dans cet univers, a rendre vraiment bien leur décision et des choix vraiment éclairés au plan narratif.

Je ne peux vraiment pas en dire plus sans spoiler, mais si vous aimez les romans de formation de fantasy dans lequel un·e protagoniste s’entraîne dans un désert en compagnie de d’autres compagnons d’armes, qui doit éventuellement les quitter pour aller protéger quelqu’un·e, mais qui se retrouve catapulté·e dans une quête prophétique avec d’autres personnages tout aussi puissants et dotés de pouvoirs intéressants. Il faut lire ce livre.

La fin était parfaite, très belle ouverture, très belle manière de remonter simultanément le cours du récit et repartir de nouveau.

Trail of Lightning (2018) par Rebecca Roanhorse

Une nouvelle se déroulant dans un monde post-apocalyptique (post-apocalypse écologique avec une bonne partie des terres submergées par l’eau et plusieurs émeutes de classe aussi) et avec un univers mythologique tiré en grande partie des Premières Nations. On y retrouve la figure du Coyote qui surgit ça et là, mais aussi l’idée de pouvoirs de Clans, de divinités, etc. et de monstres qui ressemblent un peu à des Wendigo sans jamais être nommé comme tel, mais le précipice moral que les protagonistes évoquent souvent qui pourrait les transformer en monstre rappelle définitivement ce mythe. Le lieu géographie se situe sur une ancienne réserve Navajo qui retrouve son nom de Dinétah.

On suit une chasseuse de monstre possédant un pouvoir supernaturel de tuer , Maggie, envoyée en mission de tuer une Sorcière qui créerait des monstres selon Coyote avec l’aide d’un homme médecine (Kai).

Les premiers chapitres m’ont définitivement accroché, mais le séjour à travers le wasteland et les différentes péripéties m’ont fait décrochés à plusieurs reprises avant d’être vraiment de nouveau super accroché par la fin (genre 75-100 dernières pages), bref, probablement seulement le tiers du livre qui ne m’intéressait pas trop.

Cela dit, il faut s’attendre à être déçu en lisant ce roman, on jette plusieurs pistes et beaucoup de hareng rouge pour un très brusque retournement dans les dernières pages; je suis évidemment tombé dans plusieurs des pièges (pas tous toutefois, certains étaient plus évidents que d’autres surtout quand on s’attarde à certaines phrases dites 😉 ). Sans en dire trop, je crois que ça peut dire quelque chose sur les attentes qu’on place, l’auto-réalisation de prophétie ou encore toute l’idée binaire et erronée qu’on se fait du « Bien » et du « Mal » qui est brièvement discuté et qui prend définitivement tout son sens quand on sort de cette discussion dans le cadre de l’anti-héroïne (dans laquelle on présume cette discussion tenue).

C’est honnêtement un bon roman et il vaut définitivement le détour pour l’exploitation de la mythologie des Premières Nations dans un roman de fantasy (par une autrice Ohkay Owingeh Pueblo et afro-américaine). Je vais définitivement lire le deuxième de la série, mais je verrais vraiment avec mon appréciation du prochain pour voir si je continue la série.

Humain·e·s, trop humain·e·s (2017) par Jeanne-A Debats

Ah enfin! Le dernier tome de la trilogie, mais aussi le premier de la trilogie acheté uniquement dans le but de lire ce livre qui avait une féminisation dans son titre, une première à mon avis et je ne pouvais clairement pas passer à côté (d’autant plus que c’était de la SFF d’une auteure dont j’avais adoré le recueil de nouvelles La Vieille Anglaise et le continent ). Après deux tomes que je trouvais quand même bons, le troisième est définitivement excellent et son titre accrocheur se justifie très bien à l’intérieur du récit (et le bonifie à mon avis).

Il y aurait beaucoup beaucoup de chose à dire du roman: son humour débordant et hilarant, son militantisme qui se glisse de manière plus ou moins subtile dans le récit (vraiment dans les deux pôles ici), les quelques bris du quatrième mur qui vont en s’accentuant vers la fin, toutes l’action complètement épique, baroque, enlevant.

De quoi à dire aussi sur le traitement de l’objectification d’Agnès à travers les différents protagonistes (que ce soit Herfanges qui utilise son regard, son oncle qui ne lui dit jamais rien, son insertion dans un convent, le fait qu’elle sent toujours ses émotions et réactions observées.

Aussi, l’introduction de nouvelles espèces fantastiques (sans spoiler) des gargouilles aux possédé·es en passant par des forces surnaturelles plus puissantes encore que les instances majeures, etc. etc. etc.

Jeanne-A Debats met définitivement le paquet dans ce dernier tome, le paquet d’humour, d’action, de personnages, de drames familiaux, d’explorations de personnages, de mythes, et de trame narrative épique. Ça valait définitivement le coût d’acheter les deux tomes précédents pour voir cette explosion narrative.

J’en oubliait presque un mini résumé: ça ressemble, au début et sans spoiler, beaucoup aux tomes précédents: des êtres fantastiques viennent dans l’Étude demander les services de Géraud pour un héritage cette fois-ci dont toutes les autres créatures semblent vouloir s’en emparer, y compris une espèce de pieuvre extraterrestre géante surpuissante.

Space Opera (2018) par Catherynne M. Valente

Si Douglas Adams & l’Eurovision avait un bébé qui passait son temps à écouter du glam rock et à qui on avait appris uniquement des adjectifs, ce bébé ressemblerait comme deux gouttes d’eau à ce fantastique roman de science-fiction drôle, absurde et tout simplement brillant.

La scène littéraire a été attristé après le départ de Douglas Adams de ce monde pendant trop longtemps, nous ayant laissé « uniquement » 7 romans et 1 essai (sans oublier plusieurs émissions télévisuelles et radiophoniques), mais réjouissez-vous, son héritière spirituelle vient de publier le roman qui reprend la lourde tâche de rendre ce monde si beau et stupide (pour reprendre l’idée du livre) complètement absurde.

Dans un concours universel (littéralement) de musique, toutes les espèces intelligentes doivent obligatoirement participer à une sorte d’Eurovision cosmique et l’espèce perdante se fera complètement anéantir sa planète! La lourde tâche de représenter la Terre pour la première fois revient au groupe Decibel Jones and the Absolute Zeroes, un espèce de groupe de glam rock punk electro nihiliste qui était le seul groupe encore vivant qui avait des chances de ne pas perdre (essayer de gagner n’est pas même envisageable). S’en suit une compétition complètement loufoque, mais surtout la préparation à cette compétition, avec des personnages que un rockeur avec une faible estime de soi qui perd toujours les arguments qu’il a avec sa grand mère, un flamand rose bleu imprésario, un panda roux («qui n’est ni un panda, ni roux, mais ça c’est le langage pour vous») ingénieur et toutes une brochette d’extraterrestres et d’espèces qui vous fera pleurer tellement l’humour de Douglas Adams vous manquait.

J’ai passé mon temps à rire grâce au livre:

– dans le métro

– chez moi

– en librairie

– dans la rue (en y pensant)

– encore chez moi

– dans mon lit

– dans le métro

– tout seul chaque fois que je pensais à ce livre

Lisez-le, l’univers en dépend.

The Calculating Stars (2018) par Mary Robinette Kowal

Il s’agit du premier texte de l’auteure que je lis et je dois dire que je suis vraiment tombé sous le charme!!

Il s’agit d’un roman légèrement dystopique où une météorite s’écrase, durant la guerre au Vietnam, sur la capitale américaine (Washington) tuant tous les sénateurs d’un coup et les retombées de la météorite cause d’importants changements climatiques qui fait réaliser à la protagoniste que l’humanité n’en a plus pour longtemps. Commence alors une course (mais où tous les pays collaborent) vers l’espace contre le réchauffement climatique qui tuera une bonne partie des formes de vie sur Terre.

La protagoniste est une calculatrice, une des mathématicienne/ingénieure qui s’occupe de calculer les trajectoires, vérifier les maths, etc. avant l’arrivée des ordinateurs tels qu’on les connaît aujourd’hui. À la suite de la participation à une émission télé pour enfant, on lui accole le titre de « Lady Astronaut » et cela la poussera à vouloir devenir astronaute, et à la pousser à promouvoir le droit des femmes de le devenir surtout s’il faut coloniser une autre planète!

Le roman parle donc beaucoup de la discrimination envers les femmes, mais aussi envers les juifs et la population racisée aux États-Unis. Plusieurs scènes montrent des personnages ouvertement sexistes ou ne sachant tout simplement pas quel comportement adopté dans une période (années ’50) où la ségrégation se fait encore terriblement sentir (et cela encore aujourd’hui, mais passons). La protagoniste doit donc redoubler d’effort, malgré d’immense talents « naturels » pour se faire accepter comme astronaute et doit aussi lutter contre son anxiété qui lui cause son propre lot de souci.

L’attention aux détails est vraiment fascinante (j’ai envie de redevenir astronaute comme quand je voulais le devenir dans mon jeune temps, mais c’est trop tard 😦 ), l’auteure explique dans ses remerciements d’où la plupart viennent (se mettre dans la peau d’une ordinateur/astronaute n’est pas un simple exercice de projection), mais certaines descriptions en valent vraiment la peine et donne vraiment l’effet d’y être parfois. Le jargon est parfois utilisé, mais on comprend toujours ce qu’il se passe donc l’effet et le message passent très bien côte à côte.

La description du mari parfait est légèrement un peu over the top, mais ça reste un beau modèle (supportive, caring & understanding). L’autre mini-détail qui m’a accroché sont les dialogues en français qui ne semble pas avoir été relus, j’espère que la version finale (j’ai reçu un service de presse) aura corrigé ces erreurs parce que je ne comprenais même pas ce qu’il se disait…

Le roman pourrait évoquer un peu les véritables personnages de Hidden Figures (que je n’ai pas lu ou vu), l’auteure évoque son influence positive pour vraiment aller de l’avant avec ces figures, mais la rédaction du roman pré-date la sortie du livre, ce n’est donc vraiment pas une copie ou une tentative de s’approprier du succès; c’est dans l’ère du temps.

N’importe qui d’intéressé·e par l’espace, les fusées, l’expérience d’une ordinateur, ce livre est définitivement pour vous. Je recommande toutefois un 14-15 ans (?) à cause du contenu sexuel à la fin de quelques chapitres (et honnêtement, c’est un peu répétitif, on aurait facilement pu en couper la moitié).

Herland (1915) par Charlotte Perkins Gilman

Ma critique complète sur mon blog

Lagoon (2014) par Nnedi Okorafor

Par un·e de mes auteur·es préféré·es, mais pas nécessairement mon roman préféré.

On suit le parcours de plusieurs habitants de Lagos qui ont tous leurs défauts, leurs qualités aussi parfois, qui se retrouvent au cœur de l’arrivée d’extraterrestres dans la ville. Ceux-ci ont-ils des intentions pacifiques ou non, je ne gâcherais pas, mais ça dépend vraiment de qui les voit et de ce que les différents personnages pensent que les aliens peuvent apporter à la ville ou à eux-même.

Un roman donc avec une pluralité assez importante de point de vue sur un même événement.

C’est aussi un peu un roman d’origine de super-héro·ïnes, je ne nommerais évidemment pas lesquels, ça devient assez rapidement une évidence, mais plusieurs personnages se découvrent des pouvoirs ou surtout, apprennent à composer avec les pouvoirs qu’illes savaient avoir, mais n’oser pas utiliser souvent par peur.

Assez clairement un petit hommage à O. Butler (série Parable) avec toutes les discussions autour du changement, d’embrasser le changement, d’accepter le changement et qu’il est inévitable. Autant chez les humains, que chez les animaux (leur traitement est vraiment intéressant dans ce roman!!).

Finalement, le dernier chapitre est juste vraiment très intéressant comme réflexion sur la figure auctoriale et son implication dans le monde, en plus de faire vraiment sourire quand même.

Bref, un roman qui prend beaucoup beaucoup de perspective (ce qui peut rendre la narration parfois un peu complexe), tourne énormément autour de la ville de Lagos, de ses lieux et ses habitants, plusieurs clins d’œil à droite à gauche, bref, un bon roman d’une excellente auteure.

Bandes dessinées et mangas

My Lesbian Experience with Loneliness (2017) par Kabi Nagata

Lire ce manga était définitivement une expérience en soi, une expérience que je n’ai jamais eu l’occasion d’avoir avant. L’entrée dans l’intimité, la maladie mentale, la dépression, la peur, la solitude, etc. de la protagoniste était vraiment bouleversante, profonde et transformatrice pour moi. Oui, j’ai souvent lu des courtes BD, des nouvelles, voir des émissions TV, etc. sur le sujet, mais je dois avouer qu’un manga complet sur le sujet, dans toute l’intimité de l’autrice, c’est une expérience complètement différente.

Dans ce manga, l’autrice raconte les difficultés qui vont en grandissant de socialiser, de trouver sa place dans la société et de se conformer à des normes sociales (et énormément familiale) et sa descente dans une dépression qui lui fera tout perdre. Elle changera progressivement et se tirera de sa dépression très lentement lorsqu’elle décidera d’avoir une relation sexuelle avec une travailleuse de sexe et de coucher sur papier ses sentiments et expérience. Devant le succès et de la relation sexuelle (plutôt mitigée tout de même), mais aussi surtout de son manga, elle tirera des leçons et poursuivra son travail de mangaka avec une nouvelle perspective sur sa vie et le désir de détruire les attentes familiales qui pesaient sur elle et sa santé mentale.

Outre ce cheminement de la protagoniste et auteure, il y a aussi une énorme critique des attentes sociales et familiales qu’elle met complètement en morceau à travers la narration (et sans faire la critique directement) et accuse à sa manière d’être responsable de sa dépression. Il y a aussi une autre grande critique du système éducatif japonais, mais aussi de l’énorme manque d’éducation sexuelle qui pousse à tellement de mésinformations et de problèmes lors des rapports sexuels pour les femmes qui ne connaissent au final même pas leur vulve, vagin ou système reproductif, ni leur corps et ce qu’il est capable de faire et d’expérimenter. J’ai trouvé les critiques extrêmement justes, précises et incisifs sans être moralisante ou sortir du cadre narratif ce qui est un grand exploit en soi.

La seule critique que je fais du manga et qui vient tout de même teinter ma lecture est la description un peu naïve de deux relations sexuelles avec des travailleuses du sexe. Oui, elle en tirera énormément de plaisirs et d’apprentissage, mais elle détaille et portraitise les travailleuses comme des gens qui désirent fondamentalement prendre soin d’elle et de son corps. Peu importe que cela soit véritable ou non, il y a un détachement à avoir quant au fait qu’il s’agit de leur travail de donner une telle impression et je crois que l’auteure est un peu tomber dans le piège justement d’une certaine fictivité du rapport sexuel perçu comme authentique (ça l’était certainement pour elle toutefois). En contrepartie à tout ça, il y a cependant une critique des médias yuri qui dépeignent de manière beaucoup trop fictives les relations sexuelles entre même genre (mais surtout les hommes) et qui crée des attentes disproportionnées.

Définitivement un grand manga au plan stylistique et de grande importance aujourd’hui. Profondément féministe et critique d’une société hétéro-patriarcale qui ne laisse pas la place aux femmes de connaître leur corps et leur sexualité au point de les rendre malades.

Le pavillon des hommes, Tome 1 (2005) par Fumi Yoshinaga

Excellent manga uchronique qui imagine une période Edo où 1 homme sur 20 survivent suite à une épidémie et où le shogunat est maintenant dirigé par une femme.

Se situant dans un « pavillon des hommes », littéralement un harem constitué d’homme, on suit d’abord l’arrivé d’un nouveau venu pris au milieu d’intrigues politiques assez élaborée puis, vers la deuxième moitié du livre, l’arrivée de la nouvelle shogun, très économe en temps de crise qui va tenter de couper le plus possible dans ce pavillon d’hommes dont elle semble vouloir se départir (entendre réduire le nombre d’hommes dans le harem pour économiser), imaginant aussi ce pavillon comme un reliquat d’une période plus patriarcale (la fin, un à suivre, nous laisse cependant présager que c’est loin d’être aussi simple) tout en se méfiant de ne pas trop se brusquer contre les traditions qui pourraient bien lui coûter dans un jeu politique plus large.

Ma seule est unique critique, et parfois un peu de confusion, est lié au très important nombre de personnages qui, pour le moment, semble venir et partir assez facilement.

Plusieurs idées et thèmes sont explorés dont évidemment les discriminations dont sont victimes les femmes et qui semblent tout de même perdurer, sous une autre forme, même après la disparition de la majorité des hommes et des remises en cause qui peuvent être effectuées.

La gestion administrative, et de ses avantages/inconvénients lors d’un grand bouleversement est aussi amplement exploré dans ce manga.

Mon intérêt s’est cependant particulièrement porté sur la mode et la couture, élément signifiant et progressant du récit qui permette de réfléchir aux personnages, à l’intrigue, mais aussi aux images qui veulent être envoyées, ce que son ignorance apporte pour les personnages ainsi qu’une belle exploration de ses différentes formes à l’ère Edo (plusieurs notes de bas de pages, sincèrement très appréciées, nous permettent d’apprécier encore plus cette exploration).

Anthologie (De la rêverie, De l’humain) (2013) par Moto Hagio

Cette anthologie de 9 mangas de Moto Hagio est divisée en deux tomes: le premier « De la rêverie » avec des mangas plus fantaisiste et de SF (incluant «Nous sommes onze» et sa suite) et l’autre « De l’humain » de facture plus réaliste et souvent beaucoup plus tragique.

Je dois dire avoir été très très agréablement surpris· par cette lecture fascinante, si certains mangas sont beaucoup plus intéressant que d’autres (« La princesse Iguane » étant mon préféré), aucun d’entres-eux n’étaient inintéressants même si l’intrigue se devinait assez facilement (« Le petit flûtiste de la forêt blanche), son style de dessin est vraiment très beau, on voit le temps mis à créer et des univers, et le scénario et le dessin.

Les thèmes de cette anthologie couvre vraiment une large portion de son oeuvre, l’édition a clairement privilégié de mettre de l’avant une variété de thèmes et de styles de l’auteure plutôt que tous ses classiques (ex: « Poe no Ichizoku » n’est pas dans cette anthologie). Cette lecture toujours très fluide, elle prend souvent le temps d’expliquer ce qu’il se passe à travers ses personnages surtout dans ses récits de SF, ses récits plus réalistes sont cependant plus durs à lire puisqu’ils abordent souvent des tabous profonds (matricide, pédophilie) et des thèmes qui n’étaient pas nécessairement facile à aborder pour certains contextes: homosexualité enfantine, mariage arrangé, hermaphrodisme (dans la nouvelle de SF, un personnage d’une planète peut « choisir » son genre après un certain âge bien que la société le lui impose plus souvent qu’autrement). Son écriture est définitivement féministe et engagé et critique de beaucoup de relation de pouvoir (mariage arrangé, métiers réservés aux hommes, répression de l’homosexualité, désir, parents n’aimant pas leurs enfants, etc.); certaines idées peuvent parfois nous surprendre cependant, et on se demande si c’est l’auteure qui le pense ou non pas plutôt certains de ses personnages qu’on pourrait penser plus conservateurs.

Quoi qu’il en soit, je n’hésiterais pas du tout à recommander amplement cette anthologie (vraiment pas chère en terme de qualité et quantité bien honnêtement) à quiconque désire s’introduire au manga en général: la variété de thèmes et histoires abordées (d’une histoire durant la seconde guerre mondiale en France avec un enfant assassin « Le coquetier » à un space opéra mettant en scène des personnes hermaphrodites, un roi, et tout un assemblage de personnage « Nous sommes onze ») ainsi qui le style de l’auteure est certainement une magnifique porte d’entrée au genre.

L’art de la vulve, une obscénité ? (2016) par Rokudenashiko

Rokudenashiko est l’artiste derrière la numérisation de sa vulve qui a organisé une campagne de sociofinancement pour financer la réalisation d’un canot en forme de vulve, de plusieurs expositions ainsi que de plusieurs objets dérivés en forme de vulve. Elle ne se cache pas de tenter banaliser le mot Manko (vulve) qui, contrairement au pénis, est considéré comme vulgaire au Japon et les gens (surtout les vieux schnocks pour l’artiste) s’offusquent à l’entendre prononcer, encore plus à le voir.

Dans ce livre (composé de trois mangas +/- distincts, de capsules info, d’une entrevue entre elle et Sion Sono et de plusieurs courts textes), Rokudenashiko raconte son emprisonnement et son jugement pour « obscénité » par la police japonaise à cause d’une loi contre l’obscénité tellement vieille qu’elle avait, lors de sa dernière utilisation, censurée, brièvement, L’Amant de lady Chatterley (de D.H. Lawrence), un roman qui se retrouve dorénavant dans les librairies japonaises.

L’artiste et mangaka raconte dans le premier manga l’immense surprise lors de son arrestation qui semblait complètement irréel au point où elle ne pouvait que penser à quel point ça ferait un excellent manga. Elle commence toutefois a déchanté en prison alors qu’elle réalise les horribles conditions de détention (espace, nourriture, mensonges, déshumanisation [appelée par un numéro], hygiène, etc.) et l’obsession de la police à son égard. Tout ça est raconté toutefois avec un grand humour qui se reflète même dans les moments les moins joyeux pour l’artiste qui arrive à soulever l’absurdité de la situation et à en rire plutôt que de se laisser avoir. Le manga est divisé en court chapitres entrecoupé de textes et photos d’une page chaque précisant parfois des éléments évoqués dans un chapitre qui pourrait être moins connu pour un public non-japonais (par exemple, la légende d’Urashima Taro ou la chanson Say Yes) ou plus informatif (le système de justice japonais, la pétition demandant la libération de l’artiste, le travail de Rokudenashiko, etc.).

Le deuxième manga s’attarde sur le parcours de l’artiste depuis sa jeunesse, et comment elle est devenue l’artiste qu’elle est aujourd’hui. Beaucoup plus proche d’une autofiction (autobio)graphique, plusieurs critiques sont tout de même adressée à la société japonaise, à la compétitivité dans le milieu de l’édition qui ne semble pas intéressé par le sort de leurs auteur·es, mais aussi les bons moments qu’elle a vécu notamment à travers la découverte par un public de son travail et la nécessité de celui-ci pour beaucoup de femmes.

Le troisième et dernier manga est plutôt sous la forme d’une allégorie avec une manko personnifiée qui repasse à travers les étapes de la narratrice des deux autres mangas, d’une jeunesse refoulée où elle ne peut s’exprimer à une vie adulte où elle s’affirme, avec les mêmes charges politiques et militantes.

J’ai découvert l’artiste peu avant son arrestation, mais après sa campagne de sociofinancement pour son manko-kayak et j’ai suivi quelques moments de sa vie par la suite, mais ce livre m’a définitivement beaucoup appris et sur le tabou associé à la vulve au Japon (elle est flouée dans toutes ses représentations en plus d’être considérée comme un mot vulgaire), mais aussi les conditions de détentions dans ce pays (quelques capsules informatives complètes le portrait graphique de l’autrice). Outre le politique du texte, le récit est aussi très maîtrisé, balançant l’informatif, le comique, le drame et les dénonciations au sein parfois d’une même page. C’est définitivement drôle, mais on ne peut s’empêcher d’être horrifié·e par le traitement qui lui est réservé.

En plus d’être un livre essentiel dans la banalisation de la vulve dans l’espace publique, c’est aussi un super manga qui raconte le parcours d’une artiste qu’on a tenté de censurer pour justement vouloir lever les tabous entourant le corps des femmes. À lire!

Ouvrages qui m’ont très agréablement surpris

Québec

La formation d’une culture élitaire dans une ville en essor : Joliette, 1860-1910 (2018) par Lysandre St-Pierre

J’ai pris cet essai aux Les éditions du Septentrion surtout pour en apprendre un peu plus sur un sujet dont je connaissais absolument rien (le titre évoque très bien son contenu), pensant très honnêtement qu’au mieux j’en apprendrais un peu sur Joliette et le développement urbain. J’avoue que cet essai a vraiment dépassé mes à priori sur le livre.

À travers quatre chapitres (comment l’élite se forme et quelles lieux elle investit, sur l’éducation de l’élite et la (re)production de rôle hyper genrés, la maison et l’aménagement, et finalement la création d’une honorabilité et de lieux « publics » où la jouer), Lysandre St-Pierre effectue un fascinant tour d’horizon critique de cette élite bourgeoise dont le seul objectif semble être de reproduire ses propres codes d’une génération à l’autre (tout en s’assurant évidemment de dominer sur des classes « inférieures »). Le chapitre sur l’éducation m’a évidemment beaucoup plus interpellé que les autres, notamment en ce qui a trait aux différences de genres, au cantonnement des femmes dans un rôle de mère et d’hôte de soirée (bien que vers la fin, on voit émerger une association de femme, mais elle est créé pour que les rencontres soient vraiment fixes juste avant le souper familial). L’homme est aussi élevé dans ces carcans très serrés et des milliers de conseils viennent le « guider » dans le choix d’une épouse qui doit évidemment correspondre parfaitement à cet idéal bourgeois et dont il a la responsabilité morale d’exercer une autorité sur elle dans lequel cas où elle dévierait de ce rôle. Si une femme ne pouvait tenir se rôle, il lui restait le couvent où l’appellation de vieille fille (ce qui n’était pas une bonne chose).

On voit aussi comment les journaux de la ville avait la fonction de renforcer cette domination auprès de la population, mais aussi de donner le ton aux valeurs qui devaient être vues au sein de la bourgeoisie (au risque de ne pas être vraie, mais l’impression était définitivement plus important que les actes) à l’aide d’article, de compte rendu de soirée, d’invitations à des spectacles ou des lieux (réservés, plus souvent qu’autrement, à une élite restreinte), mais aussi à travers les notices nécrologiques (où l’épouse est aussi ramenée à son mari qui, dans un exemple donné, prend la moitié de la place de la notice nécrologique alors qu’il est mort depuis une vingtaine d’année!).

Bref, un super essai sur la constitution d’une soi-disante « élite », comment elle fait pour tenter d’asseoir sa domination à l’aide d’un discours de respectabilité, de charité, de lieux privés, des journaux de la ville, de l’éducation, mais jusque dans l’établissement d’une architecture commune à tous les bourgeois avec des pièces qui les distingue.

Plusieurs cartes, plans, photos viennent aussi agrémenter cet essai et donner un aspect plus visuel aux sections qui peuvent être parfois un peu plus abstraite (surtout en ce qui concerne l’aménagement et le décor de la maison).

Définitivement une lecture qui se dévore!

Jeanne Lapointe : artisane de la Révolution tranquille (2013) (collectif)

C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai lu ce recueil d’hommage à Jeanne Lapointe dont je n’avais jamais entendu parler avant d’ouvrir ce livre (peut-être évoqué ça et là, mais hélas, je n’en avais jamais retenu le nom). J’ai été évidemment intéressé par le nom de Louky Bersianik sur la couverture et la quatrième de couverture me semblait suffisamment intéressante pour que je me décide à le lire au complet.

J’ai découvert une femme très active dans les milieux féministes et littéraires, et qui effectuait surtout ce travail de l’ombre de critiquer, discuter, rédiger des documents collectifs, bavarder, inviter des gens à des partys, rencontres, discussions, etc. tout en animant et discutant amplement. C’est du moins souvent le constat et le souvenir qu’en avait les nombreux écrivain·es et intellectuel·les qui témoignent.

J’ai appris l’existence de cette femme qui a autant énormément aidé à la rédaction du rapport Parent (et dont elle a introduit les membres à des cours de dynamique de groupe!!!) et radicalement militante de fauche, mais qui a aussi participé à la commission Bird, qui a fait des critiques littéraires, aider financièrement Anne Hébert alors qu’elle traversait des passes plus difficiles (elle est même allée lui porté une dinde et un sapin en France juste pour elle!!!). C’est une enseignante qui donnait et prêtait beaucoup de livres et poursuivaient les discussions de classe jusqu’à tard (en achetant de la pizza pour les élèves!!!). Elle adorait aussi manger des plats qu’elle ne connaissait pas ce qui a définitivement donné, pour moi, une passion pour cette intellectuelle. Elle ne se contentait pas non plus de critiques anti-cléricale à ses débuts (surtout pour le rapport Parent et la fin des écoles confessionnelles), implications et créations de milieux littéraires et artistiques féministes au Québec, mais partait aussi militer au États-Unis dans des manifestations pour les droits civiques des africains-américains. Bref, une femme de toutes les luttes, très généreuse de sa personne (je me posais quand même beaucoup de question sur d’où vient une partie de cette fortune), mais qui œuvrait sciemment dans l’ombre et à probablement achever de la faire disparaître à sa mort pour les générations suivantes s’il n’était pas des expositions ou de ce livre hommage.

Une féministe à redécouvrir et elle est maintenant sur mon radar, je ne la laisse plus partir.

Polatouches (2018) par Marie Christine Bernard

Entre un roman qui parle de recherche de soi et d’identité et un roman d’horreur; ce livre aborde frontalement des questions d’identités (autochtones, lesbiennes) dans des contextes qui peuvent être très difficiles pour les personnages qui doivent faire face à des préjugés et de la discrimination.

C’est aussi une histoire d’horreur qui s’inspire, je n’en dirais certainement pas trop (c’est là une des intrigues du livre), d’une légende des premières nations dont je trouvais l’absence consternante dans la littérature « générale ». Cette adaptation est pleine de sensibilité et de respect et se mêle avec brio avec la partie beaucoup plus humaine du récit.

Le livre était accrochant, humain et touchant. Un bon récit au fond que j’ai vraiment dévoré d’une traite.

International

The Ghost Brush (2010) par Katherine Govier

Ma critique complète sur mon blog

Égalité des hommes et des femmes (1622) par Marie de Gournay

Une superbe préface de Milagros Palma qui s’attarde à parler des processus d’exclusions des femmes de la littérature ou des prétentions littéraires (notamment au sein de l’Académie en citant Alain Décaux qui se prétend historien objectif, mais rejette Marie de Gournay des canons littéraires parce que selon lui, elle était moche [oui, oui, c’est la raison de son rejet d’un essai de 1980]).

Les deux textes de Gournay sont aussi excellent à souhait. L’Égalité des Hommes et des Femmes est une défense assez classique dans son genre (bien qu’une des première) citant à profusion des philosophes et théologiens, mais avec son lot de piques ça et là qui agrémente définitivement la lecture.

C’est cependant le Grief des Dames (1626) qui parle notamment des processus d’exclusions des femmes des prétentions littéraires de l’époque qui m’a le plus surpris.

À propos de quoi, je tombai l’autre jour sur une Épître liminaire de certain personnage, du nombre de ceux-là qui font piaffe de ne s’amuser jamais à lire un Écrit de femme!

Non seulement la démonstration en est une qui est encore faite aujourd’hui (d’où la préface), mais l’impertinence (dans le sens de « sassy » en anglais) avec laquelle elle fait cette démonstration est incroyable!

Remarquons en ce discours que non seulement le Vulgaire des Lettrés bronche à ce pas, contre le sexe féminin, mais que parmi ceux mêmes, vivants et morts, qui ont acquis quelque nom aux lettres en notre Siècle, je dis, parfois sous des robes sérieuses; on en a connu qui méprisaient absolument les Oeuvres des femmes, sans se daigner amuser à les lire, pour savoir de quelle étoffe elles sont, ni recevoir avis ou conseil qu’ils y peuvent rencontrer : et sans vouloir premièrement informer s’ils en pourraient faire eux-mêmes qui méritassent que toute sorte de femmes les lussent. Cela me fait soupçonner, qu’en lisant les Écrits des hommes mêmes, ils voient plus clair en l’anatomie de leur barbe, qu’en celle de leurs raisons […].

C’est vraiment, en plus d’une impeccable démonstration, encore une fois très appuyée, remplis de traits d’esprits et d’une belle humeur qui nous présente une Marie de Gournay en pleine possession d’un ethos impitoyable envers une masculinité qui n’a aucun égard pour les femmes.

Après avoir lu ces deux textes, j’ai juste envie de la sacrer comme sainte patronne des écrivaines féministes et de tout lire d’elle (mais évidemment, à part ces deux textes, rien d’autre d’elle n’est réédité, l’histoire ne change pas).

It’s Complicated: The Social Lives of Networked Teens (2014) par Danah Boyd

Les réflexions sur le numérique, son utilisation et sa continuité de la simple expérience non-virtuelle sont des réflexions qui m’intéressent toujours énormément. Je n’ai pas souvenir de pourquoi j’avais noté ce livre là, probablement une vidéo qui l’évoquait en passant, mais je l’ai acheté et je ne le regrette pas une seule seconde.

À travers plusieurs enquêtes effectuées auprès des jeunes dans les dernières années (en parle d’avant 2014 alors que MySpace était beaucoup plus utilisé que Facebook, mais dont la migration commençait à se faire sentir très fortement et les deux plateformes étaient plutôt en concurrence), l’auteure explore l’utilisation du numérique et de ses plateformes chez les jeunes en démystifiant beaucoup BEAUCOUP d’idées reçues. « Même moi », je me suis surpris à reproduire quelques mythes (notamment que les jeunes qui seraient plus « native » au numérique que la génération dite « migrant » sur le numérique), mais aussi quand aux raisons qui poussent les jeunes à se tourner vers le numérique (l’interdiction des parents de sortir par peur de prédateurs, couvre-feu, etc. poussent souvent les jeunes à se retrouver sur les réseaux sociaux car, ne peuvent se retrouver en « vrai »).

À travers plusieurs chapitres, elles couvrent de manière très intéressante les questions identitaires chez les jeunes face au numérique, au privé (autant en terme de connaissances des outils pour rendre sa présence plus privée, questions très discutées aujourd’hui que le manque d’outil et d’instruction quant à déceler certaines choses), la « dépendance » aux réseaux sociaux, les supposés danger de prédateurs en ligne (et ce qu’il en est réellement, et quelle sont les véritables menaces en ligne), mon chapitre préféré était définitivement sur l’intimidation, mais elle déconstruit aussi le mythe du numérique comme grand égalisateur entre les classes sociales et les ethnies et finalement, elle s’attarde à la question des « digital natives ».

Bref, un très gros programme qu’elle attaque en se servant beaucoup des entrevues faites avec les jeunes pour réfléchir à l’impact très personnel, sans éviter toutefois de se référencer à la théorie et aux statistiques. Le chapitre sur les prédateurs est certainement très complet à cet égard et démontre l’importance pour son auteure de vouloir recentrer radicalement le débat pour éteindre les « paniques morales » et s’intéresser aux vrais problèmes, qui sont en fait des problèmes sociaux pas propres au numérique.

Il s’agit aussi bien d’un livre grand public qui peut démystifier énormément de préjugés et d’angoisse pour les parents (surtout) de jeunes et d’enfants, mais les fans d’essais en auront définitivement pour leur intérêt avec une panoplie de réflexions et témoignages intéressants qui sont amenés. Je pense sincèrement que tous les parents devraient lire ce livre, il est aussi très informatif pour soi.

8 choses à savoir sur les remboursements à l’Aide Financière aux Études (AFE)

Vous venez, vous êtes sur le point ou vous comptez terminer vos études un jour? C’est un excellent prétexte pour célébrer et toutes mes félicitations!! Ce que vous allez moins apprécier cependant, ce sont les remboursements du prêt de l’Aide Financière aux Études (AFE) qui peuvent vous réserver des surprises de taille assez monumentale (pour utiliser un euphémisme).

Voici donc 8 éléments, qui furent toutes des surprises pour moi (bien que je pensais avoir fait pas mal de recherches sur le sujet), que vous devriez savoir avant de contracter un prêt envers l’AFE ou juste avant de commencer à le rembourser. Connaître ces points peut vous permettre de planifier votre remboursement de manière beaucoup plus réaliste ou au moins de prévoir une plus ou moins longue période à ne pas pouvoir manger autant de légumes frais que vous aimeriez.

1-L’AFE ne cesse de recalculer le montant de votre prêt et de votre bourse (pour le meilleur et pour le pire)

Lorsque vous appliquez pour les prêts et bourses, c’est appliquer pour voyager dans des montagnes russes: des fois, vous aurez pas mal de bourses, d’autres fois, beaucoup de prêts dont vous ne semblerez pas voir la fin. Et peu importe comment le gouvernement le calcule, combien de temps vous travaillez et étudiez, ce calcul ne fera jamais aucun sens. Et ce, peu importe le simulateur que vous choisissez puisque trop de facteurs entrent en compte dans votre calcul et qu’un simple oubli de votre part d’un facteur pourra grandement influencer la demande (par exemple, pour chaque dollar gagné, le gouvernement en retire la moitié en bourse)

Il est donc important de savoir cependant que le montant accordé en prêts et bourses ne cessera d’osciller pour ce que vous considérerez aucune bonne raison de votre côté, et ce même avant que vous ne déclariez vos revenus après la fin d’année! Vous aurez donc le choix de passer des heures au téléphone et écrire des courriels sans réussir à comprendre leur nouveau calcul ou vous laisserez tout simplement tomber en espérant fort que l’AFE n’est s’est pas réellement trompé dans ses calculs si le nouveau calcul ne vous avantage pas. D’expérience toutefois, ce montant semble cependant rarement dépasser 1 000$ de bourses qui se transforment en prêts.

2-Vous payez une assurance sur le remboursement du prêt

OUI! Non seulement vous allez devoir rembourser le prêt et les intérêts sur le prêt, MAIS EN PLUS vous devrez payer l’assurance prêt qui se situe autour de 0,7% de plus par année sur votre prêt. Un beau moyen pour les banques et caisses de s’enrichir encore plus sur le dos des prêts étudiants!

3-Rater un paiement vous coûtera plus de 80$

Vous ratez un paiement? Pas grave, vous n’avez qu’à payer 85$ de frais!! Votre banque ET le gouvernement vont vous réclamer de l’argent. Inutile de préciser que ça affectera aussi votre dossier de crédit 😉

4-Votre retour d’impôt mensuel sera amputé de moitié

Et oui, l’argent que vous devez au gouvernement empêchera les retours d’impôts qui vous sont dus chaque mois et qui vous permettent de joindre les deux bouts puisque vous êtes encore en train de vous chercher un emploi ou que vous avez un emploi au salaire minimum et que vous avez déjà commencé vos remboursements de 200-300$/mois.
Pour être bien honnête, ce montant n’est déduit que si vous avez deux dettes d’étude en même temps suite à un recalcule. Ce qui m’amène au point suivant:

5-Vous pourriez être obligé·e de payer deux dettes d’étude en même temps!

Lors d’un recalcule, s’il n’est pas à votre avantage (et il semble ne pas l’être souvent) et que vous avez terminé vos études, vous pourriez être dans l’obligation de rembourser deux dettes en même temps! Vous pouvez, en effet, choisir le montant de vos remboursement, mais pour une erreur de 1000$, vous voudrez probablement vous en débarrasser le plus rapidement possible pour payer votre 15 000$ restant (chiffre moyen pour un programme universitaire de deux ans, ça peut aller jusqu’à, en moyenne, 41 000$ pour le doctorat).

Je vous laisse cependant sur trois choses très positives à savoir pour compenser ces mauvaises nouvelles:

6-Il est possible de changer le montant des versements!

Il faut simplement parler avec un représentant qui s’occupe des prêts de votre banque ou coopérative financière. J’ai créé un tableau de remboursement des prêts qui calcule automatiquement la durée de remboursement des prêts en fonction du montant à rembourser, du taux d’intérêt et du montant que vous allez rembourser par mois.

Capture d'écran du tableau de remboursement des prêts

Capture d’écran du calculateur de remboursement des prêts, il faut simplement entrer vos chiffres dans les cases vertes, le reste se calcule automatique.

7-Vous n’êtes pas obligé·e de les rembourser dès la fin de vos études (6 mois)

Le gouvernement va payer les intérêts pendant les 6 premiers mois, ou plus si vous êtes dans une situation précaire (et vous n’aurez pas à les rembourser!).

8-Vos intérêts versés sur la dette sont déductibles d’impôts!

Je n’ai aucune idée de comment ça fonctionne dans les faits, mais Stéphanie Grammond l’écrit donc ça doit être vrai! (le reste de l’article peut être assez paternaliste, je vous l’épargne donc:) « Pour alléger le fardeau des diplômés, les gouvernements offrent un crédit d’impôt de 15% au fédéral et 20% au Québec sur les intérêts versés sur le prêt étudiant. ». À vous donc de réclamer ces centaines de dollars qui vous sont dus chaque année!!

40+ essais féministes incontournables

Une liste non-exhaustive d’essais féministes incontournables (à mon humble avis). Chaque essai est accompagné d’une très courte description qui annonce les éléments importants du texte. Les titres et couvertures sont en français lorsque l’ouvrage est, encore aujourd’hui, disponible dans cette langue. Il est aussi possible de cliquer sur la couverture pour commander le livre à L’Euguélionne, une librairie féministe à Montréal.

Cette liste ne reflète qu’une partie de mon parcours de lectures (bref, exclu, pour l’instant, des classiques comme Davis, Delphy, Dworkin, etc. que je n’ai pas encore lues). Elle tente cependant de ratisser un large éventail d’approches féministes et tenir compte des essais qui ont marqué l’histoire du féminisme. Notez aussi qu’il s’agit là seulement de livres de féministes très majoritairement occidentales.

Introduction aux féminismes

Nous sommes tous des féministes (2014) par Chimamanda Ngozi Adichi Nigéria

Vous n’avez aucune idée de ce qu’est le féminisme ou seulement une très vague impression? Vous êtes encore réticent·e face au mouvement? Ce tout petit livre est pour vous!

Le féminisme québécois raconté à Camille (2008) par Micheline Dumont Canada

HistoirE du féminisme au Québec. Ouvrage de vulgarisation. Recommandé pour les jeunes adultes ou personnes nouvellement initiées au féminisme et désireuses de connaître son histoirE dans la Belle Province.

Premiers ouvrages sur les revendications des droits des femmes

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) par Olympes de Gouges France

Défense des droits des femmes (1792) par Mary Wollstonecraft Royaume-Uni

HistoirE des femmes et du féminisme

Le féminisme (Histoire et actualité) (1972) par Françoise d’Eaubonne France

Une histoire du féminisme (depuis la nuit des temps) et du patriarcat en plus d’un survol et résumé d’ouvrages importants pour le féminisme.

Amazones, guerrières et gaillardes (1975) par Pierre Samuel France

Un bon panorama qui analyse les représentations des femmes «fortes». C’est vraiment un panorama de femmes historiques à partir duquel on peut partir d’autres recherches si on a envie.

Histoire du féminisme français du Moyen Age à nos jours (1977) par Maïté Albistur France et Daniel Armogathe France

Un livre d’histoire qui s’attarde beaucoup à la production de discours proto-féministes à l’écrit par les femmes et les hommes et l’évolution de ces discours. S’attarde régulièrement sur certain·es auteur·es et un beau panorama de la littérature féministe.

L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles (1982) par le collectif Clio Canada

Où vous apprendrez entre autres que les femmes avaient le droit de vote au XIXe siècle au Québec, mais qu’on leur a retiré. Pas une histoire qui se concentre exclusivement sur le féminisme, mais on l’aborde de plusieurs manières.

Femmes de la rive gauche; Paris, 1900-1940 (1987) par Shari Benstock États-Unis

Un ouvrage extrêmement fascinant sur la vie littéraire, artistique et social de plusieurs femmes lesbiennes de la Belle Époque très différentes l’une de l’autre. D’Anna de Noailles à Colette et Gertrude Stein en passant par Renée Vivien, Anaïs Nin et Nathalie Barney (et tellement tellement plus).

Naissance d’une liberté (Contraception, avortement: le grand combat des femmes au XXe siècle) (2001) par Xavière Gauthier France

Histoire de l’avortement et de la contraception en France. Vers la fin, elle élargie cette recherche à l’Europe.

Brève histoire des femmes au Québec (2012) par Denyse Baillargeon Canada

Si quelqu’un·e pense que le Québec fut un matriarcat, lisez ce livre. Bien que très bref (on reste sur notre faim), l’ouvrage aborde surtout l’histoire des femmes sous l’angle de la démographie, du travail des femmes, de la religion et des lois gouvernementales.

La bataille de l’avortement; Chroniques québécoises (2016) par Louise Desmarais Canada

Histoire de l’avortement et un peu de la contraception au Québec. Deux manières de lire le livre, par le récit historique et/ou la lecture des dates et événements important·es disposé·es dans une chronologie.

Ni vues ni connues : Panthéon, histoire, mémoire : où sont les femmes ? (2018) par le collectif Georgette Sand France

Ce panorama se pose la question de comment ont été exclues et invisibilisées les femmes dans l’histoire à l’aide de 75 entrées de 2 pages (+ une illustration) qui s’attardent sur des aspects biographiques de la personne survolée, tout en la célébrant et lui redonnant la place qu’elle avait dans l’histoire.

Les essentiElles

Herland (1915) par Charlotte Perkins Gilman États-Unis

Une fiction que j’inclus car l’écrivaine, sociologue et féministe culturelle élabore une utopie où elle propose sa vision idéale du monde et critique le monde patriarcal. On voit pointer des considérations écoféministes avant la lettre: un respect de la nature et de l’agriculture, une spiritualité matriarcale entourée d’une imaginaire de non-violence prônant l’égalité sans divinité. Aussi, une proposition d’éducation des enfants alliant jeux, développement et apprentissage à son grès et ses intérêts ainsi qu’une conception intéressante de la maternité (incluant la prise en charge de l’éducation par les pères).

Un lieu à soi (1929) par Virginia Woolf Royaume-Uni

Un très bel essai sur la fiction des femmes, avec une profonde recherche historique, qui démontre la nécessité pour une femme d’avoir un lieu à soi et un revenu à elle pour pouvoir écrire.

Le Deuxième Sexe (1949) par Simone de Beauvoir France

Peu importe ce qui vous intéresse dans le féminisme, le Deuxième Sexe est définitivement un incontournable. C’est un des classiques de la littérature occidentale qui remet en question un bon nombre de présupposés de la société sur les femmes et développe le concept de l’altérité.

The Feminine Mystique (1963) par Betty Friedan États-Unis

Une vaste enquête sociologique recensant autant des témoignages de ménagères que des analyses de la littérature, la publicité et la psychologie qui véhiculent l’idée que la ménagère est le rôle ultime de la femme américaine ainsi que des répercussions dévastatrice que cette « mystique » a sur les femmes. D’immense points aveugles toutefois: limite homophobe et porte uniquement sur les femmes blanches.

SCUM Manifesto (1967) par Valerie Solanas États-Unis

Manifeste pour l’extermination de la moitié de la planète.

Sexual politics : La politique du mâle (1970) par Kate Millett États-Unis

Essai portant sur la représentation d’hommes et de femmes dans des romans et des pièces de théâtre (incluant Jean Genet, D. H. Lawrence et Freud). C’est un des premiers ouvrages du genre et offre une analyse littéraire féministe impeccable à mon humble avis. Il y a aussi une partie du livre consacré à l’explication de la société patriarcal. Lecture attentive ou niveau universitaire recommandé.

The Dialectic of Sex  (1970) par Shulamith Firestone Canada

Analyse sur les femmes comme classe sociale (ou non?) et les rapports de dominations entre les sexes et ethnies. Un des livres fondateurs du féminisme radical matérialiste. Réfléxions très intéressantes sur les progrès technologiques et la cybernétique et ce que ça peut apporter aux femmes. Niveau universitaire recommandé.

Sorcières, sages-femmes et infirmières (1972) par Barbara Ehrenreich États-Unis et Deirdre English États-Unis

Réflexion sur les femmes et le métier d’infirmière, de la chasse aux sorcières à aujourd’hui, et de l’accaparement de la médecine par les hommes et la violence.

Le Féminisme ou la Mort (1974) par Françoise d’Eaubonne France

Sur l’écoféminisme (Françoise d’Eaubonne forgea probablement le terme dans cet essai) et le patriarcat.

Naître d’une femme; la maternité en tant qu’expérience et institution (1976) par Adrienne Rich États-Unis

Réflexion approfondie sur l’enfantement, la maternité et la femme, sociologique, historique, mais aussi personnelle. À la suite des réflexions anthropologiques de Mead et Bachofen sur les sociétés matriarcales, mais aussi d’English et Ehrenreich où Rich suit un parcours historiques et juridiques de la prise en charge de l’enfantement et de la théorie, des méthodes de travail par le patriarcat et les hommes et la dépossession de l’enfantement au corps médical reléguant le statut de sage-femme à celui de sorcière. Elle parle aussi des violences obstétricales.

Les femmes avant le patriarcat (1977) par Françoise d’Eaubonne France

Qu’est-ce que le patriarcat et analyse de mythes fondateurs de nos sociétés.

Ne suis-je pas une femme? (1981) par bell hooks États-Unis

Essai très accessible qui parle des difficultés, de l’oppression et de la marginalisation des femmes noires en critiquant un féminisme «blanc» qui peine à reconnaître l’intersectionnalité des oppressions.

Rêver l’obscur: femmes, magie et politique (1982) par Starhawk États-Unis

Sur une spiritualité (éco)féministe. Aussi, un essentiel pour penser et agir les dynamiques de groupes féministes.

In Search of Our Mothers’ Gardens (1983) par Alice Walker États-Unis

Un recueil de textes et articles, un peu en réponse à Kate Millett et Elaine Showalter sur les écrivaines de littérature afro-américaine et des répercussions et de son importance sur le vécu, mais aussi la société américaine en générale. Grande considération aussi pour l’écriture des femmes noires lesbiennes.

De la marge au centre : Théorie féministe (1984) par bell hooks États-Unis

Des solutions à mettre en place pour rendre le féminisme plus « inclusif » pour les personnes qui ont été historiquement exclues du féminisme de par leur marginalité, leur mécompréhension du mouvement ou encore à cause d’un certain « gate-keeping » de féministes bourgeoises aux réflexions sur plusieurs sujets plus pointus comme la place des hommes dans le mouvement, la (non-)violence, la libération sexuelle, le militantisme vs la théorie, etc.

Manifeste Cyborg (1984) par Donna Haraway États-Unis

Très petit, mais très intéressant. Repense le genre, les corps et formes d’oppressions. Niveau universitaire fortement recommandé.

La pensée féministe noire (1990) par Patricia Hill Collins États-Unis

Analyse des oppressions enchevêtrées que subissent les femmes noires. Collins parle d’emploi, de pauvreté, du regard sur la femmes noires à travers les archétypes ou la pornographie, de maternité, de travail de communauté, de care pour finir sur l’élaboration d’une pensée féministe noire non plus seulement afro-américaine, mais aussi transnationale (en quoi le combat entre les femmes noires américaines et à l’international, à défaut d’être identique, peut recouper plusieurs angles et s’informer l’une l’autre).

Backlash : la guerre froide contre les femmes (1991) par Susan Faludi États-Unis

Essai sur le backlash après les mouvements de libération des femmes des années ’70 (c’est encore excessivement instructif aujourd’hui). Elle analyse les manifestions antiféministes dans les médias, au cinéma, à la télévision, dans la mode, en politique, en littérature, dans les milieux et conditions de travail et dans les campagnes contre l’avortement.

La pensée straight (1992) par Monique Wittig France

Contre l’hétéronormativité et sa naturalité supposée. Pour une valorisation du lesbianisme et un dépassement des catégories hommes-femmes, normatives et aliénantes.

Peau (1994) par Dorothy Allison États-Unis

Un recueil d’articles et essais sur les expériences, le militantisme et la vie de l’auteure, ses engagements et batailles. Très belles réflexions sur le lesbianisme, les «sex wars», l’identité et l’intime.

Caliban et la sorcière : femmes, corps et accumulation primitive (2004) par Silvia Federici Italie

Une analyse matérialiste incroyable entre la croissance du capitalisme et l’oppression des femmes à tous les niveaux (corps, avortement, travail, sexualité, etc.). Absolument essentiel pour comprendre les chasses aux sorcières passées et présentes. Niveau universitaire recommandé.

King Kong théorie (2006) par Virginie Despentes France

Un excellent ouvrage sur la prostitution et le regard masculin. Je pense souvent qu’il s’agit, en terme d’impact et d’effet, du Deuxième Sexe de cette génération.

Black feminism: Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000 (2008) États-Unis

Traduction de textes importants du Black feminism. Pluralité d’approches et vraiment une excellente sélection. Je m’y réfère et le recommande régulièrement.

Linguistique et féminisme

L’Euguélionne (1976) par Louky Bersianik Canada

Ce n’est pas un essai, mais ce récit (hybride) est une des premières réflexions sur la féminisation des noms (de métier entre autres) et les double standards et présente une réflexion très étoffée encore d’actualité.

Les mots ont un sexe (1995) par Marina Yaguello France

Une sorte de mini-dictionnaire avec une centaine de mots. L’auteure regarde les raisons qui motive les choix du genre de tel ou tel mot à travers son histoire et/ou sa sociologie. Un essentiel pour tout linguiste (féministe ou pas) à mon humble avis.

Classiques qui peuvent avoir vieilli un peu

The Female Eunuch (1970) par Germaine Greer Australie

Un des classiques de la représentation des femmes et des stéréotypes dont il faut se départir. Elle y traite un peu de tous les sujets (de l’histoire aux revues féminines en passant par les mythes sur les femmes et les chevaux).

Du côté des petites filles (1973) par Elena Gianini Belotti Italie

Sur l’éducation des rôles sexués chez les enfants et l’importance des modèles dès l’enfance.

Speculum de l’autre femme (1974) par Luce Irigaray France

Réflexion sur la psychanalytique des femmes et remise en question des concepts psychanalytiques mis de l’avant par les fondateurs masculins du mouvement.

Gyn/Ecology The Metaethics of Radical Feminism (1978) par Mary Daly États-Unis

Ouvrage qui propose des discussions importantes et très détaillées (et amplement référencées! pour en savoir davantage) sur différent sujet  : patriarcat, misogynie, sadisme, religions et mythes anti-féministe, mutilation des femmes (pieds bandés, , …), gynocide de sorcières, «thérapies» offerts aux femmes, tokenism, etc. Les introductions au début de l’ouvrage sont complexes et pourrait décourager son lectorat, alors que le reste de l’ouvrage reste accessible.

Autres suggestions notables

La Domination masculine (1998) par Pierre Bourdieu France

Explique, d’un point de vue sociologique, les raisons derrière la perpétuation de la culture patriarcale et la domination masculine. [Pour un homme qui a pris conscience de la domination masculine, il ne cite pas beaucoup de femmes…]

Dictionnaire critique du féminisme (2000) France

Une explication de quelques pages sur une cinquantaine de termes reliés au féminisme. On est plus proche de la forme de l’article que de la définition ce qui rend cet ouvrage intéressant. On reste cependant sur notre faim et certaines définitions sont parfois très surprenantes. Plusieurs partis pris évidents.

Mettre la hache (2015) par Pattie O’Green Canada

Sur l’inceste (témoignage personnel et élargie). Incontournable sur le sujet.

Retour sur les billets de 2017 et souhaits pour 2018

Retour sur 2017

Ce que je n’ai pas réussi en faire en quantité sur mon blog (plein de critique de livres et de listes), je crois quand même l’avoir réussi en qualité et haut la main parfois.
Je n’ai écrit que 6 billets cette année, mais tous très différents en contenu et trois d’entre-eux m’ont certainement pris beaucoup de temps à rédiger et à bâtir les outils nécessaires à leur création.

Premier billet (Social Justice Fantasy)
Une blague élaborée, mais quand même un peu sérieuse, sur les types de social justice warriors (SJW) s’inspirant très fortement des classes de personnages des RPGs.

Deuxième billet (Booktube n°1: Les Sorcières de la République de Chloé Delaume)
Ma tentative de me lancer dans les capsules vidéo de critique de livres
On verra si je retente ça l’an prochain, contrairement à la rédaction de critiques de livres, c’est très long, pour moi, de préparer, de filmer et de monter une capsule vidéo. L’échec d’une deuxième capsule vidéo (40 minutes de tournage qui a simplement donné des fichiers corrompus) n’a certainement pas aidé à me relancer là-dedans.

Troisième billet (Calculer l’absence de marginalités)
J’ai élaboré un outil de calcul statistique en .hmtl (ça m’a permis de me replonger très profondément dans mes mathématiques du cégep), mais j’ai surtout entamé une réflexion sur ce que j’appelle « le calcul de l’absence de marginalité »

Quatrième billet (Répartition femmes/hommes des prix littéraires francophones au Québec)
Des centaines d’heures de travail, peut-être un des billets dont je suis le plus fier· jusqu’à présent, un énorme recensement (qui sera annuel) des tous les prix littéraires québécois et de leur répartition femmes/hommes.

Cinquième billet (Répartition F/H des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2017))
Une mise à jour annuel de la répartition F/H des doctorats honoris causa à l’UdeM; j’ai aussi eu la surprise de voir qu’un groupe avait aussi fait celui de l’UQÀM cette année, j’attends avec impatience le reste des universités.

Sixième billet (Mini-critique : Bloodsilver de Wayne Barrow)
Une mini-critique sur ma lecture du livre de vampire Bloodsilver que je n’ai pas vraiment aimé et le pourquoi de cette réaction.

Du site Internet au blog

J’ai aussi fermé mon site Internet et fait migrer les bibliographies complètes de Françoise d’Eaubonne sur ce blog vu le traffic beaucoup plus élevé sur mon blog. Les consultations semblent avoir augmenté un petit peu, mais ça me permet surtout d’avoir tous mes textes au même endroit.

J’en ai aussi profité pour acheter le nom de domaine du blog.

Statistiques

Mes billets les plus populaires (au niveau des consultations) sont sensiblement les mêmes que les années précédentes.

En première place, l’analyse du poème Nuit Rhénane de Guillaume Apollinaire (2010) qui est clairement très recherché par les étudiant·es en période d’examen (pouvant parfois atteindre 50 vues/jour). Ce billet a reçu plus de 4000 vues cette année.

Ma pages archivant des chansons de manifestations féministes (2016) est en deuxième place et commence à être référée sur d’autres site Internet ce qui est toujours plaisant.

En troisième place, un billet explorant l’histoire du symbole féministe (2015), mon seul travail profond de recherches historiques (excluant les statistiques) et dont je tire une grande fierté.

Le quatrième billet le plus consulté est une liste de 20+ essais féministes incontournables (2015). Je voulais étendre cette recension à 50+ essais cette année, mais il faut croire que ça ira à l’année prochaine.

En cinquième place, La place des femmes dans la Pléiade (2015), un billet explorant l’absence des femmes dans la collection La Pléiade de Gallimard.

Mon billet publié cette année le plus populaire est celui sur la répartition femmes/hommes des prix littéraires francophones au Québec.

biscuitsdefortune.com c’est aussi 71 billets (incluant 34 analyses et critiques), 11 000 vues de pages cette année et 21 000 depuis sa création.

Souhaits pour 2018

Je réfléchis encore à ce que je ferais l’année prochaine, j’espère sincèrement pouvoir faire plus de critiques de livres (une par mois, serait-ce trop demander?), évidemment de continuer à mettre à jour mes bibliographies et mes billets annuels et peut-être trouver un moyen de publier les nombreux simulateurs financiers que j’ai créés depuis 2 ans (reste à voir comment je peux éditer le tout).

Il est possible que j’ajoute de nouvelles pages bibliographiques (autre que sur Françoise d’Eaubonne et la #ggi), mais c’est un travail long et ardu qui nécessite en plus d’être constamment mises-à-jour dans certains cas, nous verrons donc.

Poétique de la Défense de la T/tour, partie 2

Notre série ne tentera pas de faire un historique du genre, d’autres le font déjà, mais plutôt de tenter de comprendre les mécanismes et singularités du jeu afin d’en dégager des réflexions et, parfois, des constats.
– Le premier billet définit le genre et ses caractéristiques principales.
– Le second billet détaille en profondeur les types de tours qui existent en les classant en 13 catégories uniques et en observant les hybrides et variations de ces catégories.

Description des types d’effet des tours

Nous avons recensé 13 catégories de tours que nous détaillons suivant un peu toujours la même règle: ce qui caractérise ce type de tour, les noms qui lui sont généralement rattachés, les éléments à laquelle on la rattache, son utilisation stratégique dans le jeu et des considérations plus générales. En complément à cette liste, nous avons classé les tours d’une dizaine de jeux plus ou moins populaires dans un tableau afin d’illustrer notre propos. Ce tableau est disponible ici.

Finalement, nous jetterons aussi un regard aux variations sur les types de tour soit l’utilisation de tours hybrides, les classes de tour Archer-mage-soldat-canon, les «trappes» et les tours à usage unique.

Le ralentissement :
Affecte l’ennemi en :
– le ralentissant (durée limitée parfois). Ex : Ice Tower, Glue Gunner, Sticky Tower, Ink Tower, Slowing Gem, Slow, Barracks, …
– l’immobilisant (durée limitée). Ex : Stun Tower, Frost Tower, Shocking Gem, Suspend, Stun,…
– lui faisant changer de trajectoire (généralement dans le sens inverse, durée limitée). Ex : Confuse,…
– le téléportant à un point antérieur à son emplacement actuel (utilisation potentiellement infinie). Ex : Teleport,… On peut convenir que cette dernière aurait pu constituer une catégorie à part entière car il ne s’agit pas vraiment d’une diminution régulière de vitesse pouvant aller dans les valeurs négatives ou à zéro (immobilisation), mais on pourrait la considérer comme la conséquence d’une accélération (voir secousse) momentanée extrêmement rapide qui conduit l’ennemi à inversée sa trajectoire, à l’accélérer puis la retrouvé tout aussi rapidement. Elle a cependant été incluse suite à la définition ci-dessous. On peut convenir qu’elle pourrait faire parti d’un genre à part entière si on accepte la distorsion importante de la réalité (téléportation) plutôt que d’en trouver une cause mathématique plausible ce que les jeux ne font jamais : on parle toujours de téléportation.

Ces types de tour sont généralement associés au froid et à l’élément de glace, voir d’eau d’où leurs appellations communes de Ice Tower (ou Frost Tower lorsqu’il y a immobilité) et leur couleur souvent bleue. L’appellation peut aussi relever d’un sémème gluant : Sticky, Glue, Ink. Leur fonction est aussi utilisée pour nommer la tour : Slow/Stun/Teleport Tower.

On parle de ralentissement lorsque l’ennemi prend plus de temps pour atteindre la Tour que son temps ordinaire (en ôtant, bien sûr, son exclusion de la carte causé par sa défaite).

La stratégie d’utilisation de ce type de tour est de la mettre avant les tours les plus puissantes afin qu’elles puissent bombarder plus longtemps un même ennemi. Elle peut aussi être utilisée dans l’attente de fonds, d’une organisation plus importants pour radier l’ennemi de la carte (bref, gagner du temps).

L’attribut du ralentissement remplace souvent sa faible puissance d’attaque.

L’empoisonnement :
Affecte l’ennemi en lui faisant subir une perte de vie constante même hors de portée de la tour, la durée de l’effet peut être permanent ou limité. Ex : Poison Tower, Corrosive Tower, Fire Tower, Splinter Tower, Poisonous Gem, Infector,…

Ce type de tour est souvent associé au feu d’où leur appellation commune de Fire Tower et leur couleur parfois rouge. Leur fonction est aussi utilisée pour nommer la tour : Poison Tower, dans ce cas, la tour prend presque toujours une couleur verte.

On parle d’empoisonnement lorsqu’un ennemi perd d’un attribut (vie, bouclier) sur une période plus longue que son exposition au rayon d’une tour.

La stratégie d’utilisation de ce type de tour est souvent (lorsque l’effet est permanent) de la mettre en début de parcours afin que l’effet puisse effectuer le maximum de dommage avant l’arrivée à la tour. Une autre stratégie est de l’utilisé afin de contourner le bouclier de plusieurs ennemis puissants car l’empoisonnement contourne souvent les boucliers ennemis. Enfin, une dernière stratégie consiste à en mettre un peu partout afin que, bien que le temps d’exposition à la tour ne soit pas très long, l’ennemi accuse des dommages constant tout le long de son parcours. L’effet n’est que très rarement cumulatif (c’est-à-dire que les effets du poison de deux tours s’ajoutent l’une à l’autre), la plus forte tour l’emporte généralement sur l’effet poison.

L’attribut de l’empoisonnement remplace souvent sa faible puissance d’attaque.

L’explosion :
Affecte plusieurs ennemis à la fois en leur faisant subir une partie des dommages que l’ennemi visé par la tour subit, dommages attribuables à la répercussion de l’impact explosif de l’ennemi visé à la bas. À ne pas confondre avec les attaques multiples, les explosions visent un rayon (avant, arrière, haut, bas) autour de l’ennemi, les attaques multiples visent une quantité d’ennemi. Ex : Fire Tower, Bomb Tower, Mortar, Bash Tower, Snap Tower, Cannon Tower, Rocket Tower, Splash, Bombard, Plant Bomb,…

Ce type de tour est généralement associé à l’explosion et à l’effet d’éclaboussement qu’elle engendre (Bomb, Splash, Rocket, Cannon) plutôt qu’à un élément quelconque bien que le Fire Tower peut être relevé. Ses fonctions explosives et d’éclaboussement sont donc généralement utilisées pour nommer la tour. La dénomination Splash Tower semble cependant être la plus courante.

On parle d’explosion lorsque des ennemis, peut importe le nombre, situés dans un rayon donné (donc nécessité de 2D autrement, ce n’est qu’une direction et on parlerais alors d’attaques multiples) subissent une fraction des dommages de l’ennemi visé. Ces dommages peuvent aller en décroissant selon le front de flamme jusqu’à zéro et peuvent dépasser le rayon d’action de la tour; les dommages peuvent aussi être identiques pour tous les ennemis autour bien que le réalisme du jeu peut en souffrir.

La stratégie d’utilisation de ce type de tour est souvent d’attaquer un groupe rapproché d’ennemi. En effet, pour un nombre x d’ennemis, tous les ennemis seront touchés par le coup tandis qu’une tour ordinaire prendra un nombre de tir x pour effectuer les mêmes dommages.

L’attribut de l’explosion ne remplace pas vraiment une faible puissance d’attaque, cependant les effets explosifs sur les autres ennemis peuvent être plus minimal nécessitant plusieurs coups (indirect) pour expulser des ennemis de la carte. Elle peut donc servir à affaiblir ces derniers considérablement.

Une variation intéressante de ce type de tour se trouve dans Mushroom Revolution où une des tours (Plant bomb) peut implanter une bombe dans un ennemi qui se mettra à aller plus vite, mais portera en lui les germes d’une bombe qui explosera (l’ennemi porteur mourra) et l’impact se répercutera sur les autres ennemis. L’ennemi mourant obligatoirement avec l’explosion, ce type de tour est un hybride entre l’explosion et celle de dommage supplémentaire.

La réduction d’attribut :
Affecte l’ennemi en réduisant un de ses attributs, nous parlerons surtout ici de la réduction de l’armure, la vitesse faisant déjà l’objet de la catégorie du ralentissement et la vie faisant l’objet de toutes les tours (sauf certaines qui n’ôte pas de vie).

L’armure est une protection supplémentaire de certains ennemis contre les tours plus faible, en effet, l’armure oblige une tour à avoir un certain niveau de dommage sans quoi, la tour est ineffective contre l’ennemi. Ainsi, un ennemi de 20HP sans armure prendra 10 coups d’une tour à 2 dommages, mais un ennemi de 20HP avec une armure de 1 en prendra 20, et finalement, un ennemi de 20HP avec une armure de 2 ou plus sera invincible face à cette tour. En réduisant l’armure (définitivement ou temporairement), la tour sera capable d’abattre l’ennemi beaucoup plus facilement.

Ces types de tours sont rarement associés à quoi que ce soit d’autre qu’à leur fonction (de réduire l’armure), elles font cependant souvent partie de tours avec plusieurs attributs. Elles sont plutôt rares dans les jeux puisque pour apparaître, il faut déjà que le jeu ait des ennemis avec de l’armure (ce qui n’est pas tout le temps le cas) et qu’ils en aient suffisamment pour que ce soit utile d’avoir une tour dont la fonction serait celle-là (en effet, s’il n’y avait que les boss finaux avec de l’armure, investir dans des tours de réduction d’attribut serait plutôt une mauvaise stratégie tout le long du jeu sauf en but d’en finir avec le boss final).

La stratégie avec ce type de tour est souvent de la placer en début de parcours afin de réduire le plus possible l’armure de l’ennemi avant que d’autres tours ne perdent leur temps à l’attaquer inutilement.

L’attribut peut souvent être couplé avec d’autres attributs et compense souvent une faible attaque (en effet, avec une attaque forte en plus de réduire l’armure, on n’utiliserait pas mal que cette tour contre les ennemis).

La spécialisation :
Attaque un type d’ennemi en particulier qui est généralement désigné par le nom de la tour. N’attaque pas, ou très faiblement, les autres ennemis.

Ces types de tours sont généralement associées avec l’élément ou l’ennemi qu’ils combattent. En effet, elles tiennent du même registre que ce qu’elles tentent de détruire (et pas d’un registre opposé). Ainsi, une tour qui combat les ennemis volants (et seulement ceux-ci) pourra se nommer Air ou Wind Tower, une tour qui détecte les «fantômes» se nommera Scanner, une tour qui s’occupe uniquement des ennemis au sol, on l’appellera Ground ou Earth Tower,… Une exemplification parfaite est donnée par Bloons Tower Defense 5 où la tour qui vise spécifiquement les Camo Bloons se nomme Ninja Monkey : le militaire de camouflage plus occidental peut être repéré par le camouflage oriental (on reste dans l’idée que les gens se font de ces deux fonctions cependant).

La polarisation qui s’effectuait plutôt au début du genre semble perdre de son charme puisque la polarisation Air/Terre semble s’effacer progressivement avec les tours qui peuvent autant attaquer l’un que l’autre, mais avec moins d’efficacité. C’est le cas de Bloons Tower Defense 5 où les tours peuvent recevoir des augmentations leur permettant de détecter les Camo Bloons, mais aussi de Mushroom Revolution où les cristaux permettent aux tours de se spécialiser (augmenter les dommages qu’ils effectuent à certains types d’ennemi) sans pour autant empêcher celles-ci de pouvoir en attaquer d’autres (avec des dommages moindres cependant).

Il n’existe pas vraiment de stratégie particulière avec ce type de tour. Elle est surtout là pour augmenter sensiblement la difficulté du jeu en obligeant le joueur à prévoir à l’avance les vagues qui s’amèneront. En effet, le joueur ne pourra pas tout dépenser son argent en tours pour défendre un type d’ennemi autrement, il se retrouvera à cours d’argent à dépenser pour attaquer un nouveau type d’ennemi et perdra la partie. Il devra alors économiser, diversifier ses spécialités afin de faire face aussi efficacement à des ennemis aériens que terriens.

La spécialisation est souvent compensé par une plus forte attaque qu’une tour généraliste (autrement, il n’y aurait pas d’intérêt à la posséder puisqu’elle n’abat qu’une sorte d’ennemi).

L’investissement :
Il existe deux sortes d’investissements :

– L’investissement qui permet l’accumulation de ressources (argent, mana, vie, …) à l’intérieur d’une partie. Nous la nommons Investissement capital.
– L’investissement qui permet l’accumulation de points qui ne sert à rien au jeu, mais permet la comparaison avec d’autres joueurs, gagner des badges ou permet de se dépasser soi-même en améliorant son score. Nous la nommons Investissement secondaire.

Ces tours seront généralement de simples tours avec l’ajout d’une composante qui permet l’accumulation d’argent, point, mana, ressources,… (capital) soit à chaque ennemi touché, tir ou bien simplement basé sur un facteur de temps dans lequel cas, cette tour sera généralement passive et ne pourra effectuer de dommage à l’ennemi.

Ce type de tour est généralement associé avec l’argent ou l’exploitation de ressources puisqu’en effet, on en retire un bénéfice généralement monétaire ou de l’ordre de la ressource exploitée. Cette technique appelée farming par les joueurs peut se retrouver dans l’appellation de la tour, Banana Farm (une tour passive) dans Bloons Tower Defense par exemple, mais qui rappelle aussi l’argent qui vient des bananes et qui aide le joueur à acheter d’autres tours et s’inscrit dans l’imaginaire du singe dans le jeu.

D’autres noms sont ceux de Mana Gathering, Life plus, Life steal, Wealth, Cut Out (permet de couper des arbres et ainsi récolter de l’argent),… Nous n’avons pas trouvé d’exemple de tours qui permettent l’accumulation de points par exemple.

Bref, ce type de tour est utilisé surtout pour diminuer le coût des autres tours (sous forme de mana, argent, ressources) ou augmenter le nombre de vies existantes. Parfois passive, elle est cependant inutile à acheter en fin de niveau puisque l’accumulation de capitaux est négligeable à ce moment (le coût d’achat > coût de revenu). Il faut donc mieux la disposer en début de niveau (ou au milieu) afin de profiter au maximum de ses capacités.

Dommage supplémentaire:
Ce type de tour se spécialise dans l’imposition de dommage plus grand qu’une tour «ordinaire». On peut aisément penser que ce type de tour est le plus utilisé afin de réduire à zéro les vies d’un ennemi bien que sa force est souvent contre-balancer par la diminution de d’autres attributs (notamment la vitesse).

Sans nécessairement être une tour différente de la tour de base (la première que le jeu offre à la sélection), elle peut souvent être une augmentation de celle-ci.

Ce type de tour est généralement nommé par son habilité à faire plus de dommage (Damage, Double Damage, Triple Damage, Instant Death, Multiple Damage Gem), mais aussi souvent à la profession du tireur isolé (Sniper, Sniper Tower) dans plusieurs autres instances. Comme mentionné précédemment, ces tours sont parfois lentes à l’exécution (encore plus compréhensible dans le cas du sniper), mais peuvent avoir des rayons d’action assez important, surtout dans le cas des tours snipers. La couleur associé aux dommages supplémentaires est souvent le rouge, mais d’autres couleurs évoquant le sniper (ou des formes renvoyant à cette profession) sont souvent utilisés. On peut donc en trouver des noirs, verts (imitation de camouflage), etc.

Ce type de tour est utilisé pour maximiser les dommages et est, à notre avis, à la base du TD puisque c’est elle généralement qui permet de se défendre contre les ennemis plus puissants (couplés à d’autres tours, elle s’avère encore plus efficace évidemment).

Rapidité
Ce type de tour se spécialise dans la rapidité avec laquelle elle livre ses attaques.

Elle n’a généralement pas d’élément qui la distingue comme catégorie. Parfois, il peut s’agit d’une allusion à une arme rapide (Machine Gun, Flame Thrower), à sa vitesse (Speed) ou sans vraiment de rapport avec ses qualités, mais s’inscrit plutôt dans la logique du jeu (Ninja, Super Monkey).

La rapidité peut parfois compenser souvent ses faibles dommages.

La vitesse étant une des trois qualités fondamentales d’une tour (avec le rayon et les dommages), la rapidité peut souvent s’acquérir dans les augmentations de la tour.

Rayon
Ce type de tour a un rayon plus large que les autres tours.

Elle n’a généralement pas d’élément qui la distingue comme catégorie. Parfois, il peut s’agir d’une allusion à une arme à longue portée (Sniper, Dart, Archer), à son rayon (Range) ou sans vraiment de rapport avec ses qualités, mais s’inscrit plutôt dans la logique du jeu (Super Monkey).

Un large rayon peut parfois compenser souvent ses faibles dommages.

Le rayon étant une des trois qualités fondamentales d’une tour (avec la vitesse et les dommages), le rayon peut souvent s’acquérir dans les augmentations de la tour.

Une deuxième tour de type rayon pourrait être une tour déplaçable sans pénalité. Il peut s’agir parfois d’une figure (souvent unique) que la personne qui joue peut déplacer à sa guise à l’aide d’une souris ou du clavier ou encore d’échange de position d’un type de tour (ou plusieurs) comme dans Gemcraft qui permet la permutation et le déplacement sans pénalité (outre un léger moment d’attente).

Tours d’influence
Plus rares, ces tours influencent le comportement des tours voisines en ajoutant des bonus quelconques. Ces bonus peuvent tomber dans n’importe quelle des catégories de type de tour (dommage supplémentaire, pouvoir attaquer des ennemis d’un autre type, augmenter le rayon, multiplier les attaques, etc.).

Plus rarement apparaissant sous la forme de tour, bien que plusieurs exemples peuvent être soulevés (Monkey Beacon, Boost Tower, Radar Tower, Power Amplifier), les tours d’influence peuvent souvent prendre la forme d’«invocations» temporaires (Frenzy) qui s’obtiennent à l’aide de mana ou d’un équivalent ou encore de dispositifs qui capture l’essence d’une tour pour la donner aux autres (Trap, Amplifiers). Comme observé avec les exemples, leurs noms reflètent souvent leur essence.

Nous entrons les invocations dans la catégorie des tours puisque les invocations peuvent très bien être réduites aux qualités d’une tour. Prenons l’exemple d’une invocation qui permettrait d’augmenter la vitesse d’attaque des tours (Frenzy). Ce sort joue le même rôle qu’une tour qui permettrait la même chose (il faut l’acheter à l’aide d’une unité d’échange souvent différente, mais elle reste un achat), à la différence que son rayon couvre généralement tout le terrain (mais pas toujours), bref, ce serait comme une tour avec un grand rayon d’influence; mais aussi sa durée de vie limitée. Bien que nous n’avons pas trouvé d’exemple de tours clairement affirmées comme telle dont la durée de vie est comptée, il ne nous apparaît pas impossible de penser qu’une telle chose ne pourrait pas être faisable et qu’il pourrait faire partie des qualités essentielles d’une tour. Les tours traditionnelles auraient ceci de caractéristique que leur temps de vie est illimité tandis que les invocations et d’autres types de tours auraient des limitations.

Les tours d’influence ne sont généralement vraiment utiles que lorsqu’elles peuvent influencer un grand nombre de tour bref, lorsqu’elles sont placées au sein d’un groupe de tours. Il existe quelques exceptions (Gemcraft notamment), mais les tours d’influence font souvent partie d’un ajout de stratégie dans le jeu (sacrifier le positionnement d’une tour qui peut causer des dommages directement pour une autre qui le fait indirectement et de manière moindre si elle n’a pas assez d’influence sur l’ensemble du jeu).

Attaque selon une trajectoire définie
Faute d’un meilleur terme pour le définir, ces tours attaques avec une trajectoire plutôt que du un à un ce qui fait en sorte que plutôt qu’un position qui maximise la surface pour être efficace, le position doit considérer la trajectoire de l’attaque pour maximiser celle-ci.

Ce type de tours n’est pas la plus commune, bien qu’elles se présentent sous différentes formes dans différents jeux (Boomerang Thrower, Monkey Ace, Dartling Gun, Slicer). Ayant toutes pas mal des stratégies différentes, leur positionnement et leur rôle sera évidemment différent bien que le principe de la placer à l’endroit où les dommages sont maximiser tient.

Ce ne sont pas des tours avec des particularités distinctives autre que la trajectoire défini c’est-à-dire qu’il n’y a pas de couleur généralement associée avec ou encore des traits, termes, etc. particuliers pour les définir.

Attaques multiples
On peut recenser trois types d’attaques multiples :
– Le stockage : Il s’agit d’une tour qui, lorsqu’elle n’attaque pas, emmagasine des attaques pour les lancer plus rapidement lorsque vient le(s) prochain(s) ennemi(s) avant de retourner à un style d’attaque ordinaire lorsqu’elle a épuisé ses réserves. Exemple : la tour Crypt dans le jeu «Cursed Treasure».
– L’attaque simultanée : Il s’agit de tour qui lance plusieurs attaques à la fois, généralement sur plusieurs ennemis. Exemple : toutes les tours avec plusieurs emplacements de tirs ou de combat (généralement de style Archet ou Barracks). Il est possible de penser que ce type de tours combine deux (ou plus) tours de type identique en une.
– Le rebondissement : Il s’agit d’un projectile lancé qui rebondit sur les ennemis suivant le premier touché. Le projectile peut garder la même force d’attaque, diminuer et toucher un certain nombre d’ennemis selon la puissance de la tour. À ne pas confondre avec l’explosion qui, elle, focalise en un point les dommages, le rebondissement affecte un nombre beaucoup plus limité d’ennemi qui peuvent ne même pas être côte-à-côte. Exemple : le Chain Hit Gem dans Gemcraft.
Il n’y a pas de stratégie particulière avec ces tours puisqu’elles se comportent plutôt comme des tours ordinaires avec un plus grand potentiel pour attaquer plus d’ennemi à la fois. Les tours avec attaque multiples sont souvent susceptibles d’être combinées avec d’autres caractéristique (ralentissement ou poison) lors d’augmentation.

L’attaque multiple compense rarement une faible puissance d’attaque, une vitesse plus lente ou un rayon moins grand. Il s’agit vraiment d’une caractéristique supplémentaire plutôt qu’élémentaire.

Anti-régénération
Plutôt rare, la seule caractéristique de cette tour est d’empêcher la régénération des vies de l’ennemi. Il s’agit généralement d’un attribut d’une tour avec plusieurs augmentations bien que GemCraft possède une tour, Suppressing Gem, dont c’est la seule fonction.

Variations sur les types d’effet des tours

L’hybridité
Les catégories ci-haut peuvent évidemment être combinées et diffèrent selon les jeux. Ainsi, à une tour de dommage supplémentaire peut être combiné, initialement ou après des augmentations, une composante d’un plus grand rayon. Les possibilités sont multiples (13! ou 6 227 020 800 combinaisons de catégories possibles)!

L’archer, le mage, le soldat et le canon.
Une variation souvent présente dans le genre est la présence de 4 types appelés Archer, Mage, Soldat (Soldier) et Canon. Cette variation est intéressante en ce sens qu’elle représente souvent une combinaison d’effet, mais qui se ressemble d’un jeu à l’autre. Elle se base aussi sur une représentation du monde en quatre éléments (Air/Terre et Feu/Eau).

Un mot d’abord sur les quatre éléments: il peut s’agit d’une manière de représenter les tours dans certains jeux, mais donne aussi une précision sur la qualité de la tour. Ainsi l’air et la terre sont souvent des qualités intrinsèques rattachées à la tour (elle peut viser des ennemis au sol ou en l’air), mais le feu et l’eau sont plutôt des propriétés de la tour (le feu et l’eau désigne la qualité du tir: explosion, ralentissement, etc.). Ainsi on peut spéculer que l’attribution à l’Air/Terre proposent une phénoménologie de la tour tandis que l’attribution Terre/Feu proposent plutôt une propriété.

Pour ce qui est des qualités générales des tours, les voici:
– Mage : Associé avec Air/Eau. Utilise généralement des effets de rayon, de ralentissement et parfois de poison.
– Archer : Associé avec Air/Feu. Utilise généralement des effets de rayon et de poison (à l’exception d’archers qui s’équipe avec des fusils qui eux peuvent causer des dommages plus explosifs ou plus puissant).
– Soldat : Associé avec Terre/Eau. Utilise généralement des effets de ralentissement (caractérisé par la présence de soldats dans le chemin des ennemis), a souvent un petit rayon, mais beaucoup de dommage.
– Canon : Associé avec Terre/Feu. Utilise généralement des effets d’explosion, mais avec un rayon moyen. Souvent une composante de poison (appelée brulûre) est présente.

Répartition des fonctions de tours

Idée du positionnement des archers (vert), mages (bleu), cannons (rouge) et soldats (gris) sur un tableau des 4 éléments.
Les dessins sont de moi

Les «trappes»
Pour cette variation, je m’inspire encore une fois du jeu Gemcraft. Les trappes sont des tours disposées dans des emplacements spéciaux qui au lieu d’augmenter leur dommage, augmente plutôt le type d’effet de la tour. Dans Gemcraft, il s’agit de tour mises sous le chemin des creepers qui n’obstrue pas la voie, mais on peut aussi imaginer une sélection de tours où le choix se fait entre une tour avec plus de dommage et un petit effet ou une tour avec des dommages moins grands, mais un effet plus important.

Les tours à usage unique
Bien qu’on peut penser au jeu Gemcraft et la possibilité d’attaquer les ennemis directement à l’aide de tours lancées (ce qui cause ultimement la perte de la tour), les sortilèges de la plupart des jeux aussi comptent dans cette catégorie. Les sortilèges sont similaires aux invocations (qui augmentent temporairement les qualités d’une tour) en ce sens qu’il s’agit d’une forme d’effet lancés sur les ennemis (ralentissement, poison, explosion, etc.) à l’aide d’un système d’achat souvent différents de celui des tours (on parle souvent de mana plutôt que d’argent), mais qui correspond tout de même essentiellement à un effet de tour qui est cependant plus simplement à usage unique puisque le sortilège fait effet instantanément, ou quelques secondes, puis disparaît avant de pouvoir en invoquer de nouveaux.

20+ essais féministes incontournables

Une version plus récente (avec 40+ suggestions) de ce billet est disponible!

Une liste des essais féministes à lire absolument au moins une fois dans sa vie. Les titres sont accompagnés d’une très courte description qui annonce deux, trois éléments importants du texte. Le lien du titre mène vers le site de l’éditeur lorsque l’ouvrage est disponible.
Notez que cette liste est très très loin d’être exhaustive et qu’elle ne reflète qu’une partie du parcours de lectures de son auteur· (bref, exclue des auteures comme [au hasard] Andrea Dworkin, Betty Friedan, Christine Delphy, Denyse Baillargeon, bell hooks, Judith Butler, etc. que je n’ai pas encore lues) . Elle tente cependant de ratisser un large éventail d’approches féministes et tenir compte des essais qui ont marqué l’histoire des féminismes. Notez aussi qu’il s’agit là de féminismes très occidentaux et majoritairement francophones. Nous espérons mettre à jour cette liste chaque année avec de nouvelles suggestions.

Introduction aux féminismes:

We should all be feminists de Chimamanda Ngozi Adichi : Vous n’avez aucune idée de ce qu’est le féminisme ou seulement une très vague impression? Vous êtes encore réticent·e face au mouvement? Ce tout petit livre est pour vous!

 

 


Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont: HistoirE du féminisme au Québec. Ouvrage de vulgarisation. Recommandé pour les jeunes adultes ou personnes nouvellement initiées au féminisme et désireuses de connaître son histoirE dans la Belle Province.

 

HistoirE des femmes et des féminismes:

Naissance d’une liberté (Contreception, avortement: le grand combat des femmes au XXe siècle) de Xavière Gauthier: Histoire de l’avortement et de la contraception en France. Vers la fin, elle élargie cette recherche à l’Europe.

 

 


Le féminisme (Histoire et actualité) de Françoise d’Eaubonne: Une histoire du féminisme (depuis la nuit des temps) et du patriarcat en plus d’un survol et résumé d’ouvrages importants pour le féminisme. Il date.

 

 


L’Histoire des Femmes au Québec du collectif Clio: Où vous apprendrez entre autres que les femmes avaient le droit de vote au XIXe siècle au Québec, mais qu’on leur a retiré. Pas une histoire qui se concentre exclusivement sur le féminisme, mais on l’aborde de plusieurs manières.

 

Linguistique et féminisme:

Les mots ont un sexe de Marina Yaguello: Une sorte de mini-dictionnaire avec une centaine de mots. L’auteure regarde les raisons qui motive les choix du genre de tel ou tel mot à travers son histoire et/ou sa sociologie. Un essentiel pour tout linguiste (féministe ou pas) à mon humble avis.

 

 


L’Euguélionne de Louky Bersianik: Ce n’est pas un essai, mais ce roman (multiforme) est une des premières réflexions sur la féminisation des noms (de métier entre autres) et les double standards et présente une réflexion très étoffée encore d’actualité.

 

Essais féministes marquants dans l’histoirE:


The Female Eunuch de Germaine Greer (1970): Un des grands classiques de la représentation des femme et des stéréotypes dont il faut se départir qui a plus ou moins bien vieilli. Elle y traite un peu de tous les sujets (de l’histoire aux revues féminines en passant par les mythes sur les femmes et les chevaux).

 


Du côté des petites filles d’Elena Gianini Belotti: Sur l’éducation des rôles sexués chez les enfants. Date un peu.

 

 

 


Sorcières, sages-femmes et infirmières de Barbara Ehrenreich et Deirdre English: Réflexion sur les femmes et le métier d’infirmière, de la chasse aux sorcières à aujourd’hui, et de l’accaparement de la médecine par les hommes et la violence.

 

 

Deux des premiers livres sur la revendication de droits des femmes:
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympes de Gouges

 

 

 

 

Défense des Droits de la Femme de Mary Wollstonecraft (oui, la mère de Mary Shelley!)

 

 

 

Les essentiElles:

Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Peu importe ce qui vous intéresse dans le féminisme, le Deuxième Sexe est un incontournable. C’est un des classiques de la littérature occidentale qui remet en question un bon nombre de présupposés de la société sur les femmes et développe le concept de l’altérité.

 

 


Black feminism: Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, collectif d’auteures: Traduction de textes importants du Black feminism. Pluralité d’approches et vraiment une excellente sélection. Je m’y réfère et le recommande régulièrement.

 

 


Sexual Politics de Kate Millett: Essai portant sur la représentation d’hommes et de femmes dans des romans et des pièces de théâtre (incluant Jean Genet, D. H. Lawrence et Freud). C’est un des premiers ouvrages du genre et offre une analyse littéraire féministe impeccable à mon humble avis. Il y a aussi une partie du livre consacré à l’explication de la société patriarcal. Lecture attentive ou niveau universitaire recommandé.

 


The Dialectic of Sex de Shulamith Firestone: Sur les femmes comme classe sociale (ou non?) et les rapports de dominations entre les sexes et ethnies. Un des livres fondateurs du féminisme radical matérialiste. Niveau universitaire recommandé.

 


Le Féminisme ou la Mort de Françoise d’Eaubonne: Sur l’écoféminisme (ouvrage fondateur en France) et le patriarcat.

 

 

 


A Cyborg Manifesto de Donna Haraway: Minuscule, mais très intéressant. Repense le genre, les corps et formes d’oppressions. Niveau universitaire fortement recommandé.

 

 


Les femmes avant le patriarcat de Françoise d’Eaubonne: Qu’est-ce que le patriarcat et analyse de mythes fondateurs de nos sociétés.

 


Rêver l’obscur: femmes, magie et politique de Starhawk: Sur une spiritualité (éco)féministe. Aussi, un essentiel pour penser et agir les dynamiques de groupes féministes.

 

 

Autres suggestions notables plus contemporains:

King Kong théorie de Virginie Despentes: Un excellent ouvrage sur la prostitution et le regard masculin.

 

 

 


Le Corps lesbien de Monique Wittig: Contre l’hétéronormativité. Pour une valorisation du lesbianisme.

 

 


Mettre la hache de Pattie O’Green: Sur l’inceste (témoignage personnel et élargie). Incontournable sur le sujet. Mon analyse du livre.

 

 


Dictionnaire critique du féminisme, collectif: Une explication de quelques pages sur une cinquantaine de termes reliés au féminisme. On est plus proche de la forme de l’article que de la définition ce qui rend cet ouvrage intéressant. On reste cependant sur notre faim et certaines définitions sont parfois très surprenantes. Plusieurs partis pris évidents.

L’expression en français la plus polysémique

Vous êtes-vous déjà demandé·e quelle était l’expression française la plus polysémique (une expression qui aurait plusieurs sens)?
En français, le mot le plus polysémique semble être le verbe «faire» ou, plus amusant encore, le verbe « schtroumpfer ». Après avoir travaillé quelques années dans une boulangerie/pâtisserie de deux supermarchés différents, j’ai eu l’occasion de le découvrir.
Il s’agit de l’expression « pain croûté ». Je suis au courant qu’une même sorte de pain sera appelée différemment d’un lieu à l’autre. Ainsi, une « baguette française » au Québec peut très bien être une « ficelle » en France. Cependant, tous les sens ci-dessous proviennent de gens habitant dans les alentours de Montréal ou dans la ville même.
Sans plus tarder, voici la liste de ce que des clients de supermarché et des connaissances à qui j’ai demandé leur avis considèrent comme du pain croûté.

Un pain
Un pain normal
Un pain avec de la croûte
Un pain avec beaucoup de croûte
Un pain sans croûte
Un pain qui va bien avec du spaghetti
Un pain belge
Un pain français
Une baguette
Pas une baguette
Un pain long
Un pain tranché
Un pain pas tranché
Un pain rond
Un pain carré
Un pain tôlé (ou tuilé)
Un pain pas tôlé
Un pain frais
Du pain plus bon
Un pain ménage
Un pain maison
Un pain qu’on fait lever
Un pain commercial
Un pain avec de grosses tranches
Un gros pain avec de grosses tranches
Un pain aux œufs
Un pain brunch
Un bon pain
Un pain dur
Ce pain là
Total: 30 sens répertoriés

Il est à noter que dans cette liste, d’autres expressions sont extrêmement subjectives ou polysémiques. Ainsi un « pain brunch » pourrait autant être un pain sucré (assez rare au Québec) qu’un pain qui irait avec peu importe ce que l’individu mange dans son brunch, un pain belge changera dépendamment du lieu où on se situe ou encore « un pain qui va bien avec du spaghetti » (j’étais supposé deviner quelle sorte de pain le client mangeait avec son spaghetti…) changera d’une personne à l’autre. Je pourrais continuer ainsi la liste longtemps puisque le pain frais dépend beaucoup de ce qu’on entend par « frais » (cuit sur place? fait sur place? pas congelé bien que fait sur place?), le pain tranché peut être n’importe quelle sorte de pain, il existe plusieurs sorte de pains aux œufs, etc.
Je cherche toujours à élargir ma banque de sens donc n’hésitez pas à me suggérer de nouveaux sens!