Mini-critique: But Some of Us Are Brave (Collectif)

But Some of Us Are Brave

Il est important de noter que cet ouvrage s’adresse tout d’abord à un public universitaire ou qui effectue des recherches sur l’afroféminisme. En effet, sur les 400 quelques pages de cet ouvrage, près de la moitié est consacrée à des bibliographies critiques sur le sujet (romans, biographies, théâtre, compositrices, plans de cours, ouvrages scientifiques sur les femmes noires, etc.) ce qui le rend fondamental pour quiconque effectue de la recherche sur les femmes noires avant 1980. Les autres articles du collectif quant à eux problématisent souvent autour de la question de la recherche sur les femmes noires de par leur absence des corpus scolaire (même spécialisés comme les Black et Women Studies), de la critique en général (qu’elle soit universitaire ou médiatique), de l’absence de représentation (auquel on ajoute assez rapidement positive), etc.

Ce qui (ne) surprend (pas vraiment) avec cet ouvrage, c’est son actualité, les questions qui sont soulevées dans l’ouvrage sont loin d’être résolues et toujours d’actualité. Un exemple parmi mille autres est cette remarque: « These [Hollywwod-type] films have depicted Black women primarly as sanctimonious, church members, devoted servants, or sensuous mulattoes. Historicall, Black actresses have won their greatest acclaim as maids. Hattie McDaniels, who won an Oscar as best supporting actress for her role in Gone With the Wind, is a case in point. » (p.308) Durant la lecture de cet article, je n’ai pas m’empêcher de penser à la résurgence du mot-clic #oscarsowhite, mais aussi à cet article de Devoir de Sonia Djelidi qui sortait le même jour que ma lecture de l’article et portait sur la représentation stéréotypées des personnes de couleur et l’absence de représentations positives de ces dernières dans les émissions télévisées de Radio-Canada.

Autrement, la variété des articles et la couverture d’un nombre important de sujets est fascinante. Autant on aborde l’absence des femmes noires dans toutes les sphères de la société, qu’on s’attarde à la (re)découverte de romancières, poètes, chanteuses et l’invalidation de stéréotypes (une section entière est consacrée à cette question) comprenant la «Sapphire», cette représentation de la femme noire âgée qui dominerait les hommes. Cette couverture de sujet n’empêche pas non plus de réfléchir à la place des femmes noires dans les milieux académiques, souvent avec d’imposantes statistiques à l’appui qui démontrent l’urgence de corriger la situation et l’importance d’avoir des quotas et d’une réflexion collective. Bref, en même temps que l’attention sur un corpus d’étude, on pose aussi la question du corpus, de qui l’étudie et des difficultés qui entourent cette étude, y compris celle de la publication de l’ouvrage.

Ce collectif d’articles est un point de départ pour les études afroféministes comme l’indique son sous-titre. Un point d’ancrage qui constate d’abord les absences, les mythes, les problèmes reliés à la représentation, puis qui pointe vers les ressources, autant de par son très très large appareil bibliographiques que par les énumérations de figures, textes et documents existants. But Some of Us Are Brave devient alors un incontournable du genre en montrant les pistes à explorer, celles déjà (un peu) défrichées et les erreurs déjà commises. Il avertit aussi de la possibilité des difficultés du parcours et accompagne, à l’aide de conseils de recherche et plus généraux, les personnes désireuses de poursuivre leurs études dans le domaine. À l’extérieur des «Black Women’s Studies», cet ouvrage témoigne efficacement du racisme et du sexisme de l’ensemble de la société et pose plusieurs bases théoriques pour réfléchir et agir efficacement sur ces questions. Finalement, le collectif est aussi un lieu de découverte de millier de figures toutes aussi intéressantes les unes que les autres. J’ai moi-même découvert plusieurs écrivaines et compositrices d’intérêt durant ma lecture qui comprend la compositrice classique Lena McLin, auteure d’un «Gwendolyn Brooks; a Musical Portrait» dont j’ai peine à retrouver les partitions ou encore des enregistrements audio.

Note sur la seconde édition: L’ouvrage auquel je fais référence n’ajoute pas grand chose à la première édition sinon une biographies des contributrices plus étendue et une postface de Brittney Cooper sur l’importance de But Some of Us Are Brave pour elle et la recherche académique en général. Les liste bibliographiques s’arrêtent donc toujours à 1980 et ne font pas état des développements récents. La première édition est donc tout aussi intéressante que la seconde à défaut de manquer la postface de Cooper.

Mini-critique: Brève histoire des femmes au Québec de Denyse Baillargeon

Brève histoire des femmes au Québec

Beaucoup plus court que L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles du collectif CLIO, l’ouvrage réussit cependant très bien à couvrir l’histoire du Québec jusqu’en 2010. Une des grandes nouveautés pour moi était de pouvoir enfin lire l’histoire contemporaine, la plupart des ouvrages sur le sujet qu’il m’a été donné de lire finissait dans les années ’70-’80.

L’ouvrage se concentre beaucoup sur des questions larges jusqu’au milieu du 20ème siècle (démographie, religion, travail, législations) pour après toucher à des enjeux plus ciblées (contraception, avortement, débats laïcité, voile, CPE, etc.) sans oublier de continuer de noter l’évolution des questions plus larges abordées précédemment.

Si jamais quelqu’un·e m’affirmait que le Québec est/fut une société matriarcale, c’est probablement cet ouvrage auquel je ferai référence pour lui démontrer que non, ce n’est vraiment pas le cas, bien au contraire. L’auteure démonte aussi pas mal d’autres mythes similaires (dont celui de ce «légendaire» haut taux de natalité des femmes québécoises) sans jamais les aborder sous l’angle de mythes à démystifier, mais plutôt en continu avec le récit.

Entre L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles (épuisé), Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont et la Brève histoire des femmes au Québec, c’est probablement ce dernier que je recommanderai comme lecture dans un cours d’histoire général au cégep de par sa brièveté, l’attention porté à la vulgarisation, son accessibilité et l’étendue des périodes couvertes et des sujets traités.