Répartition F/H des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2017)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du genre (1920-2017)
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De 1920 à 2017, 1052 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce quatrième billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

Comme toujours, les bases de données que j’ai montées pour effectuer cette recherche sont disponibles pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez (mais merci de me citer comme auteur·).

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1052 dhc remis, 941 ont été attribué à des hommes et 111 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 140 dhc ont été remis: 107 à des hommes, 33 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,6% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a augmenté de 0,2%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 10,7 pour les hommes et 3,3 pour les femmes. Il s’agit là de 23,6% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a diminué pour les femmes de 0,4%.

La médiane depuis 1920 est toujours de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 10 pour les hommes et 3 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées depuis 1920, mais a diminué de 0,5 pour les hommes par rapport à l’année dernière de nouveau dû au faible nombre de doctorat honoris causa décernés cette année (tendance de plus en plus remarqué sous le rectorat de Guy Breton).

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observés dans le premier billet sur la question. Nous avons mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24% (22 dhc remis à des femmes) [une diminution de 0,4% par rapport à l’année dernière dû à un dhc décerné de moins que l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc (il s’agit d’un comité créé par le conseil de l’université).

Et les autres universités?
Le collectif opposé au sexisme à l’UQÀM vient d’effectuer un travail similaire le 30 octobre est arrive au conclusion que 20,3% des dhc des 25 dernières années ont été décernés à des femmes. C’est un pourcentage très légèrement plus élevé que celui de l’UdeM (à 18,7% dans les 25 dernières années). Nous attendons avec impatience les résultats dans d’autres universités!

Critiques intersectionnelles
Le genre n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche.
Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et aux biographies des récipiendaires (ainsi que quelques recherches en ligne), seul·es une femme des Premières nations, un Innu, une femme noire, une Afghane et une Colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 8 personnes non-blanches (sur 119 dhc donc 6,7%!!) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des Chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (mais plus souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, cette représentation est, dans les faits, encore plus minuscule.
Un dhc a été décerné cette année à André Dudemaine (un Innu de Mashteuiatsh).

Conclusions:
Bref, avec toujours moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre.

À venir, éventuellement:
Une approche par faculté ou domaine d’étude pour tenter de voir si la discrimination est la même partout.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM
Liste des doctorats honoris causa de 2017

Répartition hommes/femmes des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2016)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2016)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2016)
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De 1920 à 2016, 1038 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce troisième billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez (mais merci de me citer).

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1038 dhc remis, 930 ont été attribué à des hommes et 108 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 150 dhc ont été remis: 114 à des hommes, 36 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,4% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a augmenté de 0,1%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 11,4 pour les hommes et 3,6 pour les femmes. Il s’agit là de 24% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a augmenté pour les femmes de 0,7%.

La médiane depuis 1920 est toujours de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 10,5 pour les hommes et 3 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées ont légèrement diminué pour les hommes et les femmes par rapport à l’année dernière dû au faible nombre de doctorat honoris causa décernés cette année (tendance de plus en plus remarqué sous le rectorat de Guy Breton).

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observé le premier billet sur la question. Nous n’en avons pas trouvé de nouveaux, mais mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24,4% (20 dhc remis à des femmes) [une augmentation de 0,4% par rapport à l’année dernière dû à un dhc décerné de moins que l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc (il s’agit d’un comité créé par le conseil de l’université).

Critiques intersectionnelles qui peuvent être formulées:
Le sexe n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche.
Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et aux biographies des récipiendaires (ainsi que quelques recherches en ligne), seules une femme autochtone, une femme noire et une colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 6 personnes non-caucasiennes (sur 105 dhc donc 5,7%!!) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des Chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (mais plus souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, cette représentation est, dans les faits, encore plus minuscule.
Aucun dhc n’a été décerné à une personne non-blanche cette année.

Conclusions:
Bref, avec toujours moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre. Malgré la publication du billet l’année dernière et mes tentatives de contacter l’UdeM à ce sujet sont restées lettre morte. L’année dernière, j’ai eu l’occasion de partager mes résultats avec le comité permanent sur le statut de la femme de l’UdeM, mais le seul changement de 2016? Un doctorat honoris causa de moins que l’année dernière et toujours autant de blancs (6 canadien·nes et 1 américain).

À venir éventuellement:
Une approche par faculté ou domaine d’étude pour tenter de voir si la discrimination est la même partout.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM
Liste des doctorats honoris causa de 2016

Répartition hommes/femmes des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2015)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2014)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2015)
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De 1920 à 2015, 1031 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce second billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez.

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1031 dhc remis, 925 ont été attribué à des hommes et 106 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 163 dhc ont été remis: 125 à des hommes, 38 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9 dhc de remis à des hommes par année et 1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a diminué de 0,1%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 13,6 pour les hommes et 3,6 pour les femmes. Il s’agit là de 23,3% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a aussi diminué pour les femmes de 0,1%.

La médiane depuis 1920 est de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 12 pour les hommes et 3,5 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées par rapport à l’année dernière.

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observé l’année dernière. Nous n’en avons pas trouvé de nouveaux, mais mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24% (18 dhc remis à des femmes) [augmentation de 0,1% par rapport à l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc.

Critiques intersectionnelles qui peuvent être observée:
Le sexe n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche. Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et une petite biographie des récipiendaires, seules une femme autochtone, une femme noire et une colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 6 personnes non-caucasiennes (sur 98 dhc) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, ce nombre nous paraît encore plus minuscule.

Conclusions:
Bref, avec moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre. Malgré la publication du billet l’année dernière et mes tentatives de contacter l’UdeM à ce sujet sont restées lettre morte. Cette année, j’ai cependant eu l’occasion de partager mes résultats avec le comité permanent sur le statut de la femme de l’UdeM. Y aura-t-il enfin un changement en 2016?

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM

Les dessous du printemps étudiant de Gérard Beaudet

Les dessous du printemps étudiant Gérard Beaudet

21 mars 2015, manifestation contre l’austérité et les hydrocarbures. Une nouvelle grève ou du moins, tentative de grève est lancée. Nombreux ont été les éditorialistes et commentateurs de l’actualité à critiquer cette grève et à se moquer de la contestation des hydrocarbures au même titre que l’austérité ou l’éducation (un article vient tout juste de paraître établissant des rapports entre les deux). Pourtant, comme tente de le prouver Beaudet dans un ouvrage précédant cette grève, les deux ne sont pas tant incompatibles et peuvent même être pensés ensemble.

L’ouvrage de Beaudet est divisé en trois chapitres très distincts. Le premier pose un contexte historique qui explique l’échec de la Révolution tranquille et, dans une moindre mesure, celui du rapport Parent. Le deuxième traite des dérives de l’université aujourd’hui et de conséquences concrètes notamment à l’Université de Montréal (c’est là qu’il enseigne), il le conclut en appelant à des États généraux sur l’Éducation. Le dernier se concentre sur des questions d’urbanisme et de relations au territoire et en appel à l’élaboration d’une stratégie collective pour le développement du territoire afin d’éviter que des individus ne s’approprient pour eux seuls l’exploitation des ressources. L’auteur réussit admirablement à inscrire la continuité des deux derniers chapitres avec le premier, soit que les échecs des réformes et révolutions culturelles québécoises ont mené à une mainmise d’une poignée d’individu sur la direction que prend le Québec en matière d’éducation et de territoire. Cependant, il n’arrive pas à tracer un lien entre ces deux sujets ce qui donne un essai rassemblé autour des échecs de l’histoire expliqués dans le premier chapitre et non concentré sur les liens entre l’éducation et le territoire malgré quelques similitudes.

« Tout se passe comme si la portée collective du projet éducatif mis en œuvre dans le sillage du dépôt du rapport Parent, il y a maintenant cinquante ans, n’avait pas été assumée. Nous serions certes plus éduqués, mais pas nécessairement moins perméables aux idées reçues. » (p.29)

Dans la première partie, l’auteur développe l’hypothèse que l’aisance avec laquelle certains groupes d’individus (dont les Lucides) arrivent à imposer leur vision des choses et de la juste part découlerait de notre inaptitude à débattre d’enjeux collectivement. Après un rappel historique qui parle de l’emprise de l’Église catholique sur le système scolaire et de son opposition à une loi sur l’éducation obligatoire qui sera enfin détrônée en 1964 avec la création du ministère de l’Éducation. Cette mainmise de l’Église sur l’éducation aura pour effet, l’auteur nous le présente chiffres à l’appui, que les québécois·es épargnent, donnent moins pour l’éducation et accusent des taux de décrochage plus haut que les autres provinces canadiennes. L’éducation ne serait en fait pas un enjeu collectif puisque la population n’est pas capable de saisir celle-ci autrement que par un type de rapport clientéliste (aller voir le médecin, le notaire, etc.) qui justifierait la mentalité de l’utilisateur-payeur. Malgré un certain succès du rapport Parent que l’auteur cite à profusion, un constat d’échec des réformes éducatives collectives (et non individuelles) à apporter existe pour lui et des auteurs comme Guy Rocher, Fernand Dumont et Jacques Grand’Maison.

La deuxième partie se concentre sur le système éducatif présent et débute sur l’idée que l’université, aujourd’hui, suit un modèle d’entreprise ; en font foi l’ampleur et le poids de l’appareil administratif universitaire. Il donne l’exemple qu’il connaît bien de l’Université de Montréal en révélant plusieurs abus de cette administration et du principe de rentabilité de l’université qui va en grandissant. Ses exemples sont très concrets et bien qu’il ne dévoile rien de nouveau, Beaudet arrive à tracer un récit très convaincant de la vision entrepreneuriale de l’UdeM. De plus, on ne peut qu’apprécier que ses réflexions soient différentes de celles avancées par Michel Seymour dans Une idée de l’Université bien que la pensée amène à des conclusions similaires (notamment en ce qui à trait à la dérive immobilière qui gaspille l’argent public qui était destiné à l’éducation). Il conclut, après avoir ouvert la réflexion sur l’université en général, à la nécessité d’états généraux puisque la question du devenir des universités est primordiale d’autant plus que, pour l’auteur, la réflexion est laissée aux administrateurs faute de temps pour les chercheurs de s’en préoccuper.

La troisième et dernière partie se concentre sur les questions de territoire. Après un bref historique sur l’évolution des considérations de l’aménagement et de l’urbanisme au Québec (qu’il fait débuter en 1961), on constate une très lente évolution dans la province de ces questions. Par la suite, il met en parallèle le rapport Parent et La Haye notamment en ce qui a trait aux recommandations que l’État joue un rôle dans le devenir social et la démocratisation des conséquences de ces deux rapports. Il n’hésite pas cependant à montrer en quoi le rapport La Haye se distingue de son homologue non plus. Le rapport La Haye se rapproche de considérations beaucoup plus encadrante que concrète. Ainsi, « [d]e ce point de vue, le territoire a été réduit à une ressource à exploiter » (pp.110-111), une mentalité que les projets territoriaux suivants n’auront fait que poursuivre (Plan Nord, gaz de schiste, etc.). Il rappelle cependant que le développement urbain et architectural n’est pas absent du Québec en donnant notamment 11 exemples de projets d’intérêt à ses yeux, mais mentionne que ces projets restent « à la carte », bref plus d’une impulsion du moment que d’une vision globale et, là encore, les contre-exemples affluent de projets insensés (de l’échangeur Turcot aux arrondissements historiques du Mont-Royal à l’avenir géré à la pièce en passant par le mont Orford dont la naissance était justifiée par l’aménagement d’un espace libre d’exploitation pécuniaire). L’exploitation des ressources naturelles aussi est évoquée pour, encore une fois, déplorer le manque de contrôle et des conséquences environnementales.

Bref, Les dessous du printemps étudiant est un essai dans les règles de l’art, la réflexion est suivie, pertinente, appuyée d’exemples concrets et la part de vulgarisation dans la première partie nous permet de saisir un nouveau regard sur l’éducation et le développement du territoire. Il ne s’agit pas du premier ouvrage sur l’aménagement ou le territoire que j’ai l’occasion de lire, mais c’est bien le premier à lier ces questions avec autant de pertinence aux politiques gouvernementales et à montrer en quoi ces questions sont importantes pour les citoyens.
Les rares bémols que j’ai eu à la lecture de cet ouvrage sont les oppositions toujours un peu trop binaires entre la raison des intellectuel·les universitaires et la passion des dogmatiques et lucides qui critiquaient la grève étudiante et préconisent la mentalité de l’utilisateur-payeur. Bien que le renversement est intéressant (durant la #ggi, les passionné·es étaient les grévistes et les gens raisonnables, ou lucides, les journalistes et chroniqueur·es), il est une commodité que l’auteur utilise et on n’a pas vraiment le droit à une véritable critique des concepts de juste-part ou d’une hausse des frais de scolarité par exemple. Nous y joindrons aussi la critique du manque de lien entre l’éducation et le territoire qui s’avère finalement être deux sujets très différents dans l’ouvrage bien que l’identification de la source des problèmes dans les deux secteurs est sensiblement la même.
Cet essai reste incontournable pour quiconque veut être introduit aux questions qui se posent sur l’avenir de l’université ou encore à «l’héritage» de la Révolution tranquille.

Ce billet fait partie d’une série sur la #ggi.
Cliquez ici pour plus d’ouvrages et de critiques.

Répartition hommes/femmes des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2014)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2014)
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De 1920 à 2014, 1023 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes.

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez.

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1023 dhc remis, 919 ont été attribué à des hommes et 104 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 167 dhc ont été remis: 128 à des hommes, 39 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,1% de tous les dhc! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 12,8 pour les hommes et 3,9 pour les femmes. Il s’agit là de 23,4% de tous les dhc.

La médiane depuis 1920 est de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 12 pour les hommes et 3,5 pour les femmes.

Plusieurs faits intéressants, et historiques, sont à noter:

  • Le premier doctorat honoris causa remis à une femme le fut à «Mme L.-de-G. Beaubien» en 1931.
  • Une seule année comporte plus de femmes que d’hommes. Il s’agit de l’an 1942 avec 2 femmes et 1 homme.
  • Une seule année fut paritaire, ce fut 1983 avec 2 femmes et 2 hommes.
  • Le maximum de dhc décernés à des femmes pendant une année fut de 6 (en 2007 et 2009). Pour les hommes, ça s’élève à 47.
  • À l’exception de l’année paritaire et de 1942, les femmes n’ont JAMAIS constitué plus du tiers des doctorantes honorifiques. Seules 10 années comportent plus du quart des doctorants, seulement trois dans les 10 dernières années (2014, 2012, 2009, 1997, 1994, 1990, 1983, 1942, 1932).
  • La plus longue période sans remise de dhc à une femme, à l’exception des onze années avant 1931, fut de 6 ans (de 1969 à 1974).
  • 2002 fut la dernière année où nulle femme ne reçu de dhc.
  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 23,9% (16 dhc remis à des femmes)
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc.

Bref, avec moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM

Audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur

Dans la foulée des événements qui pourraient conduire au renouvellement du recteur Guy Breton à la tête de l’université se sont tenues des audiences où un comité fut chargé de recueillir des témoignages et textes des membres de la comité universitaire. Nous présentons ici notre humble contribution (il y avait une contrainte de temps de parole de 15 minutes, nous aurions pu écrire beaucoup plus):

«Audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur.
Texte présenté devant le Comité de consultation le 13 janvier 2014.
Document préparé par Nicolas Longtin-Martel

Chers membres du comité,

J’aimerais commencer cette brève présentation en mentionnant tout d’abord que, bien que je puisse critiquer un système, les gens qui en font partie n’ont pas à se sentir visé par mon exposé. En effet, comme le féminisme nous l’apprend, il existe une différence entre devoir renoncer à ses privilèges et empêcher d’autres personnes d’en obtenir. J’introduis de cette manière car, j’aimerais aborder la question de la légitimité du processus de nomination du recteur, mais aussi ces «audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur».

On vous aura sûrement déjà dit, ou on vous le dira au cours de ces séances, que nous sommes plusieurs à l’université de Montréal, à trouver que le processus de nomination du recteur est injuste et très peu représentatif de l’université. On me répondra à cela que le gouvernement peut, à juste titre, intervenir dans nos processus de décisions puisqu’il nous fournit quand même l’essentiel de notre budget, certes. On me répondra aussi que des acteurs extérieurs à l’université peuvent permettre d’avoir une vision que des acteurs internes à l’UdeM n’auraient pas, certes oui, et ils ne sont pas nombreux.

Cependant, le recteur est censé représenter l’UdeM, mais aussi de la diriger (du latin rector : celui qui dirige) bref, sa communauté, que ce soit les professeurs, chercheurs, chargés de cours, étudiants ou personnel. Quel ne fut pas la surprise alors lorsque Guy Breton fut élu recteur malgré un très faible support de la part des professeurs, je vous réfère là au scrutin indicatif tenu le 21 septembre 2009 et qui mettait Guy Breton en quatrième place, très loin derrière le favori Marc Renaud malgré le fait qu’il fut tout de même vice-recteur et que les professeurs devaient très certainement le connaître1. Plusieurs de ces réactions se sont retrouvées dans l’article «Guy Breton n’a pas d’amis» du Quartier Libre (vol. 17 n°13), je vous laisse le consulter.

Pour avoir déjà mentionné qu’un tel processus était à la limite du légitime pour gérer une institution comme la nôtre au principal intéressé lors du «Sommet de l’UdeM» en 2012 et me faire répondre que mon intervention était pertinente, je suis déçu de constater que le modèle de nomination du recteur n’a pas changé. Que pire encore, on ne semble pas être possible de voter de nouveau pour ou contre un futur recteur, que le processus de renouvellement est déjà entamé et que l’on doit assister à des audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur pour faire part de notre mécontentement (ou non). Comme vous pouvez le constater, le nom donné aux audiences, qui débute par «en vue» ; bref, dans l’intention de, renouveler le mandat n’offre pas la possibilité de choisir, ni pour les professeurs, ni pour les étudiants, ni pour les employés. Je ne vous blâme pas du tout de faire partie de ce comité, au contraire, vous avez reçu des privilèges qui s’accordent très probablement aux qualités que vous possédez, nous ne pouvons qu’espérer que votre décision ou votre rapport sera juste et à la hauteur de vos fonctions et qu’elle reflétera ce qui aura été entendu.

On pourrait croire qu’un recteur élu a la confiance de son établissement d’enseignement, qu’il la garde et que de telles audiences n’ont pour but que d’accélérer quelque chose qui va de soi. Il y a quelque temps, j’aurais pu être d’accord avec cette idée. Cependant, quelques constatations viennent miner ce raisonnement.

La première est que le recteur n’est plus représentatif d’une part importante de l’université : les étudiants. En effet, ces derniers, à travers la FAÉCUM et leurs associations ont voté à majorité une position demandant la démission de celui-ci. Cette position n’a pas changé. Comment un recteur peut-il rester légitimement en place si ses étudiants sont contre sa présence? Certains pourraient me rétorquer que cette position fut votée pendant un moment chaud de notre histoire, je répondrais simplement que la position a été voté après la grève étudiante, certes suite à celle-ci, mais à un moment où la poussière, pardonnez l’expression, aurait dû retomber. Elle n’a fait que lever, le mécontentement est, encore, présent. Je vous invite à lire la lettre de Julien Stout intitulée «Sur la nécessité de faire démissionner Guy Breton» dans le Quartier Libre pour connaître plusieurs de ces raisons de demande de démission.

Je passerais rapidement sur le fait que les enseignants d’informatique et recherche opérationnels ont aussi voté pour sa démission. J’ai entendu parler d’au moins un autre département, mais je ne suis pas sûr de ce dernier. La crainte de représailles monétaire ou autre aurait aussi pu peser dans la balance de certains départements de ne pas voter de telles positions.

La deuxième constatation est que, même si le recteur peut se sentir légitime de continuer son mandat malgré les demandes de démission (une pétition sur Change.org2 a même recueilli 2 437 signatures!, je vous conseille d’aller lire certains des commentaires), nous avons l’impression que la reconduction de son mandat est une vitesse qu’il se permet alors que ses appuis sont très bas, pourquoi ne pas lancer un appel de candidature?

Parmi les autres constatations qui m’amènent à désirer sa démission, ou le non-renouvellement de son mandat, figurent le mépris qui semble afficher envers ses étudiants en général. Que ce soit lors de ses deux poursuites-injonctions contre la FAÉCUM (qui incluait l’interdiction de manifester autour de l’université! Dans quel monde vivons-nous si on empêche la manifestation d’une critique dans la cité où cette critique doit au contraire surgir! Et où l’un de ses avocats comparait l’université à un centre d’achat pour que la même sanction soit appliquée que l’affaire Dupond v. La ville de Montréal où on avait interdit les manifestations dans un centre d’achat3), de certains de ses propos, je cite le plus choquant à mon avis : « On est en train de mettre à feu et à sac la province pour 1$ par jour d’augmentation 4», de sa considération des étudiants comme des clients5 ou des cerveaux modulables (oui, j’ai lu la réplique de Guy Breton dans le Devoir et elle ne fait que confirmer qu’il ne veut pas développer l’esprit critique, il réitère que les «cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises6» sans vraiment de nuance), qu’il préfère, au Sommet de l’éducation du PQ de l’an dernier, parler avec la fédération étudiante TACÉQ qui n’a aucun membre à l’université de Montréal plutôt que de parler avec la CLASSE dont plusieurs des représentants étaient de l’UdeM et lui avaient fait signe de vouloir discuter avec lui, etc. Je rappelle qu’avant même d’être élu recteur, il avait déjà refusé des entrevues avec le Quartier Libre et que par la suite, il n’a pas hésité à en refuser de nouveau en pleine grève étudiante. Il a cependant daigné accorder une entrevue pour faire la promotion de sa modulation l’an dernier. Bref, il semble vraiment éviter tout débat d’idée. Oui, je suis allé à ses dialogues du recteur, et à l’exception de belles répliques, il n’y avait aucune volonté de dialogue : s’il y avait une qualité que je donnerais au recteur, ce serait celle de pouvoir faire des traits d’esprit.

D’autres considérations encore surviennent lorsque je pense qu’il défend avec beaucoup de verve la modulation des frais de scolarité alors que personne ne lui demande de le faire et au risque de se faire valoir «chaque fois une jolie volée de bois vert7» selon ses propres dires. Il l’aura défendu au Sommet de l’éducation du PQ [N’était-il pas supposé représenter les valeurs universitaires en tant que recteur comme il l’annonçait dans La Presse, «Mais j’irai au Sommet principalement pour défendre la position de l’Université de Montréal sur les quatre thèmes proposés par le ministère.8» plutôt que de se dire «j’y contribuerai avec énergie pour défendre ma vision de l’enseignement supérieur et de la recherche au bénéfice de tout le Québec.9»], devant la reddition de compte au gouvernement10, à La Presse11, etc. toujours avec l’autorité de recteur et rarement à titre individuel. Il dit représenter l’université, mais ce n’est pas vrai, les étudiants sont contre (comme en témoigne notamment les communiqués de presse de l’association de médecine12).

C’est avec ceci, bien que je pourrais continuer longtemps en parlant de l’affaire du 1420 (dont j’espère on vous reparlera), de sa vision clientéliste et entrepreneuriale de l’université, de l’anti-émeute au sein de notre université, le fait que la déclaration annuelle se fait sans publique maintenant (et donc, sans période de questions, bravo pour l’esprit critique), etc. que je conclurais. Membres du comité, j’espère que vous comprendrez notre frustration face au fait que cet homme puisse parler en notre nom tout en nous mettant la main sur la bouche. Guy Breton représente peut-être quelqu’un à l’université autre que lui-même, mais ce ne sont pas les étudiants, … ce ne sont pas les professeurs … et je doute fort que ce soit les membres du personnels. Je suggère donc d’empêcher sa réélection car, M. Breton n’a pas la légitimité d’être recteur de notre université.

Merci de votre attention.»

P.S.: Après la présentation, la présidente Louise Roy nous a fait remarquer à juste titre que le scrutin indicatif des professeurs se tenaient tout de suite après l’annonce des différents candidats et avant tout débat d’idée. C’est une information dont nous n’avions jamais pris connaissance. À cela, on réitérera que Guy Breton, arrivé quatrième, était déjà bien connu des membres de l’université puisqu’il était vice-recteur contrairement à certains autres candidats qui ont obtenu de meilleurs résultats. Nous conseillons aussi, à l’avenir, au syndicat des professeurs de tenir un débat ou de patienter avant de tenir un tel scrutin, nous sommes navrés qu’un tel vote se tient dans un certain aveuglement.

1 scrutin élection recteur (21 septembre 2009)

5 La perte du statut de métropole universitaire, Journal de Montréal, 8 février 2013

8 Pourquoi j’irais au Sommet, La Presse, 22 février 2013

Recteur Breton : mode d’emploi – La modération

La modération

Guy Breton appelle à la modération car, en effet, il ne faut pas dépasser les bornes! Il disait : «La modulation a bien meilleur goût», nous pensons qu’il a trop assimilé la dijonnaise et qu’elle lui sort par le nez parce qu’il peut fulminer parfois sur des enjeux qui le touche plus personnellement. Il se calme assez rapidement cependant et préfère effectuer table rase sur ce qui s’est passé. «Le passé est derrière nous», «On ne revient pas sur le passé» sont parmi les phrases qu’il a prononcé souvent lorsque nous sommes allé à un des Dialogue avec le recteur le 8 mai 2013. Breton veut travailler et influencer l’avenir.

En effet, dans sa déclaration annuelle de 20121, Breton désire tourner la page le plus rapidement possible sur l’entrée de l’anti-émeute (qui prend le nom de «force policière» dans ses mots, «force de l’ordre» sur le diaporama) :

«Cette page de notre histoire n’est glorieuse pour personne… pour personne. Je crois cependant parler au nom du plus grand nombre en disant que nous voulons tous la tourner, au plus vite, et regarder en avant.2»

ou encore :
« Il faut être capable de tourner la page.7»

«Je crois parler au nom de tous en affirmant que le temps est venu de tourner la page. 3» (juste avant de conclure en exerçant le souhait de se hisser plus haut dans les palmarès : «Ce que je souhaite, c’est que l’UdeM conserve sa place dans l’élite des universités de renommée internationale.  »)

Bref, l’épisode est refoulé au rang de mauvais souvenir. C’est, en regard de nos recherches, la seule fois qu’il commentera directement l’événement. Son appel à aller de l’avant, sa fuite en avant, semble en découler.

Une autre occasion où nous avons pu observé ce désir de fuite, mais aussi de modération fut lors de la rencontre intitulée «Réflexions et échanges sur l’enseignement supérieur à l’UdeM» où il mentionne à plusieurs reprises que l’événement doit se dérouler dans le calme et le respect (nous en convenons, mais au bout d’un moment, se le faire marteler de la sorte devient un peu paternaliste à notre avis). Ces appels à l’ordre se sont aussi réitérés à la fin de la rencontre alors que tout allait très bien.

Cette marque de modération se perd cependant dans les remarques qu’il fait en parlant du «Salon des demandes juvéniles 4» ou encore par l’emploi du terme «crise étudiante» dans son billet ou ses messages au public ou à la communauté5.

Nous ne voulons pas que Guy Breton se transforme en un robot froid et vite d’émotion, nous aimerions plutôt lui demander de cesser le refoulement et de nous expliquer, à nous, à notre communauté ce qui l’enflamme tant dans la grève étudiante. En effet, il dira à La Presse à propos de la #ggi : « «Il va falloir que la population le sache. On est en train de mettre à feu et à sac la province pour 1$ par jour d’augmentation.6» Une expression extrêmement graphique qui rappelle trop le à feu et à sang et n’appelle certainement pas à prendre du recul face à ce qu’il se passe. La modération ne s’applique pas qu’aux autres et ne sert pas à camoufler des actes qu’on aimerait oublier, aussi tragiques, aussi regrettables ils sont. La voie vers l’avenir passe par le passé et la compréhension de ce que l’on a fait afin de mieux s’orienter et d’éviter de (re)faire les mêmes erreurs.

La modération a bien meilleur goût? Pas si elle est avalée de travers.

2 Idem
5 Notamment cette utilisation du mot crise tout seul dans son message à la communauté : http://www.recteur.umontreal.ca/messages-a-la-communaute/article/une-rentree-hors-de-lordinaire-1/, sans compter l’emploi du mot boycott.

Recteur Breton : mode d’emploi – Le modèle

Le modèle

Guy Breton aime se hisser aux S/sommets qui se dressent devant lui, et c’est tout à son avantage et à celui de l’université. Il devrait cependant se garder de prendre les collines pour des montagnes et les escalader ainsi n’importe comment, et avec n’importe quel équipement!

Nous l’avons déjà mentionné ailleurs1, Breton ne prend que les modèles qui l’intéressent, soit le modèle nord-américain, voir un peu celui chinois, celui de la modulation au détriment d’autres qu’il délaisse à l’aide d’un seul argument généralement simplet et réducteur. En fait, ce qui l’intéresse surtout, c’est de former l’élite «En France, l’université est gratuite, mais dans les grandes écoles, qui sont les véritables lieux de formation de l’élite2», objectif louable en soit, mais qui se fait au détriment de l’éducation à tous les niveaux.

Notre propos veut cependant se recentrer sur la forme de modèle que l’université prend chez Breton. Pour lui, être un modèle, c’est se hisser au rang des palmarès. Nous citerons les nombreux rappels, insistances à laquelle Breton vante le mérite de se classer parmi les meilleures universités au monde, d’abord dans son carnet3, mais aussi dans les budgets de l’UdeM4 car, malgré son avertissement, «Car c’est la principale leçon de ces classements : la qualité de l’éducation est chose éminemment relative 5», on peut se demander s’il prend vraiment ses distances par rapport à la chose. Ces modèles sont là pour être surmontés, mais Breton le prend autrement, lorsqu’il compare l’Université de Montréal à celle de la Colombie-Britannique : « Je suis en compétition avec l’UBC [Université de la Colombie-Britannique] et j’ai 25 % de moins. Ce n’est pas vrai que je vais pouvoir continuer à avoir le même succès 6».

Se hisser au Sommet signifie aussi s’y hisser seul. Breton, au sommet de l’éducation n’était-il pas supposé représenter les valeurs universitaires en tant que recteur comme il l’annonçait dans La Presse, «Mais j’irai au Sommet principalement pour défendre la position de l’Université de Montréal sur les quatre thèmes proposés par le ministère.7» plutôt que de se dire «j’y contribuerai avec énergie pour défendre ma vision de l’enseignement supérieur et de la recherche au bénéfice de tout le Québec.8» au risque de parler de modulation tout le long. Ce sommet n’en était d’ailleurs pas uns diront beaucoup, dont Breton qui le qualifiait de «Salon des demandes juvéniles 9». Bref, en terme de modèle de respect, le recteur n’est pas à son meilleur lorsqu’il s’agit de proposer un véritable modèle, une voie à suivre puisqu’elle suit uniquement celle du budget et non de la qualité d’enseignement.

Voici d’ailleurs un échantillon de ce qu’est la qualité pour Breton dans une recherche du mot à travers tout ses billets de carnet (sont écartés les noms d’organisme comme le «Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur » ou l’occurrence du mot sans rapport avec l’université) :

– «Qu’est-ce que la productivité ? C’est produire un bien ou un service, de la meilleure qualité possible et au meilleur coût possible.10»,

– «la qualité de l’éducation est chose éminemment relative. 11»,

– «Je me réjouis de voir que la qualité des candidatures que nous recevons est en hausse.12»,

– «il manque 25 % de ressources financières, soit 200 millions de dollars, pour offrir la même qualité de services 13»

Pour un modèle de qualité, on a un modèle de qualité d’entreprise, pas d’université. Sans vraiment savoir de quoi il en retourne plus que cela.

4 Budget Udem 2013-2014, p.3

Recteur Breton : mode d’emploi – Le modelage

Le modelage

« « Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises ». Dieu sait si l’on m’a reproché cette affirmation ! Plusieurs y ont vu l’expression finie de l’inféodation de l’université au secteur privé et m’ont accusé d’être le chantre de la marchandisation du savoir. J’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer ailleurs à ce sujet.  1»

En effet, dans une lettre au Devoir le 17 novembre 20112, Guy Breton répond aux auteurs, Éric Martin et Maxime Ouellet, en expliquant qu’aujourd’hui «Plus de 99 % de nos étudiants vont gagner leur vie à l’extérieur de l’université et donc, pour le plus grand nombre d’entre eux, en entreprise. […] En cela, je réitère que les cerveaux doivent répondre aux besoins des entreprises. Mais de la même manière, on aurait pu dire pour d’autres domaines d’études que les cerveaux doivent répondre aux besoins des patients ou aux besoins des enfants. »

Nous croyons que Breton a mal saisi les propos des auteurs. En effet, ceux-ci ne parlent pas de couper les ponts avec les entreprises, ni empêcher les universités d’être utiles (accusation que Breton semble sous-entendre), mais plutôt que ce genre de partenariat n’est pas profitable ni pour les universités, ni pour l’État autant au niveau de la production de savoir que du coût de telles activités.

Nous pensons aussi que de poursuivre le débat du coût n’est peut-être pas le meilleur pour comprendre à quel point l’expression « Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises » (et sa réitération aussi) est horrifiante. Le but d’un cheminement universitaire n’est pas de répondre à un besoin extérieur (marché, patients, enfants), mais plutôt de favoriser une réflexion critique, citoyenne et oui, après, cette dernière peut être utilisée pour aider le marché, les patients et enfants c’est génial (vraiment super génial même). Cependant, imposer la contrainte, le modelage des cerveaux empêche l’épanouissement de cet esprit critique. La contrainte, l’étau de la rentabilité ou de l’utilité s’oppose au développement d’une pensée plus large puisqu’elle se renferme dans sa seule quête de la résolution d’un problème et non du questionnement du problème lui-même. Il faut savoir poser le problème pour y résoudre, faire correspondre un cerveau à quoi que ce soit, en plus de le réduire à un simple outil qui règle un problème ponctuel et nier toute l’individualité de la personne derrière ne sert à rien.