Mini-critique: Femmes et filles Mai 68

Couverture du livre Femmes et filles Mai 68n

Rares sont les essais et mémoires, même avec plusieurs auteur·es qui m’ont autant donné de sentiments parfois complètement opposés. Ce livre propose le témoignage de 29 femmes d’origines assez différentes (reste qu’elles sont toutes blanches, je parle vraiment plus en terme de classe, d’opinions, de familles et de régions) liées par un événement: Mai 68. À travers les différents textes, nous voyons cependant plusieurs similarités: c’était presque toutes des femmes aux cycles supérieurs ou déjà professeures (je crois qu’il n’y a qu’une exception), qui en ont aussi toutes pas mal arrachées ou n’étaient pas écoutées parce qu’elles étaient des femmes, et évidemment toujours, au moment de Mai 68, dans et autour de Paris.

Après, le livre donne la parole à des personnes très très différentes et chacune n’hésite pas à déborder du témoignage pour livrer leur programme politique (souvent les femmes très conservatrices qui le font) parfois sur plusieurs pages avec des opinions pour le moins très surprenantes. Françoise Chandernagor en est probablement l’exemple le plus probant avec des énonciations de contradictions parfois complètement aberrantes. Je ne peux pas ne pas citer ce passage juste après la dénonciation d’absence dans les prix littéraires:
«Mais pour ma part, j’avais refusé il y a longtemps d’y [au prix Femina] siéger parce que je ne crois qu’à la mixité: j’avais dit à ces dames que j’irais chez elles lorsqu’il y aurait des hommes… Je n’aime pas plus les ambiances où il n’y a que des femmes que celles où il n’y a que des hommes: les couvents, les pensionnats de jeunes filles, et les casernes, c’est l’horreur! Les hommes sont des brutes, mais les femmes sont des chipies, et la mixité seule peut rendre les uns et les autres meilleurs…» (p.40) Le reste de son texte aussi est aussi très étrange.

Un des gros problèmes de l’ouvrage est l’aveuglement (à escient ou non; probablement pas de la part des éditrices toutefois) quant au fait qu’Antoinette Fouque aurait fondée à (presqu’)elle toute seule le MLF, une des conséquences de mai 68 (et probablement la plus mentionnée par les autrices et la plus positive à leurs avis). Le texte d’Antoinette Fouque (un collage de d’autres textes déjà publiés précédé d’une introduction de son collectif) tombe dans une espèce d’auto-hagiographie où elle est la quasi-unique responsable de la plus grande révolution de l’histoire humaine depuis l’invention de l’imprimerie (je n’exagère pas) en plus d’être mensonger quant à la soi-disante « création » du MLF (voir le dernier livre de Marie-Jo Bonnet Mon MLF ou encore l’histoire des éditions des femmes de Bibia Parvard dans Les éditions des femmes : Histoire des premières années 1972-1979, etc.)

La pluralité des discours face à mai 68 est cependant très intéressante et c’est ce qui fait la force (et c’est sincèrement un euphémisme) de l’ouvrage, on est loin du point de vue unique sur un événement et l’approche face à cette histoire est véritablement polysémique et permet vraiment de l’appréhender sous plusieurs angles. Les éditrices ont définitivement fait un travail admirable à cet égard. Même si je n’étais pas du tout d’accord avec la vision de plusieurs sur la politique en général, sur leur point de vue; au moins, j’ai pu les écouter et je suis certainement d’accord avec certains des points qu’elles évoquent et est très reconnaissant aussi de l’admission de certaines d’entre-elles à en voir les bienfaits et les méfaits même quand la prise de position semblait complètement polarisée.
Il est simplement dommage que certaines n’aient tout simplement pas été capable de comprendre qu’elles n’étaient pas réellement observatrices ou neutres dans un mouvement lorsqu’il s’est déroulé: «Mai 68, je l’ai vécu en spectatrice un peu comme une entomologiste regarde les insectes!» (p.169), mais bel et bien participante d’un mouvement, peut-être juste pas dans le « camp » qu’elle penserait être. « Je n’ai jamais aimé les « manifs ». Je ne suis pas de nature révoltée. J’aime la liberté, mais pour tout le monde!» (p.171) Catherine Salviat essaie de rapporter de manière neutre les événements et son opinion dessus alors qu’elle a été partie prenante de ces événements, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas fait la grève qu’elle est neutre! Bien au contraire, ça reste une prise de position surtout lorsque tu forges ces événements!

Certains textes m’ont évidemment marqué·, bien que très peu au début de l’ouvrage au point où j’avais l’impression que j’allais en laisser tomber la lecture tellement je voyais un parti-pris très conservateur et pro-Fouque au début (qui s’est modifié par la suite). Une des surprises est probablement l’intérêt des lettres de refus de contribuer à l’ouvrages qui m’ont vraiment fasciné· et intéressé· de par leur réponse. Celui d’Annette Messager qui avoue humblement être « inutile dans [le] débat » explique qu’on l’a refusée aux Beaux-Arts pour faire des affiches (parce qu’il n’y avais pas de femmes) et qu’elle ne s’est donc pas impliquée plus par la suite (durant Mai 68) citant l’absence de la contribution, de l’apport et de la reconnaissance des femmes durant Mai 68, mais reconnaissant aussi l’impact important de cet événement. Ce témoignage trouve écho dans pas mal tous les textes cités qui parlaient souvent des barrières de l’époque (dont la hauteur variait selon l’auteure) qui tombaient ou au moins diminuaient (toujours selon l’auteure) dans les années suivant Mai 68 et certainement en conséquences de cet événement et de l’avènement du mouvement de libération des femmes en France.

Ce n’est pas une période sur laquelle j’ai beaucoup lu. Ce fut donc certainement très intéressant d’en apprendre énormément sur la période et le Paris auto-géré qu’il eu lieu un mois durant avec ses conflits, ses dialogues (qui émergeaient apparemment souvent en plein rue avec des gens qui ne se connaissaient pas!), de la multiplicité des points de vue, ses tours de garde, ses prises de conscience, ses contradictions parfois connues, parfois reproduites (et de l’importance des vélos à ce moment!!!!!!). Ainsi que de toute cette histoire importante et influente racontée par les personnes qui en ont été exclues (encore une fois, parfois sciemment) alors qu’elles l’ont très certainement bâtie et maintenant, elle la raconte.

8 choses à savoir sur les remboursements à l’Aide Financière aux Études (AFE)

Vous venez, vous êtes sur le point ou vous comptez terminer vos études un jour? C’est un excellent prétexte pour célébrer et toutes mes félicitations!! Ce que vous allez moins apprécier cependant, ce sont les remboursements du prêt de l’Aide Financière aux Études (AFE) qui peuvent vous réserver des surprises de taille assez monumentale (pour utiliser un euphémisme).

Voici donc 8 éléments, qui furent toutes des surprises pour moi (bien que je pensais avoir fait pas mal de recherches sur le sujet), que vous devriez savoir avant de contracter un prêt envers l’AFE ou juste avant de commencer à le rembourser. Connaître ces points peut vous permettre de planifier votre remboursement de manière beaucoup plus réaliste ou au moins de prévoir une plus ou moins longue période à ne pas pouvoir manger autant de légumes frais que vous aimeriez.

1-L’AFE ne cesse de recalculer le montant de votre prêt et de votre bourse (pour le meilleur et pour le pire)

Lorsque vous appliquez pour les prêts et bourses, c’est appliquer pour voyager dans des montagnes russes: des fois, vous aurez pas mal de bourses, d’autres fois, beaucoup de prêts dont vous ne semblerez pas voir la fin. Et peu importe comment le gouvernement le calcule, combien de temps vous travaillez et étudiez, ce calcul ne fera jamais aucun sens. Et ce, peu importe le simulateur que vous choisissez puisque trop de facteurs entrent en compte dans votre calcul et qu’un simple oubli de votre part d’un facteur pourra grandement influencer la demande (par exemple, pour chaque dollar gagné, le gouvernement en retire la moitié en bourse)

Il est donc important de savoir cependant que le montant accordé en prêts et bourses ne cessera d’osciller pour ce que vous considérerez aucune bonne raison de votre côté, et ce même avant que vous ne déclariez vos revenus après la fin d’année! Vous aurez donc le choix de passer des heures au téléphone et écrire des courriels sans réussir à comprendre leur nouveau calcul ou vous laisserez tout simplement tomber en espérant fort que l’AFE n’est s’est pas réellement trompé dans ses calculs si le nouveau calcul ne vous avantage pas. D’expérience toutefois, ce montant semble cependant rarement dépasser 1 000$ de bourses qui se transforment en prêts.

2-Vous payez une assurance sur le remboursement du prêt

OUI! Non seulement vous allez devoir rembourser le prêt et les intérêts sur le prêt, MAIS EN PLUS vous devrez payer l’assurance prêt qui se situe autour de 0,7% de plus par année sur votre prêt. Un beau moyen pour les banques et caisses de s’enrichir encore plus sur le dos des prêts étudiants!

3-Rater un paiement vous coûtera plus de 80$

Vous ratez un paiement? Pas grave, vous n’avez qu’à payer 85$ de frais!! Votre banque ET le gouvernement vont vous réclamer de l’argent. Inutile de préciser que ça affectera aussi votre dossier de crédit 😉

4-Votre retour d’impôt mensuel sera amputé de moitié

Et oui, l’argent que vous devez au gouvernement empêchera les retours d’impôts qui vous sont dus chaque mois et qui vous permettent de joindre les deux bouts puisque vous êtes encore en train de vous chercher un emploi ou que vous avez un emploi au salaire minimum et que vous avez déjà commencé vos remboursements de 200-300$/mois.
Pour être bien honnête, ce montant n’est déduit que si vous avez deux dettes d’étude en même temps suite à un recalcule. Ce qui m’amène au point suivant:

5-Vous pourriez être obligé·e de payer deux dettes d’étude en même temps!

Lors d’un recalcule, s’il n’est pas à votre avantage (et il semble ne pas l’être souvent) et que vous avez terminé vos études, vous pourriez être dans l’obligation de rembourser deux dettes en même temps! Vous pouvez, en effet, choisir le montant de vos remboursement, mais pour une erreur de 1000$, vous voudrez probablement vous en débarrasser le plus rapidement possible pour payer votre 15 000$ restant (chiffre moyen pour un programme universitaire de deux ans, ça peut aller jusqu’à, en moyenne, 41 000$ pour le doctorat).

Je vous laisse cependant sur trois choses très positives à savoir pour compenser ces mauvaises nouvelles:

6-Il est possible de changer le montant des versements!

Il faut simplement parler avec un représentant qui s’occupe des prêts de votre banque ou coopérative financière. J’ai créé un tableau de remboursement des prêts qui calcule automatiquement la durée de remboursement des prêts en fonction du montant à rembourser, du taux d’intérêt et du montant que vous allez rembourser par mois.

Capture d'écran du tableau de remboursement des prêts

Capture d’écran du calculateur de remboursement des prêts, il faut simplement entrer vos chiffres dans les cases vertes, le reste se calcule automatique.

7-Vous n’êtes pas obligé·e de les rembourser dès la fin de vos études (6 mois)

Le gouvernement va payer les intérêts pendant les 6 premiers mois, ou plus si vous êtes dans une situation précaire (et vous n’aurez pas à les rembourser!).

8-Vos intérêts versés sur la dette sont déductibles d’impôts!

Je n’ai aucune idée de comment ça fonctionne dans les faits, mais Stéphanie Grammond l’écrit donc ça doit être vrai! (le reste de l’article peut être assez paternaliste, je vous l’épargne donc:) « Pour alléger le fardeau des diplômés, les gouvernements offrent un crédit d’impôt de 15% au fédéral et 20% au Québec sur les intérêts versés sur le prêt étudiant. ». À vous donc de réclamer ces centaines de dollars qui vous sont dus chaque année!!

Répartition F/H des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2017)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du genre (1920-2017)
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De 1920 à 2017, 1052 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce quatrième billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

Comme toujours, les bases de données que j’ai montées pour effectuer cette recherche sont disponibles pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez (mais merci de me citer comme auteur·).

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1052 dhc remis, 941 ont été attribué à des hommes et 111 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 140 dhc ont été remis: 107 à des hommes, 33 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,6% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a augmenté de 0,2%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 10,7 pour les hommes et 3,3 pour les femmes. Il s’agit là de 23,6% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a diminué pour les femmes de 0,4%.

La médiane depuis 1920 est toujours de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 10 pour les hommes et 3 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées depuis 1920, mais a diminué de 0,5 pour les hommes par rapport à l’année dernière de nouveau dû au faible nombre de doctorat honoris causa décernés cette année (tendance de plus en plus remarqué sous le rectorat de Guy Breton).

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observés dans le premier billet sur la question. Nous avons mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24% (22 dhc remis à des femmes) [une diminution de 0,4% par rapport à l’année dernière dû à un dhc décerné de moins que l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc (il s’agit d’un comité créé par le conseil de l’université).

Et les autres universités?
Le collectif opposé au sexisme à l’UQÀM vient d’effectuer un travail similaire le 30 octobre est arrive au conclusion que 20,3% des dhc des 25 dernières années ont été décernés à des femmes. C’est un pourcentage très légèrement plus élevé que celui de l’UdeM (à 18,7% dans les 25 dernières années). Nous attendons avec impatience les résultats dans d’autres universités!

Critiques intersectionnelles
Le genre n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche.
Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et aux biographies des récipiendaires (ainsi que quelques recherches en ligne), seul·es une femme des Premières nations, un Innu, une femme noire, une Afghane et une Colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 8 personnes non-blanches (sur 119 dhc donc 6,7%!!) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des Chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (mais plus souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, cette représentation est, dans les faits, encore plus minuscule.
Un dhc a été décerné cette année à André Dudemaine (un Innu de Mashteuiatsh).

Conclusions:
Bref, avec toujours moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre.

À venir, éventuellement:
Une approche par faculté ou domaine d’étude pour tenter de voir si la discrimination est la même partout.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM
Liste des doctorats honoris causa de 2017

Répartition hommes/femmes des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2016)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2016)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2016)
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De 1920 à 2016, 1038 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce troisième billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez (mais merci de me citer).

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1038 dhc remis, 930 ont été attribué à des hommes et 108 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 150 dhc ont été remis: 114 à des hommes, 36 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,4% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a augmenté de 0,1%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 11,4 pour les hommes et 3,6 pour les femmes. Il s’agit là de 24% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a augmenté pour les femmes de 0,7%.

La médiane depuis 1920 est toujours de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 10,5 pour les hommes et 3 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées ont légèrement diminué pour les hommes et les femmes par rapport à l’année dernière dû au faible nombre de doctorat honoris causa décernés cette année (tendance de plus en plus remarqué sous le rectorat de Guy Breton).

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observé le premier billet sur la question. Nous n’en avons pas trouvé de nouveaux, mais mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24,4% (20 dhc remis à des femmes) [une augmentation de 0,4% par rapport à l’année dernière dû à un dhc décerné de moins que l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc (il s’agit d’un comité créé par le conseil de l’université).

Critiques intersectionnelles qui peuvent être formulées:
Le sexe n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche.
Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et aux biographies des récipiendaires (ainsi que quelques recherches en ligne), seules une femme autochtone, une femme noire et une colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 6 personnes non-caucasiennes (sur 105 dhc donc 5,7%!!) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des Chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (mais plus souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, cette représentation est, dans les faits, encore plus minuscule.
Aucun dhc n’a été décerné à une personne non-blanche cette année.

Conclusions:
Bref, avec toujours moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre. Malgré la publication du billet l’année dernière et mes tentatives de contacter l’UdeM à ce sujet sont restées lettre morte. L’année dernière, j’ai eu l’occasion de partager mes résultats avec le comité permanent sur le statut de la femme de l’UdeM, mais le seul changement de 2016? Un doctorat honoris causa de moins que l’année dernière et toujours autant de blancs (6 canadien·nes et 1 américain).

À venir éventuellement:
Une approche par faculté ou domaine d’étude pour tenter de voir si la discrimination est la même partout.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM
Liste des doctorats honoris causa de 2016

Les souffrances invisibles de Karen Messing

Les souffrances invisibles de Karen Messing

L’essai de Karen Messing est extraordinaire. Non pas seulement parce qu’elle s’attarde à décrire en détails comment l’environnement de travail peut rendre plusieurs catégories d’emploi des métiers où les travailleurs et travailleuses sont à risque d’être malades, d’être exposé·es à de la radiation, à des douleurs chroniques ou permanentes, etc. mais aussi par une réflexion plus générale sur le travail physique demandé et le peu de considération qu’on y accorde vraiment.

L’essai n’est pas qu’une analyse approfondie du comment l’environnement affecte la santé. Il s’agit aussi du récit du parcours professionnel, et parfois plus personnel, de l’auteure et de l’évolution de sa pensée. Présenté à travers 11 chapitres qui constituent presqu’autant d’études sur un sujet précis (des techniciens de surface dans les hôpitaux aux enseignantes en passant par le travail à la chaîne ou les serveuses de restaurant), elle reprend différents articles écrits au cours de sa vie pour articuler un récit autour de ce qu’elle nomme le « fossé empathique » soit une sourde oreille que les chercheur·es font face aux travailleurs et travailleuses de plus bas statuts que les premièr·es. Il s’agit aussi d’un essai qui articule une réflexion importante sur les conditions de travail, mais aussi d’une large indifférence/insensibilité des patrons d’entreprise qui part du refus aux universitaires d’étudier les conditions de travail de leurs employé·es jusqu’au mensonge orchestré.

Ce qu’avance Messing n’est pas inconnu pour moi, ayant travaillé dans différents emplois (et études) nécessitant des déplacements physiques et le transport de charges plus ou moins lourdes régulièrement; j’ai bien évidemment ressenti ces douleurs malgré mon relativement jeune âge, douleurs qui allaient en s’accentuant au fur et à mesure des années. Lors de mon dernier emploi, en raison d’horaires de cuisine particuliers, je ne prenais pas vraiment de pauses pour m’asseoir et souffler ce qui me causait de grandes douleurs aux pieds et une fois rentré· chez moi et assis·, je peinais souvent à me relever. Une partie de cette douleur s’estompa lorsque je commença à m’asseoir régulièrement durant mes chiffres, mais étant la seule personne en cuisine, il était difficile de vraiment se reposer puisque je devais me lever sitôt que survenait un·e client·e. L’auteure de Les souffrances invisibles se penche sur le problème de la position debout, parmi bien d’autres, en s’attardant notamment aux caissières de supermarché nord-américain qui travaillent en position debout contrairement à leurs homologues européennes qui travaillent assis. Messing en vient évidemment à constater des problèmes qui pourraient se régler en permettant simplement d’avoir un siège pour les caissières. Dans les chaînes de supermarché cependant, on refuse cette solution sous prétexte que le comptoir serait alors trop haut pour effectuer les transactions (réglé simplement avec un siège plus haut ou avec un siège qui permet de bien s’accoter debout) ou encore que ce serait un manque de respect pour les clients que d’être servi·es par des personnes assises.

C’est probablement là qu’un premier «fossé empathique» peut être constaté, un·e client·e tient-ille vraiment tant à se faire soi-disant «respecter» au risque d’accidents de travail plus fréquent et de douleurs constantes pour la personne qui travaille? Si oui, peut-être avons-nous une vision un peu tordue de ce qu’est le respect surtout lorsque ce sont les personnes de plus bas statut qui vont alors se blesser pour gagner simplement assez pour subvenir à leur besoin et leur famille.

Parlant de famille, l’auteure observe aussi combien les horaires de travail changeant, de soir, de fin de semaine, etc. sont anxiogènes pour les travailleurs et travailleuses avec des familles pour qui doit souvent alors trouver des gardien·nes pour les enfants en bas âge, quelqu’un·e pour aller les chercher à l’école ou à la garderie. Même lorsqu’un·e partenaire est présente, cela n’empêche pas les casse-tête surtout lorsque les horaires de ce·tte dernièr·e sont aussi complexes. Encore une fois un problème qui pourrait être réglé plus facilement en établissant des horaires plus tôt ou plus réguliers ou en pensant qu’il n’est probablement pas nécessaire pour un supermarché d’ouvrir jusqu’à 2 heures du matin (oui, Messing parle de ces travailleurs qui ne pourraient absolument pas magasiner en dehors de ces heures).

Nous avons parlé d’exemples concrets de ce qu’elle décrit dans le livre, on pourrait les détailler encore longtemps, que ce soit pour dépeindre les conditions de travail des concierges de train en France ou des travailleurs dans une usine avec de la poussière radioactive qui s’imprégnait partout. Cependant, un autre des aspects de l’essai est de discuter de comment ces problèmes d’environnement touchent très souvent les femmes. Cet aspect est abordé dans l’essai autant à travers les études menées que le parcours personnel de l’auteure qui essuyait souvent des refus de subventions au début de sa carrière et les réactions de certains de ses collègues universitaires qui ne semblaient pas comprendre l’importance des approches différenciées en fonction du sexe.

Cette déconnexion des universitaires face à certaines réalités est un peu le cœur de l’ouvrage si on y réfléchit bien. C’est en tout cas à eux que s’adresse surtout (mais pas que) la formule du «fossé empathique», mais aussi dans une très large mesure l’ouvrage. Bien qu’il soit relativement accessible, définissant et vulgarisant un peu tous les sujets de l’ergonomie à la valeur-p, l’essai reste un recueil d’articles bien spécifiques, bien que relié par un plus grand récit, sur l’ergonomie et le travail de chercheur·e universitaire qui raconte parfois bien longuement les processus de demandes de subventions.

Bien que les critiques qu’elle adresse aux universitaires sont souvent celles qui leur sont régulièrement adressées : rester dans leur tour d’ivoire, d’appartenir à une classe élevée et leur désintérêt presque totale pour ce qui ne relève pas de l’université; les critiques sont formulées avec des exemples bien précis et des situations réelles. Alors que des travailleurs sont en train de souffrir, voir de risquer la mort, dans leur milieu de travail, les universitaires choisissent presque sciemment de les ignorer pour des études qui leur permettrait de publier dans des revues plus prestigieuses ou encore des études rentables (souvent commandées par des entreprises) plutôt que de se responsabiliser face au restant de la société ou travailler en partenariat avec des syndicats. Ces choix peuvent être parfois un peu forcés par les gouvernements, dont les coupes aux subventions, du gouvernement conservateur, qui ne rejoignent pas les intérêt des entreprises. D’autres fois pourtant, il peut s’agit de différence de classe dont les universitaires n’ont pas nécessairement pris conscience. L’auteure parle notamment de sa situation à elle qui a toujours été relativement aisé (née d’un père cadre et d’une mère artiste de gauche, mais qui gravirent tout de même des échelons) et de ses collègues qui le sont parfois moins et qui remarquent parfois des situations à laquelle elle peut être aveugle.

Un seul exemple : l’auteure raconte la fois où elle voulait photographier des concierges pour pouvoir montrer à quel point elles devaient adopter des positions inconfortables pour nettoyer certains recoins inaccessibles (positions un peu caricaturées par la couverture de l’essai). Malgré sa tentative d’avertir à l’avance, le message ne s’était pas rendu aux employées et ces dernières refusèrent en bloc de se faire photographier dans leur tenue de travail par une universitaire avec des vêtements qui montrait assez clairement son appartenance à une classe sociale plus favorisée. Bien qu’elle finit par réussir à les photographier un peu plus tard (les employées étaient alors préparées à être prises en photo et l’auteure ayant pris le soin de mettre des vêtements plus ordinaires), une certaine confiance s’est brisée à ce moment.

Le manque de confiance peut aussi surgir du fait que les recommandations qui découlent d’études ne sont parfois pas adoptées, voir refusées catégoriquement, par les patrons (ou le gouvernement!) alors qu’on leur a démontré le danger pour les travailleurs et travailleuses. Ces situations posent très sérieusement la question de l’utilité de la recherche des universitaires pour les employé·es. Bref, c’est aussi une réflexion très sérieuse et engageante sur les classes sociales que propose Messing.

À travers son parcours et son livre, l’auteure doit aussi s’attaquer à des mythes extrêmement tenaces, dont celui de la valeur-p qui, alors qu’elle est complètement arbitraire, limite très très souvent l’établissement de corrélation entre certaines conditions de travail et des accidents/maladies. Je réfère là au chapitre 10 qui est consacré à cette question (et auquel elle amène quelques éléments de réponse). Parmi les autres mythes que l’ergonome attaque est celui du travailleur malhonnête, qui ne ferait que se plaindre pour obtenir le maximum de jours de congés. Celui-là que même les docteur·es ne croient pas alors qu’une tâche répétitive est exercée et que la corrélation devrait apparaître évidente, mais qu’ils laissent passer d’autres accidents identiques comme des blessures lors d’activités physiques ou de loisirs ponctuels puisque les docteur·es comprennent ce type de douleur parce qu’illes peuvent se rapporter à ce genre de situation. Les patrons sont aussi largement à blâmer pour l’indifférence manifeste face à ce genre de situation, où même lorsque plusieurs travailleurs et travailleuses sont affecté·es des mêmes problèmes (de l’asthme, à des mots de dos, etc.) et qu’illes essaient de changer leur condition de travail pour empêcher la répétition de ces douleurs, rien ne bouge. C’est en ce sens que le sous-titre de l’ouvrage, Pour une science à l’écoute des gens, se révèle: plusieurs de ces problèmes pourraient être résolus simplement en étant à l’écoute, que ce soit les universitaires ou les patrons, et l’ouvrage regorge de ces exemples où une simple oreille tendue pourrait guérir les problèmes de dos.

Cette science empathique n’est malheureusement pas suffisante à régler tous les problèmes et doit parfois faire face à des situations où des gens égoïstes se servent de tous les outils à leur disposition, des tribunaux aux mensonges, pour empêcher que leurs privilèges et vision des choses ne changent. L’auteure raconte une situation particulière où une étude intitulée EQCOTESST fut attaqué de tous les côtés par des regroupements d’employeurs qui accusaient l’étude de manquer de fondement scientifique et où l’organisme qui chapeautait le projet a dû abandonner l’étude pour ne pas à avoir à mettre toutes ses énergies à la défendre. Cela n’a pas empêché par la suite des délégués patronaux à mentir régulièrement sur la même étude (parce que la répétition, à défaut d’être vraie, à cet avantage de passer pour vrai) même si on les avait repris sur la question (voir pp.189-191) et montré en quoi leur argument était mensonger.

Karen Messing nous informe non seulement sur ce que pourrait être une science empathique, dans ce cas précis quels pourraient être les potentiels de l’ergonomie, mais développe aussi une réflexion beaucoup plus large sur la société et l’environnement de travail. Que ce soit à travers les rapports de classe ou de sexe, les plus largement développés dans l’essai, la confiance et l’empathie que l’on décide d’accorder ou non et qui ont des conséquences réelles pour le bien-être général, ou encore les rapports de pouvoir qui sont toujours à l’avantage des mêmes. En plus d’ouvrir les yeux à différentes réalités et différents emplois, les recommandations de Messing vont plus loin que toucher simplement à une catégorie d’emploi. Personnellement, je suis déjà en train de repenser certains présupposés, de repenser à quel genre de «fossé empathique» je possède, mais aussi de penser à un environnement de travail beaucoup plus sain et ergonomique pour une coopérative que je cofonde. Bref, l’auteure ne reste justement pas dans cet abstrait de la tour d’ivoire universitaire et nous force à nous reconsidérer et à commencer à avoir un impact, lorsqu’on peut, non-négligeable sur notre environnement.

À mettre entre les mains de tou·tes les patron·nes et universitaires, mais aussi pour les personnes intéressées par les conditions de travail, l’ergonomie et la différenciation sexuelle du travail.

Répartition hommes/femmes des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920 (rapport 2015)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2014)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2015)
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De 1920 à 2015, 1031 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes. Ce second billet sur la question est une mise à jour annuel du premier billet.

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez.

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1031 dhc remis, 925 ont été attribué à des hommes et 106 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 163 dhc ont été remis: 125 à des hommes, 38 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9 dhc de remis à des hommes par année et 1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10% de tous les dhc! Par rapport à l’année dernière, la moyenne totale des diplômes décernée aux femmes a diminué de 0,1%! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 13,6 pour les hommes et 3,6 pour les femmes. Il s’agit là de 23,3% de tous les dhc. Encore par rapport à l’année dernière, cette moyenne a aussi diminué pour les femmes de 0,1%.

La médiane depuis 1920 est de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 12 pour les hommes et 3,5 pour les femmes. Ces médianes restent inchangées par rapport à l’année dernière.

Plusieurs faits intéressants, et historiques, ont été observé l’année dernière. Nous n’en avons pas trouvé de nouveaux, mais mis à jour l’un d’entres-eux:

  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 24% (18 dhc remis à des femmes) [augmentation de 0,1% par rapport à l’année dernière]
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc.

Critiques intersectionnelles qui peuvent être observée:
Le sexe n’est pas le seul critère de discrimination, l’ethnie, l’orientation sexuelle, la classe, etc. devrait aussi pouvoir être prise en compte dans une analyse qui pourrait être plus intersectionnelle. Bien que ces critères nous tiennent à cœur, nous n’avons pas les ressources nécessaires (temps, accès à des données approfondis sur les honoris causa) pour effectuer cette recherche. Nous avons cependant pu observé que depuis 2009, grâce aux photos et une petite biographie des récipiendaires, seules une femme autochtone, une femme noire et une colombienne ont reçu des dhc, trois hommes chinois aussi. Ces attributions marquent bien les liens que l’UdeM tentent de tisser avec les universités chinoises depuis quelques années, mais aussi certains événements politiques internationaux comme la remise d’un dhc à Ingrid Bettancourt quelques mois après sa libération. Ces 6 personnes non-caucasiennes (sur 98 dhc) représentent difficilement cependant les pourcentages des minorités visibles au Canada (qui représentent 19,1% de la population canadienne) à l’exception des chinois qui représentent 4% de la population canadienne. Considérant que les dhc sont quand même décernés à des personnalités de partout à travers la planète (souvent à des Américains et des Français), bien qu’un grand nombre de Canadiens et de Québécois s’y retrouvent, ce nombre nous paraît encore plus minuscule.

Conclusions:
Bref, avec moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre. Malgré la publication du billet l’année dernière et mes tentatives de contacter l’UdeM à ce sujet sont restées lettre morte. Cette année, j’ai cependant eu l’occasion de partager mes résultats avec le comité permanent sur le statut de la femme de l’UdeM. Y aura-t-il enfin un changement en 2016?

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM

Les dessous du printemps étudiant de Gérard Beaudet

Les dessous du printemps étudiant Gérard Beaudet

21 mars 2015, manifestation contre l’austérité et les hydrocarbures. Une nouvelle grève ou du moins, tentative de grève est lancée. Nombreux ont été les éditorialistes et commentateurs de l’actualité à critiquer cette grève et à se moquer de la contestation des hydrocarbures au même titre que l’austérité ou l’éducation (un article vient tout juste de paraître établissant des rapports entre les deux). Pourtant, comme tente de le prouver Beaudet dans un ouvrage précédant cette grève, les deux ne sont pas tant incompatibles et peuvent même être pensés ensemble.

L’ouvrage de Beaudet est divisé en trois chapitres très distincts. Le premier pose un contexte historique qui explique l’échec de la Révolution tranquille et, dans une moindre mesure, celui du rapport Parent. Le deuxième traite des dérives de l’université aujourd’hui et de conséquences concrètes notamment à l’Université de Montréal (c’est là qu’il enseigne), il le conclut en appelant à des États généraux sur l’Éducation. Le dernier se concentre sur des questions d’urbanisme et de relations au territoire et en appel à l’élaboration d’une stratégie collective pour le développement du territoire afin d’éviter que des individus ne s’approprient pour eux seuls l’exploitation des ressources. L’auteur réussit admirablement à inscrire la continuité des deux derniers chapitres avec le premier, soit que les échecs des réformes et révolutions culturelles québécoises ont mené à une mainmise d’une poignée d’individu sur la direction que prend le Québec en matière d’éducation et de territoire. Cependant, il n’arrive pas à tracer un lien entre ces deux sujets ce qui donne un essai rassemblé autour des échecs de l’histoire expliqués dans le premier chapitre et non concentré sur les liens entre l’éducation et le territoire malgré quelques similitudes.

« Tout se passe comme si la portée collective du projet éducatif mis en œuvre dans le sillage du dépôt du rapport Parent, il y a maintenant cinquante ans, n’avait pas été assumée. Nous serions certes plus éduqués, mais pas nécessairement moins perméables aux idées reçues. » (p.29)

Dans la première partie, l’auteur développe l’hypothèse que l’aisance avec laquelle certains groupes d’individus (dont les Lucides) arrivent à imposer leur vision des choses et de la juste part découlerait de notre inaptitude à débattre d’enjeux collectivement. Après un rappel historique qui parle de l’emprise de l’Église catholique sur le système scolaire et de son opposition à une loi sur l’éducation obligatoire qui sera enfin détrônée en 1964 avec la création du ministère de l’Éducation. Cette mainmise de l’Église sur l’éducation aura pour effet, l’auteur nous le présente chiffres à l’appui, que les québécois·es épargnent, donnent moins pour l’éducation et accusent des taux de décrochage plus haut que les autres provinces canadiennes. L’éducation ne serait en fait pas un enjeu collectif puisque la population n’est pas capable de saisir celle-ci autrement que par un type de rapport clientéliste (aller voir le médecin, le notaire, etc.) qui justifierait la mentalité de l’utilisateur-payeur. Malgré un certain succès du rapport Parent que l’auteur cite à profusion, un constat d’échec des réformes éducatives collectives (et non individuelles) à apporter existe pour lui et des auteurs comme Guy Rocher, Fernand Dumont et Jacques Grand’Maison.

La deuxième partie se concentre sur le système éducatif présent et débute sur l’idée que l’université, aujourd’hui, suit un modèle d’entreprise ; en font foi l’ampleur et le poids de l’appareil administratif universitaire. Il donne l’exemple qu’il connaît bien de l’Université de Montréal en révélant plusieurs abus de cette administration et du principe de rentabilité de l’université qui va en grandissant. Ses exemples sont très concrets et bien qu’il ne dévoile rien de nouveau, Beaudet arrive à tracer un récit très convaincant de la vision entrepreneuriale de l’UdeM. De plus, on ne peut qu’apprécier que ses réflexions soient différentes de celles avancées par Michel Seymour dans Une idée de l’Université bien que la pensée amène à des conclusions similaires (notamment en ce qui à trait à la dérive immobilière qui gaspille l’argent public qui était destiné à l’éducation). Il conclut, après avoir ouvert la réflexion sur l’université en général, à la nécessité d’états généraux puisque la question du devenir des universités est primordiale d’autant plus que, pour l’auteur, la réflexion est laissée aux administrateurs faute de temps pour les chercheurs de s’en préoccuper.

La troisième et dernière partie se concentre sur les questions de territoire. Après un bref historique sur l’évolution des considérations de l’aménagement et de l’urbanisme au Québec (qu’il fait débuter en 1961), on constate une très lente évolution dans la province de ces questions. Par la suite, il met en parallèle le rapport Parent et La Haye notamment en ce qui a trait aux recommandations que l’État joue un rôle dans le devenir social et la démocratisation des conséquences de ces deux rapports. Il n’hésite pas cependant à montrer en quoi le rapport La Haye se distingue de son homologue non plus. Le rapport La Haye se rapproche de considérations beaucoup plus encadrante que concrète. Ainsi, « [d]e ce point de vue, le territoire a été réduit à une ressource à exploiter » (pp.110-111), une mentalité que les projets territoriaux suivants n’auront fait que poursuivre (Plan Nord, gaz de schiste, etc.). Il rappelle cependant que le développement urbain et architectural n’est pas absent du Québec en donnant notamment 11 exemples de projets d’intérêt à ses yeux, mais mentionne que ces projets restent « à la carte », bref plus d’une impulsion du moment que d’une vision globale et, là encore, les contre-exemples affluent de projets insensés (de l’échangeur Turcot aux arrondissements historiques du Mont-Royal à l’avenir géré à la pièce en passant par le mont Orford dont la naissance était justifiée par l’aménagement d’un espace libre d’exploitation pécuniaire). L’exploitation des ressources naturelles aussi est évoquée pour, encore une fois, déplorer le manque de contrôle et des conséquences environnementales.

Bref, Les dessous du printemps étudiant est un essai dans les règles de l’art, la réflexion est suivie, pertinente, appuyée d’exemples concrets et la part de vulgarisation dans la première partie nous permet de saisir un nouveau regard sur l’éducation et le développement du territoire. Il ne s’agit pas du premier ouvrage sur l’aménagement ou le territoire que j’ai l’occasion de lire, mais c’est bien le premier à lier ces questions avec autant de pertinence aux politiques gouvernementales et à montrer en quoi ces questions sont importantes pour les citoyens.
Les rares bémols que j’ai eu à la lecture de cet ouvrage sont les oppositions toujours un peu trop binaires entre la raison des intellectuel·les universitaires et la passion des dogmatiques et lucides qui critiquaient la grève étudiante et préconisent la mentalité de l’utilisateur-payeur. Bien que le renversement est intéressant (durant la #ggi, les passionné·es étaient les grévistes et les gens raisonnables, ou lucides, les journalistes et chroniqueur·es), il est une commodité que l’auteur utilise et on n’a pas vraiment le droit à une véritable critique des concepts de juste-part ou d’une hausse des frais de scolarité par exemple. Nous y joindrons aussi la critique du manque de lien entre l’éducation et le territoire qui s’avère finalement être deux sujets très différents dans l’ouvrage bien que l’identification de la source des problèmes dans les deux secteurs est sensiblement la même.
Cet essai reste incontournable pour quiconque veut être introduit aux questions qui se posent sur l’avenir de l’université ou encore à «l’héritage» de la Révolution tranquille.

Ce billet fait partie d’une série sur la #ggi.
Cliquez ici pour plus d’ouvrages et de critiques.

Une allégorie et un poème suivi d’une réflexion suite à la coupe de l’aide alimentaire à la CSDM

L’allégorie :

J’assistais, il y a près d’un an, à une conférence sur la justice réparatrice où quelqu’un d’important dans le système éducatif du Nouveau-Brunswick (directeur d’un réseau d’école ou quelque chose comme ça) nous parlait du système de repas dans les écoles primaires.

Il expliquait qu’au début du programme des petits déjeunes gratuits au N-B, illes ne permettaient qu’aux étudiant·es dont les parents gagnaient moins que le salaire minimum d’accéder à ce programme. Illes ont vite réalisé que le système ne fonctionnait pas puisque beaucoup moins d’élèves que leurs statistiques des parents «moins fortunés» utilisaient le système de petit-déjeuner.

Plutôt que de se dire que les statistiques étaient erronées ou que c’était suffisant parce que les familles pauvres préféraient nourrir leurs enfants elles-même, illes se sont demandés s’illes pouvaient l’améliorer. En parlant aux parents et aux familles dans les écoles, illes ont réalisé rapidement que les enfants qui mangeaient à ces petits déjeuners pouvaient être stigmatisés, bien involontairement parfois, et que les parents de plusieurs de ces enfants voyaient ces déjeunes comme une humiliation et préféraient que leurs enfants n’y mangent pas.

Pour régler ce problème, illes ont donc repensé au complet le système de déjeuner. Plutôt que de se dire que les repas seraient réservés aux plus démunis, illes ont ouvert le programme à tout le monde en expliquant que des fois, les jeunes enfants n’avaient pas le temps de manger ou n’avait pas encore faim lorsqu’illes quittaient la maison et que donc, illes pouvaient se nourrir une fois arrivé·es à l’école.

Résultat, le programme connut un succès fou au point où les demandes de nourriture correspondaient enfin aux chiffres qu’illes avaient sur la pauvreté. Et ce, en ouvrant tout simplement le programme à tou·tes et en faisant confiance aux gens. En plus, maintenant, les élèves ne sont plus stigmatisés et peuvent prendre un déjeuner s’illes n’en ont pas eu le matin pour x ou y raison.

Cela m’amène à une réflexion plus large sur les services à la communauté. Même si on oublie la privatisation des services (qui est un énorme problème que j’aborderai peut-être ailleurs), le fait est que le gouvernement tend de plus en plus à culpabiliser les gens d’utiliser les services gouvernementaux. Peut-être bien involontairement (présumons de la bonne foi…).
Le problème est que beaucoup de gens ne peuvent pas se permettre de ne pas avoir ces services là.
Si on prend le problème de la santé et qu’on parle de mettre des tickets modérateurs dans les hôpitaux, la plupart des gens n’ont pas l’éducation nécessaire pour comprendre que ça ne touche pas leurs problèmes graves et vont hésiter avant d’aller à l’hôpital, parfois pour des choses excessivement importantes. Il y a assez de monde qui hésite à se faire soigner en ce moment dans un système public, je n’imagine pas les personnes qui se laisserait mourir dans un système payant parce qu’elles ont peur en plus de ne pas avoir les moyens (et elles existent!!).
Pour les repas, on est en train de pelleter encore une fois dans la cour des familles qui vont devoir se fendre en quatre pour trouver des repas (et rappelons que des repas pas chers ne sont pas nécessairement bons). À ce sujet, je vous laisse la lecture du poème de Gwendolyn MacEwen intitulé « The Transparent Womb » :

Here’s why I never had a child. Because down the lane behind the Morgentaler clinic the mother of a tribe of alley cats nudges towards me the one she knows will die after its first and last drink of warm water in the depths of winter, because the bag lady down the street (who was once a child) tells me she won’t go on welfare because that’s only for people who are really hard up, because I collect kids and cats and strangers (or they collect me), and at Halloween the poor kids come shelling out and one boy wears a garbage bag over his head with holes cut out for eyes and says does it matter what he’s supposed to be, and his sister wears the same oversize dress she wears every day because it’s already a funny, horrible costume, hem flopping around her ankles, the eternal hand-me-down haute mode of the poor, because

They wander into my house all the time asking « got any fruit? » because their parents spend their welfare cheques on beer and pork and beans and Kraft Dinner and more beer, they won’t eat vegetables with funny names like the Greeks and the Wops, so the kids are fat, poor fat, fat with starch and sugar, toy food, because

The kids in Belfast in that news photo were trying to pull a gun away from a British soldier in a terrible tug of war where nobody won, and

My foster kid in El Salvador is called Jesus.

Here’s why I never had a child : Because they’re so valuable I could never afford one, because I never thought I had to prove I could do it while they’re starving everywhere and floating in gutters and screaming with hunger. All this in our time. All the word’s children are ours, all of them are already mine.

MACEWEN, Gwendolyn. The Selected Gwendoly MacEwen. Exile Editions, 2007, pp.269-270.

Les gens qui effectuent les coupes sont des gens privilégiés à tous les égards et qui se lavent les mains des coupes en parlant de la nécessité de celles-ci. J’invite les gens à lire l’excellent ouvrage 11 brefs essais contre l’austérité qui montre très bien que celle-ci ne sont économiquement pas viables et que ce sont des coupes idéologiques nullement motivées par une nécessité, mais par une idéologie qui ne considère plus l’État comme nécessaire à fournir les services aux citoyens, ou à peine…

Les coupes ne sont pas essentielles et créent au contraire de nouveaux besoins (et des fois, les besoins n’étaient déjà pas comblés comme pour les personnes autochtones), culpabilisent les familles et souvent mènent les humains derrière les coupures à la perte d’emploi, à la pauvreté, à la dépression, au suicide, etc. Bref, l’austérité tue. De manière insidieuse ou pas.

Et là, en plus de s’attaquer à l’éducation dans une société où 53% des adultes sont analphabètes ou analphabètes fonctionnels, on s’attaque à la racine même des futur·es citoyen·nes en coupant leur éducation ET les filets sociaux qui leur permettent de s’élever (service de garderie, aide sociale, aide à la toxicomanie, aide aux devoirs, repas chauds à petit prix, aide pédagogique, aide psychologique, etc. etc. etc. etc.)
Évidemment, les gens instruits (mais surtout aisés) n’auront aucun problème, et encore…, à continuer de vivre, mais l’État est présentement en train de faillir à la tâche que l’État devrait avoir: celui d’assurer de tendre vers l’égalité de tous ses citoyen·nes en exacerbant les inégalités et handicaps sociaux et ce, dès l’enfance.

Répartition hommes/femmes des doctorats honoris causa décernés par l’UdeM depuis 1920

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2014)

Répartition des doctorats honoris cause en fonction du sexe (1920-2014)
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De 1920 à 2014, 1023 doctorats honoris causa (dhc) ont été remis par l’Université de Montréal à des personnalités de tous les milieux. En constatant une «relative» absence des femmes en 2013 (2 femmes en ont reçu un par rapport à 10 hommes), j’ai décidé d’approfondir la question et de voir si il y avait vraiment une discrimination dans l’attribution des diplômes.

La base de données que j’ai montée pour effectuer cette recherche est disponible pour consultation, vérification, diffusion, reproduction et pour d’autres recherches si vous voulez.

Voici donc les résultats auxquels je suis arrivé. Des 1023 dhc remis, 919 ont été attribué à des hommes et 104 à des femmes. Au cours des 10 dernières années, 167 dhc ont été remis: 128 à des hommes, 39 à des femmes.

Pour remettre ça en perspective, depuis 1920, il y a une moyenne de 9,6 dhc de remis à des hommes par année et 1,1 dhc/année remis à des femmes. Bref, 10,1% de tous les dhc! Au cours des 10 dernières années, cela monte à 12,8 pour les hommes et 3,9 pour les femmes. Il s’agit là de 23,4% de tous les dhc.

La médiane depuis 1920 est de 8 pour les hommes et 1 pour les femmes. Au cours des 10 dernières années, elle est de l’ordre de 12 pour les hommes et 3,5 pour les femmes.

Plusieurs faits intéressants, et historiques, sont à noter:

  • Le premier doctorat honoris causa remis à une femme le fut à «Mme L.-de-G. Beaubien» en 1931.
  • Une seule année comporte plus de femmes que d’hommes. Il s’agit de l’an 1942 avec 2 femmes et 1 homme.
  • Une seule année fut paritaire, ce fut 1983 avec 2 femmes et 2 hommes.
  • Le maximum de dhc décernés à des femmes pendant une année fut de 6 (en 2007 et 2009). Pour les hommes, ça s’élève à 47.
  • À l’exception de l’année paritaire et de 1942, les femmes n’ont JAMAIS constitué plus du tiers des doctorantes honorifiques. Seules 10 années comportent plus du quart des doctorants, seulement trois dans les 10 dernières années (2014, 2012, 2009, 1997, 1994, 1990, 1983, 1942, 1932).
  • La plus longue période sans remise de dhc à une femme, à l’exception des onze années avant 1931, fut de 6 ans (de 1969 à 1974).
  • 2002 fut la dernière année où nulle femme ne reçu de dhc.
  • Si on joue au petit jeu de sous quel recteur ont a attribué le plus haut pourcentage de dhc aux femmes, on obtient:
    – Guy Breton (2010 – ) 23,9% (16 dhc remis à des femmes)
    – Luc Vinet (2005 – 2010) 23,2% (26 dhc remis à des femmes)
    – René Simard (1993 – 1998) 16,9% (13 dhc remis à des femmes)
    – Gilles G. Cloutier (1985 – 1993) 15,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Paul Lacoste (1975 – 1985) 14,3% (8 dhc remis à des femmes)
    – Robert Lacroix (1998 – 2005) 11,3% (13 dhc remis à des femmes)
    – Mgr André-Vincent-Joseph Piette (1923 – 1934) 6% (4 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Olivier Maurault (1934 – 1955) 5,2% (19 dhc remis à des femmes)
    – Roger Gaudry (1965 – 1975) 3,5% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Irénée Lussier (1955 – 1965) 1,7% (2 dhc remis à des femmes)
    – Mgr Georges Gauthier (1920 – 1923) 0% (aucun dhc remis à des femmes)
    Les résultats ne valent pas grand chose cependant puisqu’une même année est reprise pour deux recteurs et que ce ne sont pas nécessairement eux qui décident de tous les dhc.

Bref, avec moins du quart des dhc ayant été remis à des femmes dans les 10 dernières années et jamais plus du tiers à aucun moment de l’histoire de l’UdeM (sauf durant deux années exceptionnelles), on peut conclure à une discrimination dans l’octroi des doctorats honorifiques et ce malgré les légères augmentations d’un recteur à l’autre.

Source:
Liste chronologique des doctorats honoris causa de l’UdeM

Audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur

Dans la foulée des événements qui pourraient conduire au renouvellement du recteur Guy Breton à la tête de l’université se sont tenues des audiences où un comité fut chargé de recueillir des témoignages et textes des membres de la comité universitaire. Nous présentons ici notre humble contribution (il y avait une contrainte de temps de parole de 15 minutes, nous aurions pu écrire beaucoup plus):

«Audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur.
Texte présenté devant le Comité de consultation le 13 janvier 2014.
Document préparé par Nicolas Longtin-Martel

Chers membres du comité,

J’aimerais commencer cette brève présentation en mentionnant tout d’abord que, bien que je puisse critiquer un système, les gens qui en font partie n’ont pas à se sentir visé par mon exposé. En effet, comme le féminisme nous l’apprend, il existe une différence entre devoir renoncer à ses privilèges et empêcher d’autres personnes d’en obtenir. J’introduis de cette manière car, j’aimerais aborder la question de la légitimité du processus de nomination du recteur, mais aussi ces «audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur».

On vous aura sûrement déjà dit, ou on vous le dira au cours de ces séances, que nous sommes plusieurs à l’université de Montréal, à trouver que le processus de nomination du recteur est injuste et très peu représentatif de l’université. On me répondra à cela que le gouvernement peut, à juste titre, intervenir dans nos processus de décisions puisqu’il nous fournit quand même l’essentiel de notre budget, certes. On me répondra aussi que des acteurs extérieurs à l’université peuvent permettre d’avoir une vision que des acteurs internes à l’UdeM n’auraient pas, certes oui, et ils ne sont pas nombreux.

Cependant, le recteur est censé représenter l’UdeM, mais aussi de la diriger (du latin rector : celui qui dirige) bref, sa communauté, que ce soit les professeurs, chercheurs, chargés de cours, étudiants ou personnel. Quel ne fut pas la surprise alors lorsque Guy Breton fut élu recteur malgré un très faible support de la part des professeurs, je vous réfère là au scrutin indicatif tenu le 21 septembre 2009 et qui mettait Guy Breton en quatrième place, très loin derrière le favori Marc Renaud malgré le fait qu’il fut tout de même vice-recteur et que les professeurs devaient très certainement le connaître1. Plusieurs de ces réactions se sont retrouvées dans l’article «Guy Breton n’a pas d’amis» du Quartier Libre (vol. 17 n°13), je vous laisse le consulter.

Pour avoir déjà mentionné qu’un tel processus était à la limite du légitime pour gérer une institution comme la nôtre au principal intéressé lors du «Sommet de l’UdeM» en 2012 et me faire répondre que mon intervention était pertinente, je suis déçu de constater que le modèle de nomination du recteur n’a pas changé. Que pire encore, on ne semble pas être possible de voter de nouveau pour ou contre un futur recteur, que le processus de renouvellement est déjà entamé et que l’on doit assister à des audiences en vue du renouvellement du mandat du recteur pour faire part de notre mécontentement (ou non). Comme vous pouvez le constater, le nom donné aux audiences, qui débute par «en vue» ; bref, dans l’intention de, renouveler le mandat n’offre pas la possibilité de choisir, ni pour les professeurs, ni pour les étudiants, ni pour les employés. Je ne vous blâme pas du tout de faire partie de ce comité, au contraire, vous avez reçu des privilèges qui s’accordent très probablement aux qualités que vous possédez, nous ne pouvons qu’espérer que votre décision ou votre rapport sera juste et à la hauteur de vos fonctions et qu’elle reflétera ce qui aura été entendu.

On pourrait croire qu’un recteur élu a la confiance de son établissement d’enseignement, qu’il la garde et que de telles audiences n’ont pour but que d’accélérer quelque chose qui va de soi. Il y a quelque temps, j’aurais pu être d’accord avec cette idée. Cependant, quelques constatations viennent miner ce raisonnement.

La première est que le recteur n’est plus représentatif d’une part importante de l’université : les étudiants. En effet, ces derniers, à travers la FAÉCUM et leurs associations ont voté à majorité une position demandant la démission de celui-ci. Cette position n’a pas changé. Comment un recteur peut-il rester légitimement en place si ses étudiants sont contre sa présence? Certains pourraient me rétorquer que cette position fut votée pendant un moment chaud de notre histoire, je répondrais simplement que la position a été voté après la grève étudiante, certes suite à celle-ci, mais à un moment où la poussière, pardonnez l’expression, aurait dû retomber. Elle n’a fait que lever, le mécontentement est, encore, présent. Je vous invite à lire la lettre de Julien Stout intitulée «Sur la nécessité de faire démissionner Guy Breton» dans le Quartier Libre pour connaître plusieurs de ces raisons de demande de démission.

Je passerais rapidement sur le fait que les enseignants d’informatique et recherche opérationnels ont aussi voté pour sa démission. J’ai entendu parler d’au moins un autre département, mais je ne suis pas sûr de ce dernier. La crainte de représailles monétaire ou autre aurait aussi pu peser dans la balance de certains départements de ne pas voter de telles positions.

La deuxième constatation est que, même si le recteur peut se sentir légitime de continuer son mandat malgré les demandes de démission (une pétition sur Change.org2 a même recueilli 2 437 signatures!, je vous conseille d’aller lire certains des commentaires), nous avons l’impression que la reconduction de son mandat est une vitesse qu’il se permet alors que ses appuis sont très bas, pourquoi ne pas lancer un appel de candidature?

Parmi les autres constatations qui m’amènent à désirer sa démission, ou le non-renouvellement de son mandat, figurent le mépris qui semble afficher envers ses étudiants en général. Que ce soit lors de ses deux poursuites-injonctions contre la FAÉCUM (qui incluait l’interdiction de manifester autour de l’université! Dans quel monde vivons-nous si on empêche la manifestation d’une critique dans la cité où cette critique doit au contraire surgir! Et où l’un de ses avocats comparait l’université à un centre d’achat pour que la même sanction soit appliquée que l’affaire Dupond v. La ville de Montréal où on avait interdit les manifestations dans un centre d’achat3), de certains de ses propos, je cite le plus choquant à mon avis : « On est en train de mettre à feu et à sac la province pour 1$ par jour d’augmentation 4», de sa considération des étudiants comme des clients5 ou des cerveaux modulables (oui, j’ai lu la réplique de Guy Breton dans le Devoir et elle ne fait que confirmer qu’il ne veut pas développer l’esprit critique, il réitère que les «cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises6» sans vraiment de nuance), qu’il préfère, au Sommet de l’éducation du PQ de l’an dernier, parler avec la fédération étudiante TACÉQ qui n’a aucun membre à l’université de Montréal plutôt que de parler avec la CLASSE dont plusieurs des représentants étaient de l’UdeM et lui avaient fait signe de vouloir discuter avec lui, etc. Je rappelle qu’avant même d’être élu recteur, il avait déjà refusé des entrevues avec le Quartier Libre et que par la suite, il n’a pas hésité à en refuser de nouveau en pleine grève étudiante. Il a cependant daigné accorder une entrevue pour faire la promotion de sa modulation l’an dernier. Bref, il semble vraiment éviter tout débat d’idée. Oui, je suis allé à ses dialogues du recteur, et à l’exception de belles répliques, il n’y avait aucune volonté de dialogue : s’il y avait une qualité que je donnerais au recteur, ce serait celle de pouvoir faire des traits d’esprit.

D’autres considérations encore surviennent lorsque je pense qu’il défend avec beaucoup de verve la modulation des frais de scolarité alors que personne ne lui demande de le faire et au risque de se faire valoir «chaque fois une jolie volée de bois vert7» selon ses propres dires. Il l’aura défendu au Sommet de l’éducation du PQ [N’était-il pas supposé représenter les valeurs universitaires en tant que recteur comme il l’annonçait dans La Presse, «Mais j’irai au Sommet principalement pour défendre la position de l’Université de Montréal sur les quatre thèmes proposés par le ministère.8» plutôt que de se dire «j’y contribuerai avec énergie pour défendre ma vision de l’enseignement supérieur et de la recherche au bénéfice de tout le Québec.9»], devant la reddition de compte au gouvernement10, à La Presse11, etc. toujours avec l’autorité de recteur et rarement à titre individuel. Il dit représenter l’université, mais ce n’est pas vrai, les étudiants sont contre (comme en témoigne notamment les communiqués de presse de l’association de médecine12).

C’est avec ceci, bien que je pourrais continuer longtemps en parlant de l’affaire du 1420 (dont j’espère on vous reparlera), de sa vision clientéliste et entrepreneuriale de l’université, de l’anti-émeute au sein de notre université, le fait que la déclaration annuelle se fait sans publique maintenant (et donc, sans période de questions, bravo pour l’esprit critique), etc. que je conclurais. Membres du comité, j’espère que vous comprendrez notre frustration face au fait que cet homme puisse parler en notre nom tout en nous mettant la main sur la bouche. Guy Breton représente peut-être quelqu’un à l’université autre que lui-même, mais ce ne sont pas les étudiants, … ce ne sont pas les professeurs … et je doute fort que ce soit les membres du personnels. Je suggère donc d’empêcher sa réélection car, M. Breton n’a pas la légitimité d’être recteur de notre université.

Merci de votre attention.»

P.S.: Après la présentation, la présidente Louise Roy nous a fait remarquer à juste titre que le scrutin indicatif des professeurs se tenaient tout de suite après l’annonce des différents candidats et avant tout débat d’idée. C’est une information dont nous n’avions jamais pris connaissance. À cela, on réitérera que Guy Breton, arrivé quatrième, était déjà bien connu des membres de l’université puisqu’il était vice-recteur contrairement à certains autres candidats qui ont obtenu de meilleurs résultats. Nous conseillons aussi, à l’avenir, au syndicat des professeurs de tenir un débat ou de patienter avant de tenir un tel scrutin, nous sommes navrés qu’un tel vote se tient dans un certain aveuglement.

1 scrutin élection recteur (21 septembre 2009)

5 La perte du statut de métropole universitaire, Journal de Montréal, 8 février 2013

8 Pourquoi j’irais au Sommet, La Presse, 22 février 2013